2019, des pas incertains vers la laïcité

L’année 2019 risque fort de mener à des débats houleux autour de la nouvelle politique du gouvernement Legault touchant le port des signes religieux. Il ne faudrait pas oublier cependant que cette démarche s’inscrit dans un long cheminement initié dans les années 1960, au moment où la société québécoise a procédé à la sécularisation de ses institutions.

Historiquement dirigés par le clergé et les différentes communautés religieuses, les secteurs de l’éducation et de la santé ont été repris par l’État, qui en assume désormais la responsabilité. Le processus de sécularisation était dorénavant en marche en s’étendant à toutes les sphères de la société québécoise.

Ce mouvement ne s’est pas déroulé sans heurts, puisque les forces religieuses conservatrices ont réagi fortement à la suite de la perte de leur influence au sein de la société. Pour calmer le jeu, les gouvernements ont dû faire des compromis, notamment dans le domaine de l’éducation, en maintenant un système privé largement subventionné par l’État qui côtoierait un secteur public dont la gratuité allait contribuer à sa démocratisation. Cette situation qui se voulait temporaire perdure malheureusement aujourd’hui. Cependant, le système scolaire était encore confessionnel et il faudra attendre à l’an 2000 pour que l’organisation des écoles se fasse sur une base linguistique plutôt que religieuse.

Si la société québécoise s’est sécularisée en reléguant le religieux dans le domaine du privé, il n’en demeure pas moins qu’on est encore loin d’une reconnaissance officielle de la laïcité. Pour ce faire, il serait impératif que le gouvernement en vienne à présenter une charte de la laïcité qui consacrerait la neutralité de l’État dans l’ensemble de ses ramifications. Dans un tel contexte, tous les employés gouvernementaux seraient tenus de respecter un code vestimentaire qui reflète le caractère laïque de leur fonction, en s’abstenant de porter des signes religieux ostentatoires, tout cela ne pouvant faire l’objet de demandes d’accommodements. Soyons clairs, la neutralité de l’État ne s’applique pas dans les lieux de culte ni dans l’espace public. De plus, par souci de cohérence, le crucifix de l’Assemblée nationale devrait être déplacé de ce lieu pour bien souligner le caractère laïque de la plus importante institution du Québec.

Cependant, la mise en place d’une loi sur la laïcité sera difficile puisqu’une fois votée, celle-ci pourra être contestée par des individus qui s’appuieront sur la charte canadienne, qui reconnaît la primauté des droits individuels. Même la future loi de la CAQ, qui porte sur une application élargie des propositions Bouchard-Taylor, ne risque-t-elle de se retrouver devant les tribunaux à moins d’y inclure une clause nonobstant? N’est-il pas paradoxal qu’un gouvernement doive recourir à cette clause dérogatoire pour se soustraire à une charte d’une constitution qu’il n’a jamais signée? Si le ridicule tuait, le Canada serait déjà mort!

Marcel Perron 

Neuville