Le Mouvement démocratie nouvelle milite pour une proportionnelle mixte avec compensation régionale. Le but recherché : mettre fin aux distorsions entre le pourcentage de votes recueillis et le nombre de députés.

Alerte au vote proportionnel

POINT DE VUE / On ne peut changer la façon de choisir nos élus à l’Assemblée nationale sans passer par une consultation des électeurs.

Je suggère d’inclure une question sur la réforme du mode de scrutin sur le bulletin de vote lors des prochaines élections générales. Facile et peu coûteux.

Le gouvernement Legault s’est engagé à présenter un projet de loi modifiant le mode de scrutin au cours des prochains mois. Il a aussi octroyé 225 000 $ au Mouvement démocratie nouvelle (MDN) dirigé par Jean-Pierre Charbonneau, ex-président de l’Assemblée nationale pour vendre son idée.

Le MDN milite en faveur d’une proportionelle mixte avec compensation régionale. Le but recherché : mettre fin aux distorsions entre le pourcentage de votes recueillis et le nombre de députés. Notre système avantage nettement le parti politique le plus populaire. Aux dernières élections, par exemple, la CAQ a obtenu 37 % des suffrages, mais a fait le plein de députés (74), ce qui lui a conféré une nette majorité.

On peut se scandaliser de ce résultat au nom de principes vertueux, mais j’estime qu’il reflète la volonté populaire qui était de tasser les «vieux partis» que sont le PQ et le PLQ et d’essayer autre chose.

Dans un régime proportionnel, 75 députés seraient élus de façon traditionnelle alors que les 50 autres seraient désignés à partir d’une liste montée par les partis politiques pour un grand total de 125 députés. On devine que d’ex-candidats se retrouveraient sur cette liste.

Nous aurions donc deux types d’élus dans le même Parlement, des «de liste» ou non. Si la proportionnelle a le mérite mathématique de faire correspondre le vote et le nombre d’élus, elle comporte des risques qu’il faut mesurer.

Un mode de scrutin proportionnel produit des gouvernements fragiles, souvent minoritaires, qui doivent miser sur des coalitions pour se maintenir ou faire passer leurs politiques. C’est le règne de la négociation permanente. Elle donne des pouvoirs démesurés à des tiers partis qui peuvent faire chanter le parti au pouvoir et favorise la prolifération des petites formations aux deux bouts du spectre politique.

Au Québec, on peut redouter que des partis marginaux, qui ont fait un bon score au national, fassent leur chemin jusque sur les banquettes de l’Assemblée nationale. Le parti du West Island, le parti de Montréal, le parti des Régions, le parti de la Meute, le parti Rhinocéros... On peut imaginer bien des scénarios où un parti peut aller chercher 5, 6, 8, 10 % du vote.

Est-ce vraiment ce que nous souhaitons? Je crois que la majorité des Québécois préfère un gouvernement qui a un programme clair et les coudées franches pour le réaliser, quitte à le foutre dehors après quatre ans.

Les députés caquistes ont commencé à regimber constatant que la réforme pilotée par la ministre de la Justice, Sonia LeBel, leur ferait perdre des dizaines de sièges! La proportionnelle mixte aurait produit, lors du dernier scrutin, un gouvernement caquiste à peine majoritaire.

Introduire la proportionnelle, c’est entrer dans un champ de mines. Le gouvernement de Justin Trudeau l’a compris et a eu vite fait de balancer sa promesse une fois élu. En Colombie-Britannique, les électeurs ont dit NON trois fois par référendum.

Il est ironique de constater que les porte-parole du MDN, qui se drapent dans de grands principes démocratiques, s’opposent à un référendum sur cet enjeu capital.

Une simple question ajoutée au bulletin de vote devrait disposer de la proportionnelle.