Manon Massé se dit très déçue de constater que le premier ministre n'ait pas profité du Jour de la terre pour mettre un terme à l'exploration en cours présentement sur l'île

Anticosti: et si Philippe Couillard avait raison?

J'étais assis dans la salle où se déroulait la conférence de presse du gouvernement du Québec annonçant un don de 25 millions $ pour l'aide aux pays en voie de développement dans le cadre de la conférence de Paris, le 5 décembre dernier.
La conférence de presse allait bon train jusqu'à ce qu'une journaliste de Radio-Canada pose une question sur la cohérence de l'action climatique du Québec en regard du projet d'Anticosti.
C'est alors que M. Couillard a lancé cette réponse qui en a surpris plus d'un: «Je n'ai aucun enthousiasme pour les hydrocarbures [...] J'espère qu'il n'y a plus d'ambiguïté sur cette question-là.» 
S'agit-il d'un virage aussi soudain que certains voudraient le laisser croire?
Déjà en 2014, M. Couillard avait émis plusieurs réserves sur le projet d'Anticosti dont la rentabilité était encore à prouver malgré un investissement massif de 115 millions $ de fonds publics, alors que d'autres criaient haut et fort que des milliards de dollars y étaient enfouis. On sait maintenant que ce qui se trouve dans le sol d'Anticosti est majoritairement du gaz à environ 80 %. Le gouvernement est tout à fait dans son droit de mettre fin à cette entreprise d'exploitation non rentable et surtout loin de nos objectifs collectifs de transition énergétique. Si la compagnie pétrolière s'entête à poursuivre juridiquement le gouvernement du Québec et qu'elle remporte la bataille, cela serait tout de même immensément moins cher que d'engloutir 100 millions de dollars!
L'été dernier, le premier ministre avait déclaré qu'il n'y aurait plus beaucoup de place pour le pétrole dans cet avenir sobre en carbone lors de la signature d'une entente entre le Québec, l'Ontario et la Californie où ces États s'engagent à réduire leurs émissions de GES de 80 à 95 % d'ici 2050.
Certains ont avancé que M. Couillard aurait été «contaminé» par son passage à Paris... À cela je réponds «pourquoi pas!» Pourquoi ne pas se ranger derrière les arguments de Mark Carney, président de la Banque centrale d'Angleterre, qui nous met en garde contre les risques financiers d'investir dans les combustibles fossiles alors que nous ne pourrons brûler les réserves actuellement connues? Et pourquoi ne pas se joindre à ces 50 pays qui ont annoncé qu'ils seraient 100 % renouvelables d'ici 2050?
Et qui sait, peut-être que de dire non à l'exploitation de notre pétrole facilitera la tâche de M. Couillard lorsqu'il sera temps de dire non au passage de l'oléoduc des sables bitumineux Énergie Est de TransCanada sur notre territoire? On peut toujours espérer!
Steven Guilbeault, directeur principal d'Équiterre