Les organismes communautaires de lutte au décrochage (OCLD) sont inquiets de constater que plusieurs questions sont laissées sans réponses jusqu’ici par le ministère de l’Éducation, concernant le retour à l'école en septembre.
Les organismes communautaires de lutte au décrochage (OCLD) sont inquiets de constater que plusieurs questions sont laissées sans réponses jusqu’ici par le ministère de l’Éducation, concernant le retour à l'école en septembre.

À l’aube de la rentrée scolaire, l’inquiétude touche les organismes de lutte au décrochage scolaire

Mélanie Marsolais
Mélanie Marsolais
Directrice générale, Regroupement des organismes communautaires de lutte au décrochage
POINT DE VUE / Alors que les jeunes s’apprêtent à reprendre leurs études, les organismes communautaires de lutte au décrochage (OCLD) sont inquiets de constater que plusieurs questions sont laissées sans réponses jusqu’ici par le ministère de l’Éducation. Sans réponse à celles-ci, ce sont encore une fois les élèves les plus vulnérables qui en feront les frais.

Les organismes communautaires de lutte au décrochage (OCLD) sont des milieux de vie créés par et pour la communauté. Depuis le début de cette crise, les OCLD se sont rapidement adaptés afin de maintenir les liens, offrir des activités et un soutien adapté aux nouvelles réalités que vivent les enfants et les jeunes vulnérables qu’ils rejoignent. Nombreux sont les organismes qui ont organisé la livraison de dépannage alimentaire, la distribution de tablettes et d’ordinateurs, le prêt de livres à domicile et qui ont offert du soutien psychosocial, du soutien scolaire et des ateliers éducatifs en ligne. Ce sont plus de 7000 jeunes à travers 14 régions du Québec qui sont actuellement soutenus ainsi que leur famille.

Ainsi, dans les OCLD nous sommes aux premières lignes pour noter que la réalité des derniers mois a eu fort impact sur nos jeunes. Beaucoup d’entre eux souffrent, leur santé mentale inquiète et leur démotivation se font sentir.

Les jeunes se retrouvent «sans filet».

Nous le savons, les élèves issus de milieux défavorisés, les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage et les élèves inscrits dans les formations axées sur l’emploi sont retournés en moins grande proportion à l’école à la réouverture de celles-ci. De plus, l’accès aux services spécialisés et aux professionnels (orthopédagogue, psychoéducateur, etc.), qui était déjà largement insuffisant avant la pandémie, a été fortement restreint à partir du 13 mars.

Le confinement, la «rupture» avec leurs milieux scolaires, l’interruption spontanée de socialisation, sont des facteurs de risques aggravants. Quelles mesures de soutien le ministère de l’Éducation prévoit-il mettre en place pour répondre aux besoins particuliers de ces jeunes?

Il est urgent de saisir l’ampleur des effets de la crise sur le décrochage scolaire.

La fermeture et la réorganisation des écoles font craindre une vague massive de décrochage chez les jeunes, qui pourraient à terme se retrouver sans diplôme ou qualification.

L’accès à l’éducation au printemps dernier a été compromis pour bon nombre de jeunes. Certains auront été absents de l’école durant une période allant jusqu’à six mois si l’on inclut la saison estivale et on sait très bien que plusieurs mois d’apprentissage ne peuvent être rattrapés en quelques semaines.

Aller de l’avant avec un rattrapage des apprentissages sans réaménagement du cursus scolaire au moment de la rentrée, ce serait mettre une pression énorme sur les épaules des élèves sans respect ou considération de leur rythme d’apprentissage, et ce, au désavantage des plus vulnérables. Quel est le plan de match du ministère au niveau pédagogique et va-t-il réaménager le cursus des apprentissages?

De la même manière, nous devons avoir des données fiables pour comprendre et saisir l’ampleur des effets de la crise sur le décrochage scolaire.

Considérant les lacunes à ce sujet depuis le début de la pandémie, quelles mesures le ministère va-t-il mettre en place pour que l’on ait des données sur le nombre de jeunes qui ne sont pas rejoints par l’école à distance et sur le nombre de jeunes qui retournent à l’école? Nous voulons savoir combien de jeunes sont laissés de côté.

M. le Ministre, les OCLD resteront aux aguets pour que les besoins des jeunes, de partout au Québec, soient pris en compte.

Nous savons que l’école n’arrivera pas seule à offrir leur meilleur soutien aux enfants. Les ressources en éducation sont insuffisantes, ce n’est pas un secret. La bonne nouvelle est que le secteur institutionnel peut compter sur des alliés: les organismes communautaires de lutte au décrochage. Nous sommes là, nous avons été là depuis le début de cette crise et nous avons maintenu le lien avec les jeunes et les familles au cours de l’été.

Maintenant que la rentrée approche rapidement, nous avons des attentes.

Nous demandons à ce que les organismes communautaires de lutte au décrochage soient nommément inscrits dans le plan de retour en classe. Donnez-nous les ressources nécessaires afin que nous puissions jouer pleinement notre rôle de soutien pour les jeunes puisque sans elles nous aurons de la difficulté à répondre à la demande de tous ces jeunes en difficulté. Proposez-nous comme des ressources vers lesquelles les jeunes et les familles peuvent se tourner.

Pour le bien de nos jeunes, nous souhaitons faire partie de la solution. Donnez-nous les outils pour le faire.

Le ROCLD représente 56 organismes d’action communautaire autonome qui œuvrent en lutte au décrochage (OCLD), répartis dans quatorze régions du Québec. Plus de 900 employé.e.s et 2200 bénévoles offrent un accompagnement et un soutien adaptés aux besoins spécifiques de plus de 7000 jeunes en difficultés, ainsi qu’un accompagnement à 4000 parents, et ce, chaque année.