Accès aux soins chez les tout-petits des familles migrantes: une question éthique, économique et de santé publique

À la suite du tout récent dossier de l’Observatoire des tout-petits, on entend actuellement beaucoup parler des difficultés d’accès aux soins de santé que vivent les femmes enceintes, les bébés et les enfants migrants qui ne sont pas couverts par l’assurance-maladie. Il est éthiquement très préoccupant qu’au Québec, ces femmes n’aient pas droit à un suivi de grossesse et que ces enfants ne puissent consulter en temps opportun en cas de maladie. Notre groupe de Jeunes médecins pour la santé publique se réjouit que cet important problème de santé publique bénéficie enfin d’une meilleure visibilité médiatique.

Certains croient qu’offrir une couverture d’assurance-maladie à ces enfants coûterait trop cher et qu’on ne peut se permettre ça dans le contexte où on a déjà assez de problèmes d’accès dans notre système de santé. Ce à quoi nous répliquons : la société québécoise aurait tout intérêt à offrir une couverture médicale gratuite aux tout-petits migrants, tant d’un point de vue de santé publique qu’économique.

Prenons simplement le cas des bébés qui ont un petit poids à la naissance. Cette condition médicale est plus fréquente chez les nouveau-nés dont la mère a récemment immigré, notamment à cause des conditions de vie difficiles dans lesquelles la grossesse se déroule. Les bébés de faible poids sont plus à risque de nombreuses maladies chroniques et troubles du développement. Ils souffrent davantage de problèmes respiratoires, neurologiques et d’apprentissage.

Saviez-vous que de nombreuses études scientifiques ont démontré la grande efficacité de différents services prénataux pour prévenir le faible poids à la naissance? Par exemple, les tests de dépistage et le counseling faits lors du suivi de grossesse peuvent éviter des conditions médicales chez la femme enceinte qui sont associées aux bébés de petit poids.

Excellent retour sur l’investissement

Saviez-vous que de nombreuses évaluations économiques ont conclu que les programmes de périnatalité offrent un excellent retour sur l’investissement en quelques années seulement? C’est particulièrement vrai lorsqu’ils ciblent les populations vulnérables, comme les migrants. En d’autres mots, chaque dollar investi dans ces programmes de périnatalité permet à l’État de sauver de l’argent par la prévention de complications médicales qui seraient beaucoup plus chères à traiter. Pensez aux coûts évités en maladies chroniques, mais aussi en problèmes sociaux (par exemple le décrochage scolaire).

Ainsi, dans le cas de l’accès aux soins des tout-petits issus des familles migrantes, on ajoute aux enjeux éthiques et de santé publique l’argumentaire économique. Offrir une couverture médicale gratuite aux femmes enceintes et tout-petits migrants ne constitue pas une dépense pour le Québec. C’est plutôt une excellente stratégie pour améliorer la santé et le développement de ces enfants, mais également des adultes qu’ils deviendront.