Selon un sondage de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), la moitié des propriétaires membres «hésiteraient» ou même «préféreraient ne pas» louer leur logement à une personne de 70 ans et plus ou approchant cet âge.

Aimer nos aînés, c'est refuser la discrimination

Le 27 février 2017, la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) publiait un communiqué de presse intitulé «Les locataires aînés subiront les effets pervers de la loi adoptée par le gouvernement Couillard».
On y trouvait les résultats d'un sondage interne de la CORPIQ qui nous a laissés songeurs : la moitié des propriétaires membres de la CORPIQ «hésiteraient» ou même «préféreraient ne pas» louer leur logement à une personne de 70 ans et plus ou approchant cet âge. La raison de cette nouvelle forme de discrimination? L'adoption du projet de loi 492 par l'Assemblée nationale en juin 2016, qui protège les locataires aînés contre les reprises et évictions.
Que la CORPIQ cache son aversion du projet de loi 492 derrière les comportements potentiellement discriminatoires de ses membres, passe encore. Que ces comportements malsains ne soient pas dénoncés par l'organisme provoque un malaise. Mais ce qui choque, c'est d'entendre la menace incroyable que les choses iront plus mal encore : «[les locataires aînés] étaient des locataires appréciés par l'ensemble des propriétaires, mais ça va changer», au dire du porte-parole. Si la CORPIQ ne s'objecte pas formellement à une nouvelle discrimination fondée sur l'âge, devrait-on en conclure qu'elle pousse de ce côté? Nous nous serions plutôt attendus à ce que la plus grosse association de propriétaires de logements locatifs au Québec aide ses membres à surmonter leurs préjugés.
Quelle mouche a piqué les propriétaires immobiliers pour agir ainsi? Écartons d'emblée la faible justification du porte-parole de la CORPIQ, pour qui les locataires aînés auraient plus de droits que «les propres membres de la famille du propriétaire». C'est faux, car la nouvelle loi maintient un équilibre entre les droits des propriétaires et ceux des locataires.
Certains propriétaires auront certes plus de difficultés à reprendre les logements de locataires aînés. Mais de nombreuses exceptions s'appliquent. Les locataires aînés protégés doivent être âgés de plus de 70 ans, occuper leur logement depuis plus de 10 années et disposer d'un faible revenu. En outre, peu importe leur revenu, les propriétaires âgés de plus de 70 ans et les propriétaires souhaitant loger leurs parents âgés de plus de 70 ans peuvent reprendre le logement d'un locataire aîné à faible revenu. Les propriétaires profitent de plusieurs exceptions pour loger leur famille dans leur immeuble.
De plus, soyons clairs : tout locataire fautif, peu importe son âge, devra faire face à la possibilité d'une résiliation de bail par le propriétaire à la Régie du logement. La loi ne protège pas les locataires aînés en défaut de paiement. Cette mise au point est essentielle, car les rumeurs les plus folles continuent de courir sur les protections auxquelles ont droit les locataires aînés.
Pourquoi avons-nous travaillé très fort à l'adoption du projet de loi 492?
La véritable raison de cette protection légale, c'est d'empêcher des promoteurs immobiliers de réaliser un profit rapide en jetant à la rue des locataires aînés qui, trop souvent, sont vulnérables devant les intimidations de propriétaires avides de profits. Dans les quartiers centraux des grandes villes, les personnes aînées habitent souvent le même logement depuis de nombreuses années, et leur loyer n'a pas toujours suivi la course folle du marché. Les promoteurs voient un potentiel d'affaire intéressant dans les immeubles abritant des aînés : les loyers étant plus bas que la moyenne, l'immeuble est vendu moins cher que des immeubles comparables. Mais une fois les locataires aînés hors de leur logement, les gros profits sont au rendez-vous! Heureusement, la nouvelle loi vient freiner cela.
Réjouissons-nous d'avoir voté une loi, il y aura bientôt un an, à l'unanimité de tous les partis politiques élus à l'Assemblée nationale! Soyons solidaires, bâtissons des ponts entre les générations et nous en retirerons un profit collectif bien plus grand qu'un joli magot pour quelques-uns.
Martin Blanchard, organisateur communautaire au Comité logement de la Petite Patrie
Françoise David, ex-députée de Gouin et marraine du projet de loi 492