«La recherche permet aussi de contrer la désinformation qui occupe beaucoup d’espace sur les réseaux sociaux notamment certaines idées erronées comme celle que la COVID-19 est transmise par les ondes électromagnétiques du 5G [cinquième génération technologique du cellulaire]», écrit Charles Morin. Ci-dessus, une manifestation anti-5G à Londres samedi.
«La recherche permet aussi de contrer la désinformation qui occupe beaucoup d’espace sur les réseaux sociaux notamment certaines idées erronées comme celle que la COVID-19 est transmise par les ondes électromagnétiques du 5G [cinquième génération technologique du cellulaire]», écrit Charles Morin. Ci-dessus, une manifestation anti-5G à Londres samedi.

À quoi ça sert la recherche scientifique?

POINT DE VUE / Il est rare que la recherche scientifique soit à l’avant-plan de l’actualité comme elle l’est depuis le début de la pandémie COVID-19. Tous les jours, nous sommes bombardés d’information sur les facteurs de risque et les vecteurs de transmission du virus, sur la mise au point de tests diagnostiques plus rapides, sur la fabrication de masques de protection et sur le développement de vaccins. Et c’est sans oublier les fameuses courbes épidémiologiques de nouveaux cas infectés, d’hospitalisations et de décès.

À l’ère de cette pandémie, la recherche scientifique est omniprésente dans notre quotidien et pour plusieurs bonnes raisons. La recherche permet d’abord d’informer le public sur l’évolution de la pandémie sur la base de données épidémiologiques et ainsi de justifier différentes décisions concernant les mesures de confinement et de distanciation, mesures qui ne sont pas toujours très populaires.

La recherche permet aussi de contrer la désinformation qui occupe beaucoup d’espace sur les réseaux sociaux notamment certaines idées erronées comme celle que la COVID-19 est transmise par les ondes électromagnétiques du 5G (cinquième génération technologique du cellulaire) ou des idées encore plus farfelues, notamment celle du bienfait potentiel d’ingurgiter des détergents pour tuer le virus.

La recherche scientifique est essentielle à la production de nouvelles connaissances afin de mieux comprendre un phénomène, soit la COVID-19 dans le cas actuel, sa provenance, ses modes de transmission et son traitement. Depuis le début de la pandémie, c’est surtout la recherche en infectiologie et en santé publique qui a occupé l’avant-plan médiatique et guidé les décideurs, et ce, avec raison!

Cependant, les contributions dérivées de recherches proviennent de tous les secteurs des sciences en passant par le biomédical, le génie, l’intelligence artificielle et les sciences sociales. Il y a bien sûr la recherche fondamentale en laboratoire pour mieux comprendre le virus et développer un vaccin, suivie par des essais cliniques pour en évaluer les risques et les bénéfices.

C’est aussi la recherche en sciences et en génie qui a produit une innovation technologique sous la forme d’un laboratoire miniature servant au dépistage ambulatoire de la COVID-19. La recherche en intelligence artificielle est également omniprésente dans la mise au point de systèmes de géolocalisation pour le suivi de la chaîne de transmission du virus. Les recherches en sciences sociales ne sont pas en reste, même si elles sont moins à l’avant-plan jusqu’à présent. Plusieurs recherches ont déjà documenté l’impact psychologique de la pandémie et du confinement sur la santé mentale des jeunes et moins jeunes, notamment les problèmes d’anxiété, de dépression et de sommeil, de même que le suicide. D’autres recherches en anthropologie s’intéressent à certaines croyances concernant la transmission de virus et aux déterminants de mouvements anti-vaccins qui peuvent en découler.

Il est particulièrement encourageant de constater que nos élus et nos dirigeants s’appuient sur les données probantes dérivées de la recherche pour guider plusieurs de leurs décisions et actions concernant la mise en place de mesures de confinement et de distanciation physique, et le déploiement d’un plan de déconfinement. Il serait décevant qu’il en soit autrement, mais certains pays n’ont pas suivi cette même ligne de conduite étayée par les données scientifiques. Il est à souhaiter que la recherche guidera également le déploiement de programmes d’intervention psychosociale visant à aider les personnes à risque ou déjà aux prises avec des problèmes de santé psychologique, problèmes qui risquent d’être très coûteux au long cours.

Si la crise actuelle illustre les nombreuses retombées de la recherche, elle met aussi en évidence l’importance de bien vulgariser les connaissances scientifiques afin que la population comprenne et accepte certaines décisions. Plusieurs chercheurs contribuent à cette mobilisation des connaissances par leurs interventions dans les médias afin de renseigner la population sur l’évolution de la pandémie et sur ses nombreuses conséquences. Un défi important réside dans la pression énorme exercée sur le milieu de la recherche pour obtenir des réponses sur plusieurs sujets, et des réponses rapides. Mais force est de constater qu’il n’y a pas toujours de réponses sans équivoque et qu’il existera toujours des zones d’incertitude, d’où l’importance de faire preuve d’un bon jugement pour interpréter les données et être en mesure de remettre en question certaines décisions sur la base de faits nouveaux.

Certaines décisions doivent aussi s’appuyer sur le jugement plutôt que sur les données, notamment la décision de permettre aux proches aidants d’accompagner un membre de sa famille en fin de vie. Tout comme il n’y avait pas de certitudes absolues sur les projections de nouveaux cas infectés ou de décès, il ne peut y avoir de certitudes absolues sur les risques associés aux mesures de déconfinement.

Malgré l’apport important de la recherche scientifique, même les études les plus rigoureuses ont des limites et ne peuvent fournir des vérités absolues et dicter en totalité les décisions de nos élus et gestionnaires. L’interprétation des résultats de la recherche peut aussi différer selon la méthode utilisée. Par exemple, les courbes de décès par habitant semblent bien pires au Québec que dans les autres provinces au Canada, mais il faut comprendre que les agences de santé publique des différentes provinces n’utilisent pas toutes les mêmes méthodes de calcul notamment en ce qui touche l’inclusion de décès de personnes en centres de soins de longue durée avec ou sans diagnostic confirmé de COVID-19.

L’utilité de la recherche devient plus convaincante en période de crise comme celle que nous vivons présentement avec cette pandémie de la COVID-19. Une fois que la tempête sera passée, il ne faudra pas perdre de vue le rôle essentiel que joue la recherche scientifique au sein d’une société en évolution, d’où l’importance de financer adéquatement cette recherche et nos universités pour former la relève scientifique. La recherche contribue à améliorer non seulement l’espérance de vie, mais aussi la qualité de vie et le bien-être des individus.

La recherche est aussi un moteur de l’économie du savoir et son financement doit demeurer une priorité dans le plan de relance économique de nos gouvernements.