After-FEQ, Poutine Fest et Burger Week

POINT DE VUE / Les noms anglais de manifestations populaires retiennent l’attention des médias depuis quelques semaines. Radio-Canada en a parlé (note web et entrevues) d’une manière équilibrée. Une professeure de l’Université Laval, Anne-Marie Beaudoin-Bégin, dans le style léger des humoristes, a noté qu’on aurait là affaire à un phénomène d’époque (publicité, loisirs, domination de l’anglais dans le monde) critiqué par les générations d’avant la Charte de la langue et accepté par les «jeunes». Les appellations anglaises (After-FEQ, Poutine Fest, Burger Week, etc.) seraient normales et ne mettraient pas en péril le sort du français. La clé des réactions reposerait sur l’attitude des cohortes face à l’engouement pour les appellations anglo-américaines.

La Charte aurait donné d’excellents résultats en matière d’aménagement linguistique. Mme Beaudoin-Bégin pense quand même qu’on devrait la renforcer. On se demande pourquoi. Les «jeunes» seraient conscients de la valeur du français. Ils n’utiliseraient l’anglais que pour provoquer leurs parents et grands-parents. Par ailleurs, les mots anglais, jugés «anglicismes», le sont de manière capricieuse (on rejette «bon matin» et on accepte «bon week-end!). Si cela est vrai, si la langue s’«enrichit» de mots anglais de cette façon et que le sort de ces derniers dépend des attitudes des locuteurs, doit-on maintenir un Office de la langue qui n’a plus de mission?

Le rayonnement international de l’anglais, sa prégnance dans la publicité et dans les jeux, constitue une explication, mais il n’est en rien une justification. On pourrait allonger l’énumération: musique, rapports de recherche. Une langue, l’espagnol ou l’italien, le français ou l’islandais, cherche à tout nommer et à tout dire à l’aide de son stock de mots et d’expressions, quel que soit le domaine abordé. Elle emprunte les mots dont elle a besoin et, normalement, elle les «usine» et les adapte avec le temps à ses pratiques, à sa morphologie et à sa phonétique. C’est dire qu’une langue, au départ, essaie d’instinct de tout nommer à l’aide de ses propres ressources et de ses fabriques de mots.

On va un peu trop vite en affaire quand on fait l’hypothèse que les organisateurs qui privilégient les enseignes anglaises ne négligent pas pour autant le bon usage, comme ce serait le cas des enfants quasi bilingues de la mal nommée «loi 101». Si des internautes consultent le site d’une manifestation à venir portant «burger», ils y liront: «Semaine du Burger Week avec fromage», «un burger spécial», «les meilleurs burgers qu’une ville à offrir». Il ne faut pas généraliser trop vite cependant. Mais, dans ce cas-ci (relevé le 4 août), il y a laisser-aller (!) tant dans la bannière que dans le texte de présentation (dix lignes). Les réviseurs sont sans doute en vacances. Espérons que les locuteurs de l’après-Charte sont mieux aguerris et plus alertes.

Le Québec est bien ancré en Amérique et il y est même enclavé. Il est et restera sous influence à tous égards. Ses réflexes doivent être aiguisés et le rester même s’il faut s’ouvrir au multilinguisme, sa volonté doit viser le développement «universel» du français, c’est-à-dire sa capacité à aborder tous les phénomènes et toutes les sphères. Ses préoccupations doivent inclure les notions de qualité et les distinctions à faire entre la langue publique et la langue privée, entre l’anglais et le français. Il ne faudrait pas que la majorité des Québécois en viennent à dire qu’ils sont «bilingue dans deux langues»!