Le cimetière de Laval offre plusieurs sections distinctes pour les défunts des communautés juive, haïtienne et congolaise, entre autres.

À chacun son cimetière?

Depuis plusieurs jours, les médias débordent d'entrevues mettant en scène des représentants du Centre culturel islamiste de Québec (CCIQ). Ceci avec raison, en particulier quand on pense au geste disgracieux dont a été victime ce groupe de pratiquants musulmans de la région de Québec. Rares sont les Québécois qui ne désapprouvent pas l'envoi de colis haineux du type de celui que viennent de recevoir leurs concitoyens du CCIQ.
Par contre, en ce qui concerne la volonté de ces derniers de posséder un cimetière à Saint-Apollinaire, les partisans du «non» ont été moins questionnés par les journalistes que leurs opposants du «oui». Il convient donc de tenter de rétablir un certain équilibre à ce niveau.
En effet, il n'est pas utopique de penser qu'une proportion importante des Québécois, sinon une majorité, soit pour l'interculturalisme et contre la ghettoïsation. Dans un tel contexte, ne pourrait-on pas affirmer que les Québécois ne voudraient plus, par exemple, revenir à l'époque des tavernes, d'où les femmes étaient exclues? De la même façon, ils ne voudraient pas d'un organisme sans but lucratif qui n'aiderait que les miséreux catholiques en laissant dans la rue les laissés pour compte juifs. Ou encore, probablement n'éliraient-ils pas un maire qui leur proposerait de mettre en place des quartiers où ne pourraient résider que des ainés, excluant les jeunes familles et les enfants.
Bien qu'une telle affirmation soit intuitive, il n'est pas utopique de penser que les Québécois aspirent plus à des options inclusives qu'à des choix fondés sur l'exclusivité. Si on accepte ce postulat, ne peut-on pas en conclure que les Québécois sont inclusifs, quand ils invitent leurs concitoyens à partager avec eux leurs cimetières? À l'inverse, est-ce que ne sont pas exclusifs ceux qui insistent pour posséder leur propre cimetière, à eux seuls, à Saint-Apollinaire, après avoir refusé l'invitation qui leur est faite de partager celui déjà existant, à Saint-Augustin-de-Desmaures, et où d'autres citoyens musulmans se sont entendus avec le propriétaire?
Les partisans du cimetière religieux exclusif peuvent bien sûr évoquer des exigences reliées à des préceptes religieux particuliers. Les exemples avancés sont l'alignement des corps vers un lieu donné ou la nécessité de posséder un droit de séjour à perpétuité plutôt qu'en vertu d'un bail à long terme. Or, dans n'importe quel lieu de sépulture inclusif et ouvert, on peut très bien acquiescer à de telles demandes.
À défaut d'avoir des propriétaires de cimetières disposés à offrir par exemple des contrats à perpétuité, plutôt qu'à long terme, il est facile d'imaginer que le législateur puisse agir promptement pour combler la lacune, dans un esprit d'inclusion et de partage, plutôt qu'en encourageant l'approche des ghettos, sous prétexte de droits, que ceux-ci soient religieux ou pas.
Luc B. de Passillé, Saint-Augustin-de-Desmaures