La cathédrale Saint-Germain de Rimouski est désignée comme l’un des 10 endroits les plus menacés au Canada.

À qui appartient la cathédrale de Rimouski?

Un récent sondage Léger a révélé que 75 % souhaitaient que la cathédrale de Rimouski reste ouverte au culte. Lors de l’élection récente de nouveaux marguilliers, deux sur trois ont été élus par acclamation et le troisième par 75 % des 208 votants

La fabrique comptera, à partir du 1er janvier, cinq marguilliers sur six dévoués à la sauvegarde de la cathédrale, au maintien de ses fonctions liturgiques et épiscopales ainsi qu’à l’ajout d’une vocation culturelle. Peut-on avoir un message plus clair? L’évêque l’entendra-t-il? «Que celui qui a des oreilles entende.» (Math.11-15)

L’autorité de l’évêque

Nous n’avons jamais réellement entendu l’évêque souhaiter la réouverture de la cathédrale. Au contraire, récemment, au terme d’une rencontre à huis clos avec quelques personnes dans le but de trouver une solution, il a réitéré son intention de procéder à la désacralisation du temple. 

N’a-t-il pas déjà transporté sa cathèdre (trône d’autorité) à l’église Saint-Pie-X? Il agit bien ainsi dans la pure culture de l’Église catholique où tout se décide théocratiquement à partir d’en haut sans respect pour l’expression démocratique des paroissiens. Il laisse se détériorer la situation et fait la sourde oreille à des propositions sérieuses qui lui sont faites pour sauver notre bâtisse. Il se comporte comme s’il en était le propriétaire alors que dans les faits, il n’en a que l’usage gratuit.

L’article 13 de la Loi sur les fabriques dit que celle-ci est une personne morale qui est propriétaire de l’église. Ainsi, l’évêque et son clergé n’en sont pas les propriétaires. Alors, comment comprendre que l’évêque ait le dernier mot quand le propriétaire veut améliorer, réparer, hypothéquer ou vendre sa propriété?

Force est de constater que cette loi devrait être modifiée rapidement, en particulier la section II, alinéa 5-L, en enlevant toute autorité à l’évêque sur les biens de la fabrique faisant en sorte que seuls les marguilliers soient redevables aux paroissiens qui les ont élus. Ainsi, en rendant à César ce qui lui appartient, il aura plus de temps pour rendre à Dieu ce qui Lui appartient. (Luc xx-25)

Le patrimoine

En 1933, les paroissiens de Saint-Germain ont offert à la Ville un immense crucifix trônant depuis, sur le terrain de l’Hôtel de Ville, coin Évêché et Cathédrale. Il s’agit d’une pièce de notre patrimoine religieux, au même titre que la cathédrale. La Ville de Rimouski ne va pas déloger cette croix de chemin, expression séculaire de foi au Québec, sous prétexte qu’elle ne voudrait pas entretenir le religieux. 

Monsieur le maire redisait dernièrement que la Ville n’allait pas contribuer à la restauration de la cathédrale, disant que cela ne relève pas de sa compétence. Il faut être cohérent. Nous voyons la Ville de Québec participer à la hauteur de 30 millions $ pour la sauvegarde et la restauration du patrimoine religieux. Il ne faut pas confondre la séparation de l’Église et de l’État avec la sauvegarde du patrimoine qu’il soit religieux ou laïc. 

Notre patrimoine est de plus en plus mal en point. Qu’on prenne à témoin, outre la cathédrale, l’abandon depuis plus de 10 ans de «Les ateliers St-Louis», coin Évêché et St-Louis, propriété de la Ville. On n’a pas entendu la Société rimouskoise du patrimoine se mobiliser pour recycler cette belle bâtisse. Encore là, tout semble se passer en vase clos. Ça peut donner l’impression de faire autorité et sérieux quand on dit que cette société a participé au huis clos de l’évêque. D’un vase clos à un huis clos, la transparence ne peut s’imposer.

Je suggère que :

• La Société rimouskoise du patrimoine consulte ses membres avant de donner son avis sur la cathédrale, cela donnerait de la légitimité à son discours.

• L’Évêché procède à une véritable consultation auprès des diocésains en leur posant une seule question : voulez-vous que votre évêque désacralise la cathédrale?

• La Ville de Rimouski procède à un référendum pour demander l’autorisation des contribuables aux fins d’engager les deniers publics pour participer à la réparation de la cathédrale en regard du caractère patrimonial de cette bâtisse qui est la signature de Rimouski. 

Protéger le contenant ne concerne en rien le contenu sacré. C’est ce que les Français en France ainsi que le maire Labeaume à Québec ont compris.

Gilles Le Chasseur

Rimouski