Paul Gérin-Lajoie en entrevue au Soleil en 2016

À notre ami, parti à la fin de l’année scolaire

Comme si, de son lieu, Paul Gérin-Lajoie avait participé au quotidien de la vie scolaire et éducative et avait attendu la fin pour nous quitter. Ce n’était peut-être pas si conscient, mais certainement symbolique d’un homme qui aura dédié sa vie à l’éducation d’un peuple, des peuples.

Les hommages pleuvent, le choix de faire des funérailles nationales se pose comme une évidence incontestable. À la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), nous déplorons la perte d’un mentor, d’un guide, d’un ami indéfectible. Si M. Gérin-Lajoie a choisi de quitter à la fin de l’année scolaire, il nous oblige, par cette sortie côté jardin, à faire le bilan de notre année scolaire en nous posant la question: comment la FCSQ a-t-elle cherché à enrichir, au cours des douze derniers mois, le projet de société éduquée qu’il a tout au long de sa vie cherché à développer? Si nous pouvions lui faire rapport, nous lui présenterions les chantiers que nous avons menés en 2017-2018 afin de lui témoigner notre volonté à poursuivre son œuvre.

Le premier chantier touche le positionnement politique et administratif de la FCSQ. Nous avons essayé, tout au long de l’année, de prendre les devants dans l’actualité à travers des valeurs éducatives et sociétales bien épousées; nos participations aux commissions parlementaires auront servi à rappeler d’abord notre responsabilité comme société de permettre à tous les enfants présents sur le territoire du Québec de recevoir une éducation de qualité, indépendamment de la situation de leurs parents ou tuteurs; elles auront servi également à promouvoir l’importance des saines habitudes de vie dans un contexte de légalisation du cannabis, position d’ailleurs partagée par l’ensemble des partenaires du système scolaire public québécois; de plus, elles auront permis de militer en faveur du projet de société porté à travers le Programme de formation de l’école québécoise et d’attirer l’attention du gouvernement sur les problèmes d’iniquité de la taxation scolaire et ses impacts sur les services aux élèves.

Monsieur Gérin-Lajoie défendait la démocratie scolaire sans aucune réserve ni hésitation. Pour lui, l’éducation publique, et accessible à tous, prend sa racine de la mobilisation des citoyennes et citoyens dans cette instance de proximité qu’incarne une commission scolaire, et la démocratie scolaire en est le levier par excellence pour pouvoir déclarer que L’École appartient aux citoyens. Nous avons bien conscience à la FCSQ que cette idée fondatrice mérite une attention particulière, qu’elle est malmenée sur la place publique depuis plusieurs années et que nous avons toutes et tous une part de responsabilité dans cette situation, y compris les élu(e)s scolaires. La question n’en est pas une de légitimité, monsieur Gérin-Lajoie en était convaincu, mais nous avons compris que la méconnaissance populaire à notre endroit relevait d’un manque de lisibilité, d’une méconnaissance du rôle et de l’impact des élu(e)s scolaires dans leur communauté.

Le deuxième chantier sert à nourrir une réflexion sur la valorisation de l’élu(e) scolaire et à se donner des pistes nous permettant de migrer vers une modernisation de son rôle. Nous avons choisi de passer d’un gouvernement de processus à un gouvernement d’idées; un gouvernement de proximité qui influence la cause éducative dans sa communauté. Pour moderniser notre agir politique, nous avons décidé de renforcer notre proximité avec la population, de prendre appui sur une réflexivité délibérative, c’est-à-dire une réflexivité qui prend ses distances devant l’anecdote et porte un regard plus large, plus global, pour s’assurer que nos choix s’appuient sur la plus grande impartialité possible, au service de l’intérêt commun. Nous avons choisi de mettre de l’avant notre rôle fondamental de VECTEURS D’ÉQUITÉ.

Favoriser la réussite

Monsieur Gérin-Lajoie le disait: le monde de l’éducation rassemble un bon nombre de groupes et l’enjeu des rapports harmonieux entre ceux-ci influence sans contredit la réussite éducative du plus grand nombre d’élèves. Le troisième chantier veut justement être soucieux du rapport que nous entretenons avec nos partenaires. Les événements, les intérêts, mais surtout les manières bien différentes de comprendre les rôles de chacun auront fait de ce chantier le plus complexe à piloter. C’est celui qui, au quotidien, à travers l’ensemble des rencontres de travail, nous a enseigné à se placer dans la position de l’autre pour mieux accueillir ses préoccupations. Ce que nous avons essayé de mettre de l’avant au cours de la dernière année scolaire, c’est l’idée de la complémentarité des rôles des acteurs dans la réussite éducative de nos élèves, jeunes et moins jeunes. Si ce ne fut pas toujours facile, monsieur Gérin-Lajoie nous dirait que c’est incontournable. Nous devons travailler ensemble pour l’intérêt supérieur, la réussite du plus grand nombre.

Le 11 décembre dernier, le réseau des commissions scolaires s’est réuni dans la Maison du peuple pour célébrer 70 ans de contribution au développement social, culturel et économique du Québec. Nous avons publié un ouvrage et un site web : www.etatsdescommissionsscolaires.quebec pour permettre à chaque citoyen de mieux connaître sa commission scolaire, et permettre à l’ensemble des élu(e)s scolaires québécois(e)s de développer un sentiment de coresponsabilité de la réussite de tous des élèves du Québec. Monsieur Gérin-Lajoie, invité d’honneur de cette soirée, nous avait fait parvenir un texte dans lequel il disait: «[…] Je ne peux que souhaiter longue vie à la FCSQ […] faites en sorte que l’École soit un lieu de sens maillé à son environnement de vie. Agir seul n’a jamais été la solution, il nous faut une participation citoyenne au cœur de l’édification de l’École, cela est tout à fait réalisable par des femmes et des hommes de bonne volonté». Mettre en scène la FCSQ constitue le quatrième chantier.

Le père de la gratuité scolaire nous a quittés à un moment où le Québec se penche sur l’idée même d’une gratuité favorisant l’accès à l’excellence en éducation et au service de la réussite du plus grand nombre. Comme socle incontournable d’une société éduquée, la FCSQ travaillera sans relâche pour poursuivre cette œuvre monumentale. C’est un engagement ferme, un hommage obligatoire à sa mémoire. Somme toute, nous avons un bilan tout en continuité de son œuvre.

Alain Fortier, président Fédération des commissions scolaires du Québec