«Oui, la priorité ce sont les vies humaines. Très rapidement, cependant, il faut penser à la survie des entreprises pour qu’il existe encore des emplois après la tempête», écrivent les auteures de cette lettre d'opinion.
«Oui, la priorité ce sont les vies humaines. Très rapidement, cependant, il faut penser à la survie des entreprises pour qu’il existe encore des emplois après la tempête», écrivent les auteures de cette lettre d'opinion.

À nos dirigeants, de la part des entrepreneurs

POINT DE VUE / On a raison de féliciter tous les travailleurs de la santé qui sont dédiés à la tâche dans la lutte au coronavirus. On a raison de féliciter ceux qui travaillent à nourrir la population. On a raison de féliciter nos dirigeants qui gèrent avec beaucoup de dévouement une crise sans précédent et dont les incidences touchent en profondeur toutes les sphères de la société.

Maintenant, il y a des anges dont on parle moins ou qu’on ne voit pas comme tels : les entrepreneurs. Avec mes collègues de l’École d’entrepreneurship de Beauce, je suis aux premières loges depuis le début de la crise pour entendre toute l’énergie et les moyens qu’ils déploient pour survivre, protéger leurs employés, leurs entreprises et leurs familles. 

Depuis le 19 mars, nous organisons des séances d’entraide dans le monde virtuel avec nos clients, qu’ils soient passés par chez nous il y a 10 ans ou qu’ils soient actuellement inscrits à nos programmes. Notre École a dû cesser ses activités régulières, et comme c’est le lot de beaucoup d’entreprises actuellement, elle ne génère plus aucun revenu. Malgré tout, elle offre ce filet de sécurité aux entrepreneurs, pour leur permettre de ventiler, de trouver des solutions et de trouver du réconfort pour traverser l’épreuve. 

Au cours de ces séances, je suis témoin des larmes de ceux et celles qui ont la lourde responsabilité de mettre des gens à pied pour protéger la survie de leur entreprise. C’est contraire à la nature de l’entrepreneur et, croyez-moi, c’est un geste qu’ils posent en tout dernier recours; le cœur en miettes, après des nuits d’insomnie. J’entends aussi leur difficulté à comprendre des mesures comme le travail partagé, qui vient avec un lot inouï de paperasse. J’entends leur peur devant l’incertitude et l’endettement! Car jusqu’à présent, la plupart des mesures annoncées pour les entrepreneurs ne sont que ça : reports de paiements et possibilités d’emprunt accrues. Mais que feront-ils avec un surplus de dettes et une économie qui redécollera au ralenti? Car il n’y a pas à se faire d’illusion, certains secteurs d’activités vivront pendant une longue période les impacts de la crise, notamment le tourisme.

Ce matin, je recevais un mot d’un membre de notre communauté d’entrepreneurs qui nous priait de livrer jusqu’à vous le message : les entrepreneurs ont besoin de votre aide! Beaucoup plus d’aide! Ces mots sont venus d’un homme habituellement réservé. Ils ont résonné encore plus fort dans mon cœur : quand même les silencieux se lèvent, c’est que le désespoir se pointe. 

Oui, la priorité ce sont les vies humaines. Très rapidement, cependant, il faut penser à la survie des entreprises pour qu’il existe encore des emplois après la tempête. Pour que la santé mentale de nos entrepreneurs ne soit pas en déroute. Pour qu’ils aient aussi des moyens d’assurer leur propre subsistance. Une amie entrepreneure me disait qu’en tant que chef d’entreprise, elle n’a pas le droit à l’assurance-emploi ni à aucune aide. Pourtant, c’est le zéro client et elle n’a pas de conjoint pour prendre la moitié de l’hypothèque. 

Messieurs Legault et Trudeau, au nom de toute notre communauté d’entrepreneurs, nous vous prions d’agir pour protéger les piliers de notre économie : les PME. Adoptez des mesures simples et efficaces dans leur application. Quand nous sortirons de notre confinement, nous aurons besoin plus que jamais du dévouement, de la créativité et du leadership des anges-gardiens de nos emplois.