Aide médicale à mourir, un euphémisme

La ministre Hivon nous dit que la majorité de la population est d'accord avec le projet de loi; comment peut-elle affirmer cela alors que pendant les 29 jours d'audiences publiques, 60 % des mémoires et des interventions étaient contre l'euthanasie et seulement 34 % y étaient favorables?
La ministre Hivon nous dit que la majorité de la population est d'accord avec le projet de loi; comment peut-elle affirmer cela alors que pendant les 29 jours d'audiences publiques, 60 % des mémoires et des interventions étaient contre l'euthanasie et seulement 34 % y étaient favorables?
De la part des médecins, sur les 8717 membres actifs que comptait la FMSQ il y a 4 ans, quelque 2025 médecins spécialistes ont répondu au sondage, soit 23 %. De ces 23 % de répondants, 62 % sont en accord avec l'euthanasie et 27 % sont contre. Aussi, au Collège des médecins, peu de spécialistes sont impliqués dans les soins cliniques auprès de patients inaptes ou en fin de vie. Par contre, 90 % des médecins experts en soins palliatifs s'opposent farouchement à la légalisation de cette pratique. Eux savent mieux que quiconque ce qui se passe en fin de vie et voient clairement les risques liés à l'euthanasie.
Quant à la définition d'«aide médicale à mourir» ce n'est qu'un euphémisme du terme euthanasie et selon le Code criminel du Canada, l'euthanasie et le suicide assisté sont des actes criminels. Le Québec a contourné ce Code en disant que c'est un soin de fin de vie! Tuer peut-il être un soin? Au sujet du soin libre et éclairé de la part du demandeur, les gens donneront peut-être leur consentement, mais ce sera souvent par crainte de la souffrance, parfois en cédant à la pression de tierces personnes, parfois à cause d'un sentiment de culpabilité à l'idée d'occuper un lit d'hôpital, alors qu'il en manque tellement, ou de déranger les personnes de la famille.
Parlons de l'avenir des soins palliatifs en regard de l'adoption de la loi 52. Comme le droit d'obtenir des soins palliatifs est assujetti aux limites des ressources humaines, matérielles et financières des établissements, l'euthanasie qui ne coûte que quelques dollars alors que les soins palliatifs entraînent des coûts de personnel et d'infrastructures qui sont loin d'être négligeables, la marginalisation et la disparition progressive des soins palliatifs sont à prévoir. De surcroît, en faisant le bilan de la Belgique après 10 ans de légalisation de l'euthanasie, il est tragique de constater le changement de mentalité qui s'est opéré dans ce pays. Désormais, on ne considère plus la mort par euthanasie comme une exception, mais comme un droit.
Carmen Hardy, infirmière à la retraite, Québec