Alors que Québec traverse une pénurie de main-d’œuvre, les nouveaux arrivants peinent toujours à trouver de l’emploi, malgré leur forte scolarisation, dénonce l’auteur du texte.

Acceptons la différence et l'immigration

«Aucune culture n’est isolée et la dynamique culturelle procède non pas de développements endogènes, mais d’une permanente interaction entre les cultures» (Izard, 1992).

Depuis plusieurs jours, j’entends toutes sortes de commentaires des politiciens pour ou contre l’immigration. En fait, le sujet est un enjeu et les politiciens à la recherche de votes saisissent l’occasion et en parlent sans en connaître la réalité. Malheureusement, tout ce débat ne sert qu’à conforter l’image de certains amateurs de réseaux sociaux au sujet de l’immigration. Résultat : cette campagne politique n’apporte aucun projet mobilisateur ou rassembleur qui ferait avancer notre société. Chaque jour, nous devons assister à une sorte de téléroman mal ficelé. On entend même des maires de régions commander des catégories d’immigrants comme si on achetait des figues ou des clémentines à l’épicerie du coin. Le plus inquiétant est le phénomène ou l’on confond l’intégration des personnes immigrantes avec l’assimilation.

Dans les faits, chacun tente d’avantager pour son propre parti le jeu des statistiques, lesquelles révèlent des résultats mitigés. Or, il importe de s’attaquer aux causes entraînant ces faibles résultats. L’immigrant arrive à Montréal et y retrouve sa communauté d’origine, mais pas nécessairement un emploi; loin s’en faut. En région, il y a les emplois et la possibilité de mieux intégrer encore la grande communauté québécoise.

Il y a deux malheureux incontournables au Québec actuellement : on n’embauche des personnes immigrantes que lorsqu’on est obligé de le faire et les personnes immigrantes que nous accueillons comme résidents permanents sont fortement scolarisés mais leur formation ne correspond pas au besoin du marché du travail. Ces deux phénomènes ont provoqué bon nombre d’échecs d’intégration; on se limite souvent à la cohabitation et pire encore, bon nombre de ceux que nous accueillons deviennent des laissés pour compte.

La réalité des besoins de l’immigration d’aujourd’hui a fondamentalement changée. Auparavant, elle était vue comme un mal nécessaire et l’esprit qui animait l’intégration était articulé à partir de cette prémisse. Mais aujourd’hui, le portrait a changé et l’immigration est appelée à jouer un rôle déterminant face aux défis que le Québec doit relever.

Le Québec n’a pas su s’ajuster à deux réalités dont personne ne s’est soucié ou pas assez : le phénomène de la démographie négative (manque d’enfants) et la dévitalisation des régions. Ces deux réalités jumelées ont créé un effet de torpeur sur le plan économique, social et de vitalité des régions. Le Québec s’est bâti sur ces bases et aujourd’hui perd ses repères.

L’apport des personnes en région est un incontournable mais on doit revoir les modes d’accueil et d’intégration. Pendant qu’on ne modernise pas les critères d’accueil dans les ministères, les régions continuent de se dévitaliser. Malheureusement, il n’y a jamais eu de vision ni de stratégie globale mettant de l’avant les régions comme pôle attractif. Il n’est plus temps de parler des deux côtés de la bouche pour tenter de plaire à tous. Il est urgent d’entreprendre un virage axé sur l’efficacité.

Je suis persuadé que l’intégration des personnes immigrantes en région irait plus loin que ce que l’on a connu jusqu’à ce jour parce que dans les régions, les gens sont plus près de leur communauté.

On ne peut que gagner à connaître Rita, Karim, Kiana, Sidi ou Fatna qui, eux, ne demandent qu’à travailler et vivre heureux ici, avec nous. Aucun besoin que ce soit compliqué.

Les immigrants que l’on accueille ne sont pas des Barbares et nous, faute de mieux accueillir ces têtes, ces coeurs et ces bras, on se crystallise dans nos propres peurs. La civilisation romaine a disparu, comme d’autres qui se sont fermées à l’immigration et je suis certain que ce n’est pas ce que les gens désirent. Les régions peuvent retrouver leur vigueur et une chance d’avenir à travers l’immigration mais il faudra accepter que le paysage soit différent et en voir la beauté. Il y a la vitalité économique que nous pouvons retrouver et développer en région, et il y a aussi un enrichissement social et collectif indéniable que pourrait apporter l’immigration si elle était gérée dans l’intérêt des régions et des personnes immigrantes.

Jean-Luc Gélinas, Directeur général du SOIT (service de recrutement et d'intégration des immigrants au travail), Québec