André Arthur: le ministre Proulx va-t-il défendre ses enseignantes?

M. Sébastien Proulx est à la tête du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MEES) depuis février 2016. Au cours des nombreuses visites qu'il a effectuées dans les écoles, il a rencontré de nombreuses enseignantes qui y travaillent et, dans certains cas, a su gagner leur confiance. Mais que vaut celle-ci quand le ministre ne les défend pas quant aux récents propos outranciers de l'animateur radiophonique André Arthur?
La semaine dernière, dans un délire auquel on ne s'habitue heureusement pas, l'ancien député fédéral et chauffeur d'autobus, qualifiait les enseignantes du primaire de «maudites folles» parce qu'elles s'assuraient qu'on ne retrouve pas la présence d'aliments allergènes dans la boîte à lunch des enfants à l'école.
Selon Santé Canada, jusqu'à 6 % des enfants sont atteints d'allergies alimentaires et ce nombre est en hausse. On retrouverait 60 000 enfants atteints d'allergies graves au Québec. Le nombre de visites aux urgences à cause d'un choc anaphylactique a bondi de 95 % entre 2006 et 2013. À l'origine de la majorité des réactions allergiques graves et même de morts, les noix et les arachides ont été interdites dans plusieurs écoles primaires avec comme résultat qu'il n'y a plus eu de morts depuis des années.
M. Arthur ne semble pas savoir que, pour des raisons de santé, les enseignantes sont tenues de faire respecter certaines consignes alimentaires. Elles peuvent être blâmées et les commissions scolaires poursuivies si elles ne le font pas. On parle d'un domaine qui relève même de la santé publique. Pour ces raisons, les allergies sévères sont consignées dans le dossier de l'élève et le personnel doit en tenir compte dans toutes les activités à l'école. En tout temps, et même lors de sorties ou d'activités parascolaires, elles doivent avoir avec elles des auto-injecteurs d'épinéphrine afin de réagir adéquatement à une éventuelle réaction allergique.
Qu'à cela ne tienne, l'animateur estime que ces enseignantes ne «savent pas c'est quoi une allergie». Il estime même qu'il faudrait enseigner aux enfants allergiques les bons comportements.
M. Arthur est-il allé dans une école primaire récemment pour savoir qu'on y effectue déjà de la sensibilisation auprès des enfants quant aux aliments allergènes et aux possibles réactions anaphylactiques? Même des jeunes, bien informés à propos de ces notions tant à la maison qu'à l'école, ne sont pas à l'abri d'une erreur ou d'un manque de jugement. Certains ont tout juste cinq ans. Ils ne sont pas assez responsables pour assurer seuls leur sécurité. On est loin de «caprice du moment inspiré par l'incompétence» dont parle l'animateur.
M. Arthur accuse également les enseignantes de véhiculer des faussetés par rapport aux allergies :
«C'est les mêmes personnes qui sont toujours dans les légendes urbaines. [...] La fille a «frenché» son chum qui avait mangé une sandwich au beurre de peanut. Elle est morte. Tu l'entends encore? [...] Sauf que, immédiatement, on a su que c'était une arnaque de professeurs. Une idée de maudite folle qui a décidé un jour, pour montrer qu'elle avait raison d'interdire le beurre de peanut, de faire ça.»
J'espère que M. Arthur ira expliquer à Micheline Ducré dont la fille est tragiquement décédée en octobre 2012 en embrassant son nouveau copain qui venait de manger du beurre d'arachides. On est loin des histoires inventées pour terroriser les enfants.
Là où l'animateur verse dans le délire est lorsqu'il compare cette obligation qu'ont les enseignantes de faire respecter certaines contraintes alimentaires à la pédophilie. Rien de moins!
«C'est la même attitude que les pédophiles. Si tu pognes un pédophile qui a taponné des petits enfants et que tu l'interroges sérieusement, il va toujours finir par dire ceci : «Les parents ne les aiment pas vraiment. Nous autres, on les aime pour vrai, les enfants.» Cette attitude, comme quoi on est mieux que le parent, est partagée dans des domaines d'activité différents. L'autorité ou la sexualité, par les professeurs et les pédophiles.»
Il est sain et normal que, dans notre société, l'on questionne les pratiques mises en oeuvre dans nos écoles. De plus en plus, on entend divers intervenants, qu'ils soient parents ou médecins, qui remettent en cause les différents interdits alimentaires qu'on retrouve dans le réseau scolaire. Mais la façon dont M. Arthur aborde ce débat dévalorise grandement la profession enseignante alors qu'on cherche justement à la valoriser afin de rendre celle-ci plus attrayante. Et devant une telle attaque en règle par rapport à la compétence et au jugement des enseignantes quant aux aliments allergènes qu'on retrouve dans nos écoles, le ministre Proulx ne peut rester silencieux. Il doit être conséquent avec ce qu'il prône, ce n'est pas la première fois que M. Arthur traite ainsi les enseignantes de «maudites folles» et d'autres termes pire encore. Cette fois-ci, il en va à la fois du respect de leur profession, mais aussi d'une question de santé publique.
Luc Papineau, Enseignant au secondaire