Une manifestation en faveur du maintien de la loi 101, en décembre 1988.

Actualiser la loi 101

Nous célébrons aujourd'hui les 40 ans de l'adoption de la Loi 101. J'ai encore en mémoire ces exaltantes batailles et l'heureuse issue de l'application de cette loi. Mais, après 40 ans, j'admets qu'elle se fait vieille et trébuchante face aux nouvelles situations. Je m'explique.
Les vagues d'immigrants, y compris francophiles ou francophones, n'ont pas toujours embarqué dans la parade consensuelle; en plus, combien d'autres ont tout simplement rejoints officiellement l'école française, tout en se donnant, en même temps, à la gent anglophone pour des raisons d'accommodements quotidiens? Hélas, ce pluralisme ethnique ne fut pas le seul des facteurs négatifs agissants.
Avec les années, les technologies «mondialisantes», comme Internet, les communications satellites, les réseaux sociaux électroniques, les diverses interconnexions (affaires, loisirs, culture, etc.) comme Facebook, Instagram, etc., tout cela a peu à peu créé un nouveau centre de gravité culturel et linguistique qui nous a «détachés» de notre identité nationale commune, fût-elle majoritaire, ici.
Et il y a pire. En effet, la plus calamiteuse de ces infections se situe chez nous et en nous. Notre langue est mal utilisée au travail, dans les médias et dans nos propres rapports avec les nôtres et les «autres» qui nous entourent, qui voudraient bien s'intégrer à notre communauté, mais... Nous offrons, hélas, une image fade et peu attrayante pour eux. Et nous y laissons, ainsi, notre peau, peu à peu.
Enfin, nous sommes aussi victimes d'une carence extérieure importante. Je veux parler, ici, de notre image commerciale, sous la responsabilité de l'Office de la langue française, qui m'apparaît mal soignée. Observons seulement quelques annonces qu'affichent les sociétés d'affaires, quant à leur appellation «à l'anglaise»; ou leurs services mal décrits, etc. Combien d'annonces de productions étrangères sont présentées à la télé, selon leur facture originale étrangère, avec une traduction simpliste superposée, qui n'a même pas la qualité du «lipsing» ?
Ultimement, nous y gagnerions beaucoup à actualiser la loi 101.
Selon Statistique Canada, le français n'a peut-être pas faibli en nombre, mais notre langue continue de s'appauvrir en qualité. Par notre propre faute, en plus. Vite, prêcheurs! Laissez les discours! Passez à l'action! La bonne, celle du redressement concret!
Yvon Côté, Ex-député fédéral, Sherbrooke