Aînés et COVID-19 : comment a-t-on pu en arriver là ?

Les nouvelles quotidiennes faisant état du traitement qu’on réserve aux aînés en CHSLD et en résidences privées donnent froid dans le dos.

En point de presse ce samedi, alors que la résidence Herron de Dorval comptait ses 31 morts des dernières semaines, le premier ministre a tenté de rattraper un déni depuis trop longtemps installé. «Je veux dire aux Québécois : c’est pas acceptable la manière dont on traite nos aînés.» Ce sont ses mots, ce sont aussi les nôtres et ceux des groupes de défense des aînés depuis des années.

On pouvait déjà facilement supposer que la situation était pire que ce qui transparaissait dans nos médias. Manquant – voire étant privés – de soins, certains aînés sont abandonnés, littéralement ! Comment avons-nous pu en arriver là ? À titre de porte-parole de l’aile parlementaire du Parti Québécois pour les aînés depuis près de 4 ans, je ne compte plus nos interventions en faveur d’un réinvestissement dans les CHSLD, d’un meilleur encadrement et de davantage de soutien pour les résidences privées pour aînés (RPA), ni combien de fois nous nous sommes levés pour revendiquer de meilleures conditions de travail pour les préposés aux bénéficiaires.

Nous avons exigé des états généraux sur les conditions de vie des aînés, pour mieux adapter notre société au vieillissement de la population. Nous avons essayé, sans succès, d’intégrer la maltraitance organisationnelle dans la Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés. 

Nous avons même déposé un projet de loi pour créer un véritable «protecteur des aînés», mais nous avons toujours frappé un mur. Nous avons dû nous contenter de discours fleur bleue, de tournées de députés, de visites surprises de ministres, de forums sur les bonnes pratiques… et d’un «lunch CHSLD» pour les médias.

Et voilà qu’aujourd’hui, cet aveuglement et cette incapacité à reconnaître la situation dans laquelle vivent de nombreux aînés plus vulnérables nous éclate en pleine face ! Voilà qu’à cause de cette crise, on reconnaît le travail des infirmières, infirmiers, préposées et préposés aux bénéficiaires. Rappelons que ces derniers gagnaient, dans le privé, autour de 13 $ de l’heure. Et que sans crise de la COVID-19, ils auraient perdu, le 31 mars, une prime de 180 $ remise deux fois par année. Nous nous chargerons d’ailleurs de le rappeler, le moment venu.

À l’évidence, les aînés, plus vulnérables à cause de leur santé ou de leur situation économique, sont frappés durement par la situation. Ce qui se passe dans les CHSLD et certaines RPA est plus visible, mais n’oublions pas que plusieurs aînés vivent actuellement dans des conditions de solitude, de précarité sur le plan du logement ou de l’alimentation, et ce, depuis plusieurs années. Nous le rappellerons aussi. 

Au Québec, autour de 40 000 personnes aînées vivent en CHSLD, et 3000 attendent d’y obtenir une place. On veut nous faire croire que les 2600 places créées par la ministre Blais – dans un nouveau concept de maisons pour aînés, plus cher à opérer – permettront de régler la situation. Or, ce n’est qu’une troisième vitesse qui vient s’ajouter à un système qui en compte déjà deux, avec les CHSLD publics et les résidences privées. Oui, il va falloir revoir la situation dans les CHSLD, et oui, il va falloir garder à l’œil les pratiques en usage dans les résidences privées.

Je déplore aussi une sorte d’âgisme ambiant, exacerbé par la situation actuelle. Comme s’il n’était pas suffisant que l’on demande aux aînés de se cloîtrer, pourquoi doivent-ils, en plus, subir les regards inquiets ou même accusateurs des autres ? Comme s’ils portaient, à eux seuls, tout le fardeau de la transmission du virus, ce qui est totalement faux. En fait, ils en sont les premières victimes !

Au sortir de cette crise, il nous faudra, comme société, nous ressaisir, cesser de tergiverser et prendre les mesures nécessaires pour mieux protéger les aînés. Ça veut dire des investissements massifs, ça veut également dire un changement de mentalité. Il faut en finir avec les beaux discours et agir pour un vrai respect de celles et de ceux qui sont passés avant nous et qui nous ont légué ce pays.