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À Québec en 2050

André Verville
André Verville
Lévis
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POINT DE VUE / Lettre de Québec en 2050. Il y a plus de vingt ans maintenant que notre ville s’est dotée d’un réseau de transport collectif qu’on disait alors «structurant» et il en est passé de l’eau depuis dans le fleuve devant la Citadelle.

Il est si facile aujourd’hui de savoir ce qui était loin d’être évident il y a 30 ans, quand nous avons décidé d’aller de l’avant. Certains se demandent comment nous pouvions alors savoir à l’époque que la pandémie de 2020-2021 allait changer à jamais le cours de l’histoire. D’autres affirment pourtant que ça n’a fait qu’accélérer une tendance qui se dessinait déjà à l’époque, quand les mots «télétravail» et «présentiel» se sont pointés le bout du nez.

Mais est-ce que c’était vraiment ce changement structurel dans le monde du travail ou la révolution des transports qui a fait que les choses ont évolué différemment de ce qu’on avait prévu ? Les experts se contredisent depuis toujours sur la question.

Comment aurions-nous pu en effet prévoir à l’époque qu’une nouvelle génération de batteries dites «solid state» allait remplacer la vieille technologie au lithium, lourde et encombrante, et que les tramways de seconde génération, en autonomie complète, n’auraient plus besoin de tous ces fils et caténaires qui enlaidissaient le paysage et qu’on a déjà commencé à démanteler. 

Vrai aussi que le roulement doux et silencieux du début de ces véhicules sur rails n’est plus ce qu’il était. Après plus de vingt cycles complets de gel et de dégel du sol sous ses assises en béton qu’on avait pourtant pensées bien solides et ancrées en profondeur, on se fait pas mal brasser aujourd’hui, mais on travaille déjà sur un nouveau modèle de wagon qui aura des suspensions pneumatiques «intelligentes» qui vont utiliser la géolocalisation précise au centimètre pour anticiper les passages un peu trop brutaux d’une dalle de béton à l’autre. 

On a bien hâte, parce qu’on commence à les croire maintenant, ces experts qui nous disent que la croûte terrestre remonte de trois millimètres à chaque année à Québec et qu’on dirait bien que ça ne remonte pas égal !

On cherche aussi à comprendre comment il se fait que Lévis, pourtant si allergique alors à tout moyen de transport qui pouvait comporter le terme «commun», a pu se doter d’un système de petits véhicules autonomes programmables par les utilisateurs, qui va chercher et reconduire ses passagers à la porte de leur demeure, et qu’elle a fait ça presque sans aide gouvernementale. Était-ce seulement parce qu’elle a éliminé le vieux terme autobus, un peu trop empreint de vapeurs de diésel, de son vocabulaire, pour le remplacer par celui plus tendance de navette ? Cette fameuse «Navette du quai Paquet» qui aurait laissé des traces dans l’imaginaire collectif de nos voisins du sud peut-être.

Mais nous, à Québec, on est une ville d’histoire et de nostalgie. Nous sommes attachés aux choses du passé et notre tramway a un petit quelque chose d’unique qui ajoute au charme touristique de notre ville du patrimoine mondial, dans laquelle il fait bon marcher pour s’y rendre. En hiver, on trouve ça un peu dur, mais l’été, quand il fait beau et chaud, c’est tellement agréable! Il y a des touristes américains qui nous disent qu’avec ses côtes et son vieux tramway, Québec est comme une San Francisco du nord, mais nous, avec une bonne bouteille de rouge dans un café-terrasse, on préfère se dire qu’on est Bordeaux en Amérique.