Point de vue

Le Conseil du numérique «de Montréal»

Le 12 avril dernier, la ministre Dominique Anglade profitait de la Semaine numérique de Québec pour annoncer la composition du Conseil du numérique. La création de ce conseil avait été présentée en décembre dernier parmi les mesures constituant la stratégie numérique du Québec.

Je tiens à préciser d’emblée combien je suis admiratif du travail remarquable accompli, sous la houlette de Marie-Odile Koch, par son équipe de la direction de l’économie numérique du MÉSI, durant le long processus de construction de cette stratégie numérique. Je suis tout aussi satisfait, pour l’avoir demandé plutôt deux fois qu’une, de voir aujourd’hui créé le Conseil du numérique.

J’ai contribué, au mieux de mes compétences, à la construction de la stratégie. En janvier 2016, Sophie D’Amours, Vincent Tanguay et moi-même publiions un point de vue dans Le Soleil, «Pour une stratégie numérique nationale». Je me suis par la suite impliqué dans le processus de construction lui-même : vidéo de support à l’engagement dans le chantier des villes et territoires intelligents, participation à deux des panels de consultation à Québec et à Sherbrooke, relecture des documents de travail... Je me suis félicité de voir un document équilibré et courageux naitre. J’ai été de celles et ceux qui ont insisté beaucoup pour voir un Conseil du numérique émerger. 

C’est dire si j’attendais avec impatience l’annonce de la composition du Conseil. Mais, le 12 avril, mon optimisme a fondu, malgré la température hivernale. Non pas que les 15 membres ne soient pas compétents, mais la composition relève d’une vision jacobine dont je croyais être délivré en quittant la France il y a 15 ans. Alors que les enjeux du numérique sont essentiellement territoriaux, voilà un conseil totalement a-géographique. Alors que le chantier des infrastructures et celui des villes et territoires intelligents seront majeurs et impliqueront au premier chef les communautés régionales et les villes, aucun représentant dans le Conseil du numérique.

Sur les 15 membres, sauf erreur de ma part, seuls deux ne sont pas de Montréal. Sur les cinq membres issus du milieu académique, seule Sophie D’Amours (et je ne peux cacher ma satisfaction de la voir dans cette composition) n’est pas de Montréal. Ce conseil est un conseil de l’économie numérique, pas un conseil du numérique. Où sont les représentants des milieux de l’éducation, de la culture? Où sont les spécialistes des enjeux géographiques, d’aménagement, de gouvernance des territoires?

Comprenez-moi bien, les 15 membres sont extrêmement compétents, je ne le remets pas en cause. Mais le message adressé aux Québécoises et aux Québécois est que l’expertise dans ce domaine extrêmement sensible se concentre à Montréal, et que les «affaires du numérique» doivent être réfléchies et déployées depuis Montréal. C’est non seulement extrêmement grave et dangereux, mais c’est aussi totalement faux. Déjà dans le domaine de l’intelligence artificielle, le gouvernement du Québec, en investissant massivement et quasi exclusivement à Montréal, contribue au développement hyper-polarisé et à un Montréalo-tropisme qui, à terme, ne pourra que nuire à la capacité du Québec, dans son ensemble, à se positionner dans les domaines du numérique.

En effet, à trop polariser, on contribue à déséquilibrer les territoires, et non seulement l’expertise moyenne globale baisse, mais l’élite est elle aussi moins performante qu’elle ne le serait si elle contribuait à équilibrer géographiquement l’innovation. Les pays d’Europe dont l’organisation territoriale repose, non pas sur un centralisme, mais sur une politique de régionalisation équilibrée et complémentaire, sont ceux dont les ratios d’innovation régionale sont les plus élevés.

L’Allemagne l’a compris depuis longtemps. La France quant à elle, avec son centralisme historique, demeure toujours en marge de cette fameuse mégalopole européenne, que certains ont qualifiée de «banane bleue». Les effets sont persistants et durables. Les conséquences sont lourdes pour les territoires exclus des zones d’innovation. Je ne prêche pas pour un saupoudrage géographique, mais pour qu’en matière de numérique en particulier, la diversité territoriale du Québec soit prise en compte, et cela devrait absolument passer par un rééquilibrage de la représentation géographique et d’expertise de la composition du Conseil du numérique.

Alors, je ne saurais trop inviter Madame la ministre Anglade à mobiliser la géographe en elle, car je sais qu’elle existe, de manière à poser les gestes qui feront du Québec du XXIe siècle un territoire où l’innovation numérique se conjuguera, non seulement avec l’inclusion sociale, mais aussi avec une forme affirmée de justice spatiale. 

Stéphane Roche, Vice-doyen à la recherche, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, Université Laval

Point de vue

Patrimoine religieux: on doit prévenir l’incurie

Tout ce tapage au sujet du tableau de David est extrêmement révélateur. Aux prises avec des difficultés financières dont nous connaissons les raisons, le diocèse de Québec a besoin d’argent.

Or, il se trouve que le Musée de la civilisation conserve en dépôt une œuvre du peintre David donnée au diocèse à la suite de l’incendie de la cathédrale en 1922 et que cette œuvre pourrait rapporter gros. Comme par hasard, le Musée des beaux-arts du Canada manifeste un tel intérêt pour ce tableau qu’il est prêt à vendre à l’enchère un de ses Chagall pour l’acquérir.

Pressées de questions, les autorités de la fabrique de Notre-Dame de Québec invoquent la mission apostolique de la fabrique et du diocèse pour justifier la nécessité de se départir du Saint-Jérôme de David. Aussitôt, la machine se met en branle. Le Musée de la civilisation et le Musée des beaux-arts de Montréal se disent prêts à tenter d’acquérir le tableau en vue de le garder au Québec. Le ministère de la Culture entre à son tour dans la danse et déclare vouloir classer le tableau afin d’empêcher son départ de Québec à Ottawa. Serge Joyal et Phyllis Lambert interviennent dans Le Devoir. De son côté, la ministre fédérale du Patrimoine, l’ineffable Mélanie Joly, refuse de s’en mêler sous prétexte que le Musée des beaux-arts du Canada est libre de ses choix.

On peut se demander quelle sera la prochaine œuvre d’art à être offerte au plus offrant au nom de la mission apostolique. Avant que la situation dégénère, ce qui est prévisible à plus ou moins court terme, une réflexion s’impose de toute urgence, car il s’agit de notre patrimoine et pas le moins important. Je crois qu’il faudra revenir à la réflexion amorcée par Luc Noppen il y a déjà quelques années afin d’assurer la conservation de notre patrimoine religieux et ainsi d’empêcher, comme la chose s’est déjà passée dans d’autres domaines, que notre incurie et notre indifférence en encouragent la dilapidation.

Louis Garon, Québec

Point de vue

Rodéos: la science avant la politique

Tout comme Pascal Lafrenière, directeur général du Festival western de Saint-Tite, je suis membre du Comité consultatif sur le bien-être et la sécurité des êtres animaux utilisés dans le cadre des rodéos, créé par le ministère de l’Agriculture du Québec (MAPAQ) à la suite de l’initiative du professeur de droit Alain Roy et de ses étudiants.

Ceux-ci, rappelons-le, prétendent que les activités de dressage, de même que celles qui impliquent des veaux et des bouvillons contreviennent à la nouvelle Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (loi BÊSA). Je voudrais préciser certains éléments importants à propos du mandat qui a été confié au Comité (où je siège bénévolement) et du déroulement de ses activités, et réagir à certaines déclarations rapportées ces derniers jours dans les médias, notamment dans La Presse.

Le Comité consultatif a pour mission de faire des recommandations au gouvernement sur le bien-être et la sécurité des êtres animaux de rodéo en fonction de toutes les preuves, expertises et autres données disponibles. Dans ce contexte, c’est avec beaucoup d’étonnement que j’ai entendu la semaine dernière les ministres Lessard et Boulet se prononcer publiquement sur la question du bien-être des êtres animaux de rodéo, en affirmant sans ambages qu’il suffirait de procéder au rehaussement de certaines normes de pratique pour assurer le respect de la Loi BÊSA. Cela reste évidemment à voir. Cela peut être ou ne pas être le cas.

Des êtres sensibles, pas des biens

En vertu de la loi BÊSA et du Code civil, les êtres animaux ne sont plus des biens, mais des êtres sensibles ayant des impératifs biologiques. Voilà qui fait appel à la science. À l’exception des activités d’agriculture, de médecine vétérinaire et d’enseignement ou de recherche scientifique, la nouvelle loi ne permet plus qu’un être animal soit soumis à un «abus ou mauvais traitement pouvant affecter sa santé» ou à de la «détresse». C’est à la lumière de ce nouveau critère et de ces nouvelles balises que le Comité est appelé à statuer.

Le Comité a reçu une base de données unique et sans précédent de 135 heures de vidéo qui correspond à la captation visuelle des 20 rodéos qui se sont tenus à Mont­réal et à Saint-Tite l’été dernier, filmés par trois observateurs à partir de trois angles différents. Toutes les catégories d’activités y sont montrées : monte de chevaux, monte de taureaux, terrassement de bouvillons, prise au lasso et ligotage de veaux, etc. La base de données a été visionnée et analysée dans un rapport clinique détaillé de 610 pages rédigé bénévolement par le DJean-Jacques Kona-Boun, médecin vétérinaire spécialisé en anesthésiologie (qui était par ailleurs l’un des trois observateurs sur place). Le rapport met l’accent sur le critère explicite de la nouvelle loi, soit le «risque» au bien-être et à la sécurité des êtres animaux.

Le Festival western de Saint-Tite a demandé à Jennifer Woods qui, contrairement au Dr Kona-Boun, n’est pas vétérinaire, d’évaluer les données vidéo et le rapport clinique du Dr Kona-Boun. Mme Woods conclut qu’elle n’a observé aucun mauvais traitement et qu’aucun des êtres animaux observés ne présentait des signes de détresse.

L’avantage des données vidéo recueillies est qu’elles sont publiques et accessibles à tous. Comme M. Lafrenière et Mme Woods, et comme tous les autres membres du Comité, j’ai obtenu copie de la banque de vidéos tournées lors des rodéos de Montréal et de Saint-Tite. Je suis actuellement à faire circuler ces vidéos auprès d’experts hautement qualifiés provenant des quatre coins du monde, notamment des médecins vétérinaires cliniques, pour évaluer les risques au bien-être et la sécurité, et des éthologues et comportementalistes pour évaluer entre autres les signes de détresse. Seuls des experts qui n’ont pas de relations d’affaires avec l’industrie du rodéo sont retenus. Je m’emploie également à faire des analyses statistiques sur la fréquence et la proportion des types de risques identifiés par le Dr Kona-Boun pour chacune des activités de rodéo captées sur vidéo.

Pour le moment, le Comité a en main la banque de vidéos brute, le rapport d’analyse du Dr Kona-Boun commandé par le professeur Roy et le clip de 120 secondes que ce dernier a produit à partir des images identifiées par le Dr Kona-Boun comme étant porteuses de risques pour le bien-être et la sécurité des êtres animaux. Le Comité a aussi en main l’analyse préparée pour le compte du Festival western de Saint-Tite par Mme Wood qui, rappelons-le, n’est pas vétérinaire. 

Puisque les ministres Lessard et Boulet semblent s’en remettre à l’analyse de cette dernière pour conclure avant même que le Comité n’ait eu l’occasion d’amorcer sa réflexion sur le fond, je me suis permis de juxtaposer, dans une vidéo, les propos de Mme Woods aux images fournies. En toute logique, cette juxtaposition vidéo (bit.ly/RodéoWoods) devrait inciter les deux ministres à se garder une «petite gêne» en attendant la fin des travaux du Comité. Bref, la science et le droit avant la politique.

Stevan Harnad, Ph.D., professeur de sciences cognitives à l’UQAM, professeur émérite à l’Université de Southampton (R.-U.), directeur de la revue scientifique internationale Animal Sentience et membre du Comité consultatif sur le bien-être et la sécurité des êtres animaux utilisés dans le cadre des rodéos

Point de vue

Avant de contraindre, pensez au prix de la liberté

Non, le premier ministre Philippe Couillard n’est pas «fou» en suggérant que les directions de service de police déterminent elles-mêmes, localement, ce qui sied le mieux à la tenue vestimentaire de leurs policières et policiers. Montréal n’est pas Québec ni Saguenay, et inversement.

Ce sont pour ainsi dire des «pays» éminemment différents les uns des autres. Par ailleurs, le premier ministre divague pathétiquement lorsqu’il évoque les «rêves», s.v.p., de tout un chacune comme devant discerner le convenable de l’inconvenant, ainsi qu’en conviant des décideurs à aller expliquer à tout un chacune pourquoi cela s’avérerait inacceptable.

En outre, la Sûreté du Québec (SQ) serait fondée de requérir du gouvernement qu’il tranche entre le convenable et l’inconvenant, au sujet des symboles religieux acceptables ou non, concernant le corps de police national. Et pourquoi donc? Parce que la SQ couvre l’ensemble du territoire québécois, où se trouvent le plus d’opinions et sentiments divers à l’égard de la question de la laïcité; et qu’ultimement incombera au gouvernement d’arbitrer les différends autrement insurmontables à cet égard. Alors qu’à Montréal, par exemple au SPVM, pourquoi la question vestimentaire ne pourrait-elle se «régler» là même, considérant qu’on n’y manque vraiment pas d’expérience en tolérance ou gestion d’uniformes pas particulièrement conformes ou uniformes?

Enfin, l’éditorialiste du Soleil semble soumettre la meilleure voie de résolution possible au problème à moyen et long terme, en suggérant qu’on réfère au plus tôt la chose à l’aire judiciaire la plus haute, considérant que tout indique qu’on devra inévitablement se «ramasser» là un jour de toute façon, en raison d’aussi interminables qu’inévitables contestations inconciliables. Pourquoi faire ou laisser encore durer cela durant des siècles?

Certes, il serait plus sage et sensé, logique et rationnel, qu’on en décide entre soi, posément, socialement et politiquement, au lieu de toujours en appeler à papa/maman juges suprêmes. Mais on dirait que notre population, actuellement, s’en sentirait encore incapable ou non disposée à le faire. Pourtant…

Un jour, sans doute, parviendrons-nous à comprendre enfin que la liberté, la liberté toute, tant celle, particulière, de pouvoir décider soi-même comment on s’habille ou... se déshabille, comment on s’orne ou se pare; que celle, plus «compréhensive» et générale, de ce qu’on accepte ou refuse comme comportements en société; que cette liberté-là n’est pas peu de choses, qu’elle est sans prix. Peut-être, alors, constaterons-nous qu’en cas de doute, permettre s’avère le plus souvent préférable à interdire, contraindre ou restreindre.

Denis Beaulé, Sherbrooke

Point de vue

L’UQAR, université à échelle humaine

Citoyen de la belle ville de Québec, j’ai longtemps cru que la seule voie aux études supérieures passerait par l’Université Laval. Comme j’avais tort. À quelques pas à peine de chez moi, prenant le traversier et faisant cap vers l’autre rive, voilà que se découvre, tel un trésor bien gardé, le campus Lévis de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Comment décrire l’UQAR? C’est d’abord sa dimension humaine qui enchante. L’enseignement se fait dans le cadre de petits groupes et est fortement axé sur la pratique. Ouste les amphithéâtres glacials où s’entassent plusieurs centaines d’étudiants; ici, la proximité avec les professeurs est exceptionnelle et facilite la réussite, de même que le dépassement. Cette taille réduite des cohortes et cette disponibilité des professeurs permettent un enseignement personnalisé, un approfondissement général et des échanges florissants. Concernant le corps enseignant, il y a un bel équilibre entre des professeurs qui ont une riche expérience terrain et ceux et celles davantage axés sur la recherche; souvent même nous avons droit à un intéressant mélange des deux. Toujours en termes de combinaison gagnante, mentionnons que l’UQAR marie chaleur communautaire et excellence en recherche (développement régional, nordicité et sciences de la mer, notamment).

Faire partie d’une communauté universitaire plus petite a plusieurs avantages : il y a cette agréable impression d’être chez soi, simplement. De se sentir tout de suite à sa place. De belles relations se tissent aisément avec tout le monde (professeurs, chargés de cours, membres du personnel, étudiants). Il est plus aisé de s’impliquer, non seulement dans le volet scolaire, mais dans des activités socioculturelles. Qui plus est, quand le personnel de soutien est aussi présent, instructif et chaleureux, toujours là pour nous accompagner lorsqu’on souhaite lancer un projet (entrepreneurial, artistique, social, sportif, etc.); c’est d’une simplicité bienvenue. Comme le mentionne une étudiante sur le site de l’université : «Nous sommes encouragés à nous dépasser, tant par les professeurs que le personnel des services aux étudiants, et à découvrir des facettes de nous-mêmes que nous n’imaginions même pas!» C’est ça, l’effet UQAR. Ajoutons un environnement physique particulièrement lumineux et moderne; l’ambiance conviviale; des plages horaires de cours invitantes... on continue?

Par ailleurs, cette université semble avoir compris qu’avant de former des travailleurs, elle forme des citoyens. Avant de former au perfectionnement «technique», elle encourage l’esprit critique. L’UQAR apparaît saisir ce qui fait l’essence et la pertinence de l’éducation et de la conscientisation dans une société; peut-être même que sa catégorisation d’«université publique» y est pour quelque chose?

À l’heure d’une mondialisation de l’éducation supérieure toujours plus féroce, où l’éducation se voit pernicieusement appréhendée comme une marchandise comme les autres, il est réconfortant de voir que certaines universités ne semblent pas avoir baissé les bras. «En cultivant l’autonomie à l’encontre des pouvoirs, l’université doit maintenir une distance critique avec le monde, celle-là même qui devrait lui permettre d’éduquer au jugement, de transmettre la culture et de réfléchir sur le sens de notre présence dans le monde», écrivaient Eric Martin et Maxime Ouellet.

Les universités ne doivent pas être contraintes à être des usines à diplômes au service «du marché»; il appert que ces lieux de savoir doivent maintenir leur rôle vital au service du bien commun, de l’éveil des consciences et de l’émancipation citoyenne.

L’UQAR, c’est une enthousiaste invitation à s’épanouir et se dépasser sur les plans scolaire, relationnel, professionnel et personnel. Pardonnez cette lettre d’amour à mon université qui s’éternise un brin, mais voilà : une université de cette trempe doit davantage briller sur la place publique. Et si c’était les plus «petites» universités qui étaient en fait les plus «grandes»?

Étienne Boudou-Laforce, Québec

Point de vue

Le pouvoir de la bêtise

Le 5 avril dernier, il était question dans le journal Le Soleil de Patrick Turmel, professeur de philosophie et spécialiste d’éthique économique.

M. Turmel est coauteur, avec David Robichaud, de La juste part, livre paru en 2012 et repris par une maison d’édition française en 2016. Je résume très simplement leur thèse : le self-made-man est un mythe. En fait, les riches et les très riches de ce monde sont ceux qui profitent le plus de la coopération sociale. Sans les structures sociales déjà en place — système d’éducation, savoirs, techniques, pays stable, routes, formation des travailleurs, marchés, devises, etc., la liste est longue — ils n’auraient pu s’enrichir. Il est donc juste qu’ils redonnent, sous forme de taxes et impôts, une partie de leur argent, et non tout leur argent — ils vont rester riches —, ce qui contribue à financer les structures sociales dont ils profitent.

Or, un populaire animateur de radio n’y a vu que du feu. Il a tout à fait le droit d’être en désaccord avec cette thèse, là n’est pas mon propos. Il a le droit de dire tout haut pourquoi il n’est pas d’accord. Mais encore faut-il avoir des arguments et maîtriser son sujet. Et comment a-t-il fait pour réfuter cette approche toute sociale-démocrate, approche présente au Canada et dans bien des pays européens? En déformant la réalité et en n’utilisant que des caricatures. L’animateur a dit que M. Turmel «fuckerait nos enfants» (comme si l’Université Laval était fréquentée par des enfants). Cette université serait un «guet-apens de communistes», un nid de «gauchistes». Selon l’animateur, qui croit avoir compris quelque chose, il faudrait, dans cette vision des choses, «donner tout son argent à l’État». C’est carrément faux. Il n’en a jamais été question. Toujours selon l’animateur, payer des impôts serait communiste et le régime communiste a causé «100 millions de morts», rendant ainsi le professeur coupable par association.

Que de tels propos mensongers soient proférés sur les ondes d’une radio qui rejoint un large public est inquiétant. En plus d’insulter Le Soleil, l’Université Laval et des individus précis, on s’attaque à l’intelligence de l’auditoire en déformant la réalité. Il m’arrive souvent d’en avoir ras-le-bol des moqueries des gens de Montréal sur Québec, mais quand on entend de telles inepties sur les ondes, je peux les comprendre.

Parfois, je suis découragé pour ma ville. Heureusement, il y a, entre autres, l’Université Laval pour remonter le niveau.

René Bolduc, Québec

Point de vue

Le projet Trans Mountain et «l’intérêt national»

De mes études en sciences politiques à une période déjà lointaine, je retiens, entre autres, la lecture imposée d’un ouvrage de Hans Morgenthau, «Politics Among Nations», un volume considéré alors (et probablement toujours) comme un classique des relations internationales où on nous présentait le concept «d’intérêt national» vu comme un principe fondateur régissant depuis toujours les relations entre nations.

«L’intérêt national» regroupe un ensemble de valeurs et convictions indissociablement associé à l’ADN d’une nation et à laquelle adhèrent de manière tacite les gouvernants successifs d’un pays. «L’intérêt national» transcende les individus, les partis et, dans une large mesure, le temps. «L’intérêt national» s’impose comme mythe unificateur des actions de tous.

L’exemple type est illustré par l’histoire de l’Angleterre qui a établi et maintenu un empire gigantesque pendant plus de deux siècles.

L’expression «perfide Albion» illustre à merveille le concept. Spécialiste de la «balance du pouvoir» et de son complément, le renversement d’alliances, l’Angleterre supportait l’un ou l’autre pays du continent européen qui était en mesure de lui assurer l’hégémonie en Europe et la domination sur le reste du monde. On disait de l’Angleterre qu’elle ne comptait aucun ami, que des «intérêts».

Tous les pays obéissent à «l’intérêt national», particulièrement les puissances dominantes.

Le premier ministre Trudeau a évoqué à maintes reprises «l’intérêt national» dans le cas du projet Trans Mountain. Le Canada est un pays immense disposant de ressources naturelles importantes qui ont assuré au cours de son histoire son développement économique et sa prospérité. Pouvoir les exporter est une question de survie pour le Canada. Les ressources énergétiques en font partie.

La thèse de «l’intérêt national» appliquée à l’exportation du pétrole est justifiable, comme elle le serait pour les ressources minières, le blé de l’ouest, les ressources forestières ou l’hydro-électricité.

Là où le problème se corse, c’est lorsque l’intérêt national d’un pays s’oppose à l’intérêt national de l’autre. Le cas du pétrole canadien est une illustration exemplaire d’intérêts divergents sinon carrément opposés entre deux pays amis, les États-Unis et le Canada.

S’il est de l’intérêt national du Canada de pouvoir exporter ses ressources énergétiques, ceci heurte de front les intérêts nationaux de notre puissant voisin du sud qui considère le pétrole/gaz canadien comme constituant pour lui une ressource stratégique fondamentale dont il veut pouvoir disposer à sa guise au moment jugé opportun.

Pour les États-Unis, il est de l’intérêt national américain que le pétrole canadien demeure dans le sous-sol canadien et ce, tant qu’eux, les Américains, n’en auront pas besoin et cela se fera alors à leurs conditions. Disposer de ressources énergétiques à portée de mains ne peut que constituer un «sine qua non» pour les États-Unis.

Et Dieu sait l’importance que le pétrole a pu jouer dans l’histoire récente des États-Unis. Du renversement de Mossadegh en Iran en 1953 jusqu’à la guerre récente en Irak en passant par le support à certains des régimes les plus autocratiques de la planète, il est peu de choses que les États-Unis ne soient prêts à faire pour assurer leur sécurité énergétique, sinon stratégique, à long terme.

Dans cet esprit il est impensable que «leur» pétrole et gaz canadien fuit à l’étranger et, de plus, vienne compétitionner leurs exportations naissantes de ressources énergétiques sur les marchés étrangers.

Pour nos alliés américains, le seul pipeline acceptable est Keystone qui permet d’acheminer aux États-Unis le pétrole et gaz canadien. Comment le gouvernement Trudeau, déjà embourbé dans la renégociation imposée de l’ALENA, peut-il composer avec ce nouveau défi? Il est on ne peut plus évident que le «problème» ne peut faire l’objet d’échanges formels entre ces deux alliés.

Les États-Unis, par ailleurs, disposent de moyens considérables qu’ils ne manqueront pas d’utiliser pour contrecarrer les projets canadiens d’exportation de «leurs» ressources énergétiques. Et, malheureusement, ces moyens ne peuvent être qu’indirects pour ne pas dire à la limite des règles de bon voisinage entre alliés.

Gilles Caron, Saint-Augustin-de-Desmaures

Point de vue

Pour une laïcité métissée face aux dérives ultrareligieuses et ultralaïques

«Et ils vont tuer mes parents, ma famille et moi aussi. J’étais sûr de ça. Il fallait que je fasse quelque chose» dit Alexandre Bissonnette pour justifier le massacre qu’il a admis commettre à la Grande Mosquée de Québec en cette nuit glaciale du 29 janvier 2017.

Les «ils», ce sont les personnes réfugiées qui arrivent en nombre au Canada et au Québec suite à la tragédie syrienne. Les «ils», ce sont surtout les musulmans contre qui monsieur Bissonnette souhaitait protéger notre société: «C’est sûr qu’il y en beaucoup […] il va y en avoir de plus en plus», augmentant ainsi les risques d’attentats terroristes. En assassinant six citoyens et en endeuillant des milliers d’autres, le jeune citoyen dit «que peut-être que grâce à ce que j’ai fait peut-être une centaine de personnes allait être sauvée. Peut-être 200, peut-être 300 personnes, on sait jamais. C’est ça que je me suis dit.» 

À force de se faire dire par les faiseurs d’opinions les menaces que représenteraient les personnes musulmanes et les personnes réfugiées, Alexandre, déjà fragile et vulnérable, n’était pas difficile à convaincre. Les discours excluant des uns se traduisent ainsi par les gestes assassins des autres. «Quand dire, c’est faire» écrivait J.L. Austin. Non seulement il y a un million de musulmans au Canada, mais il y a en plus des citoyennes musulmanes voulant porter le hijab: insupportable, trop c’est trop…

La Palme d’or de l’objet de défoulement collectif revient encore cette année, sans surprise aucune, au hijab. Mais lassant et insipide: voilà deux qualificatifs qui caractériseraient bien les débats, approche des élections oblige, sur la religion et la laïcité au Québec. Il est cependant difficile de rester muet face aux dérives tant ultrareligieuses qu’ultralaïques en cours. En fait, alors que cette deuxième décennie du XXIe siècle tire à sa fin, le Québec se transforme en un champ social et idéologique où prolifèrent, tranquillement mais surement, des chroniqueurs, des essayistes et des groupes anti-diversité, anti-immigration et anti-islam: des Mouvements, des Rassemblements, des Associations et autres terrorisés par l’altérité, surtout quand celle-ci est musulmane. Ils s’acoquineraient avec certains élus politiques et insistent sur la nécessité d’interdire le port du hijab, mais aussi du turban, de la kippa et autres atours qui menaceraient notre laïcité. 

Celles et ceux dont l’opinion diffèrent sont alors considérés comme des anti-laïcité, des «laïcophobes.» Ces groupes ultralaïques ne font qu’user de leur liberté d’expression et en cela leurs appels au public et leurs lettres aux décideurs politiques sont à respecter, tout en autant qu’ils soient en mesure d’éviter l’entretien des tensions et des polarisations sociales qui tendent à gangréner notre démocratie si durement gagnée.

Récemment ces groupes cauchemardent à la vue d’une élue ou d’une policière se présentant en hijab: menaces existentielles, survie identitaire menacée, démocratie agonisante, laïcité en péril! Souvent, ils rappellent les souches françaises du Québec pour légitimer l’instauration d’une laïcité républicaine à la française, et là encore il s’agit de leur légitime liberté d’expression. Un détail toutefois: le Québec n’est pas la France, importer de France son (ses) modèle(s) laïque(s) est incohérent avec notre modèle de laïcité qui exige d’être développé au Québec et nulle part ailleurs. Aussi, l’État au Québec s’est-il bel et bien séparé de l’Église, se laïcisant ainsi en entamant un processus en mouvement pour la construction incessante d’une laïcité endogène, une laïcité métissée riche de son double ancrage d’origine française et d’héritage anglo-saxon. Une laïcité unique en son genre.

Par ailleurs, les deux seuls États musulmans qui imposent aujourd’hui aux femmes le port du hijab sont l’Arabie Saoudite (niqab) et l’Iran (chador). Dans leur histoire postcoloniale, trois autres États musulmans ont interdit le port du hijab, à savoir la Tunisie de Bourguiba, l’Iran de la dynastie Pahlévi et la Turquie de Mustapha Kemal: trois dictatures. Une question se pose alors à notre projet de laïcité québécoise: imposer et interdire le hijab seraient-ils tous deux des gestes liberticides et misogynes? Mais pour répondre à cette question, il faudrait faire l’effort, ardu et nécessaire, de se décentrer en mettant entre parenthèses, le temps d’une réflexion sincère et constructive, nos propres tendances idéologiques. 

Le crédo suranné («passé-date») souvent mis de l’avant par certains élus et groupes anti-diversité-anti-immigration-anti-islam est celui des femmes musulmanes-victimes-passives, qui auraient besoin de ces mêmes groupes et de l’État pour assurer le salut des femmes en hijab, un peu comme les premiers missionnaires installés au Québec et en Amérique: «Il y a là un mépris de l’autre [écrit le philosophe montréalais Daniel Weinstock] qui ressemble à s’y méprendre à celui des missionnaires qui, naguère, prétendaient connaître mieux que les «sauvages» la voie du Salut.» 

L’on peut entrevoir en effet un mépris qui consiste à nier aux citoyennes musulmanes leur capacité d’agir. Pour emprunter des expressions chères au philosophe Michel Foucault, le sujet féminin québécois musulman est un «sujet agissant» et non un «sujet assujetti». Les Québécoises musulmanes, avec ou sans hijab et à de très rares exceptions près dont on se sert souvent comme épouvantail sont, faut-il vraiment le préciser, des sujets agissants car en mesure de prendre leurs propres décisions sans y être forcées, ni par une poignée d’hommes intégristes religieux excités, ni par une certaine laïcité missionnaire.

La laïcité a ceci en commun avec la religion — et bien d’autres institutions sociales — que toutes incluent des extrémistes incapables d’écoute et d’ouverture à la différence: les «ultralaïques» (selon une expression de l’historien de la laïcité Jean Beaubérot) qui traitent d’obscurantistes rétrogrades celles et ceux souhaitant porter des signes religieux; et les «surmusulmans» (selon l’expression du psychanalyste Fethi Benslama) qui traitent de sauvages infidèles et d’islamophobes celles et ceux qui ne se réclament pas de l’islam. 

Les citoyennes et les citoyens qui font le plus grand tort au projet collectif d’une laïcité québécoise pacifique sont, bien entendu les extrémistes religieux qui sont dans l’intolérance absolue, mais aussi les extrémistes laïcs démonisant toute voix qui n’est pas la leur. Ce sont ces derniers qui, sous couvert de modernité, font le plus de bruit malgré leur petit nombre et qui veulent rendre invisible l’altérité en promouvant l’homogénéisation collective (homogénéisation de l’habillement, de la langue, des valeurs, des origines). L’ultra-laïcité débouche ici sur la faillite du respect de l’autre et se rapproche des dérives qu’elle condamne. 

Les ultralaïcs proposent au fond une idéologie reposant sur des mesures disciplinaires imposées au corps des femmes. Ceci n’est pas sans rappeler le dévoilement des femmes musulmanes par l’État paternaliste à l’aube de l’indépendance en Iran, en Tunisie et en Turquie, dévoilement obligatoire qui est à l’origine une stratégie disciplinaire colonialiste européenne; et leur voilement imposé aujourd’hui par l’État en Arabie Saoudite et en Iran. Dans les deux cas, voilement et dévoilement obligatoires, il s’agit d’un contrôle du corps physique des femmes qui précède ou accompagne toujours (consciemment ou inconsciemment) un projet de contrôle social et politique autoritaire. L’alternative viable est une laïcité métissée dans laquelle les femmes et les hommes sont libres d’exprimer leurs identités plurielles et contribuer ainsi à la richesse et à la vitalité sociales. La pluralité est l’antidote par excellence des dérives ultrareligieuses et ultralaïques. 

Abdelwahed Mekki-Berrada, professeur, département d’anthropologie, Université Laval

Homa Hoodfar, professeure émérite, département d’anthropologie, Université Concordia

Sylvie Poirier, professeure, département d’anthropologie, Université Laval

Laurence Kirmayer, professeur, Division de psychiatrie sociale et transculturelle, Université McGill

Janet Cleveland, chercheuse, CIUSSS Centre-Ouest de l’Ile de Montréal

François Crépeau, professeur, Faculté de droit, Université McGill

Gilles Bibeau, professeur émérite, département d’anthropologie, Université de Montréal

Point de vue

Unifier les forces politiques de gauche

En survolant mon parcours militant des 50 dernières années, que ce soit au deuxième front de la CSN, au FRAP, au RCM, à Québec-Presse, à Cooprix, au MDN, je m’aperçois que c’est depuis ma retraite en 1997 que j’ai entrepris, avec l’aide de centaines d’autres militants et militantes, le chantier le plus important de ma vie: l’unification de la gauche politique en vue de l’émergence d’un parti progressiste et indépendantiste qui conquerra le pouvoir afin d’instaurer une meilleure justice sociale au Québec et en faire un pays indépendant.

Il faut se rendre compte que, depuis la naissance du Parti de la démocratie socialiste (PDS) en 1995, l’apparition du Rassemblement pour l’alternative politique (RAP) en 1998, l’élection dans Mercier en 2001 où, pour la première fois la gauche s’est unie autour d’une candidature unique, la fondation de l’Union des forces progressistes (UFP) qui a regroupé trois partis de gauche en 2002, la fondation de Québec solidaire en 2006 rendue possible par la fusion de l’UFP avec Option citoyenne et, en 2007, la fusion de Québec solidaire et d’Option nationale, la gauche politique du Québec a vécu un processus d’unification et de renaissance unique en Amérique du Nord et sans équivalence dans la plupart des démocraties occidentales.

Lorsque Québec solidaire a fêté ses 10 ans en 2016, on a constaté qu’il était bien installé dans l’espace public. Mais on sentait qu’il avait besoin d’un nouvel élan pour poursuivre son développement et aspirer éventuellement au pouvoir. Depuis l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois au printemps 2017, le parti a subi une véritable métamorphose. En l’espace de neuf mois, d’avril à décembre, le nombre de membres est passé de 11 000 à 17 000. Dans le domaine du financement, le parti a dépassé ses objectifs pour 2017: quelque 3550 donateurs et donatrices lui ont permis d’amasser plus de 300 000 $ en souscriptions. Québec solidaire se classe ainsi avant la CAQ qui, selon le rapport du Directeur général des élections, n’a recueilli que 225 000 $. Québec solidaire compte aussi plus de membres que la CAQ, même si ce parti est représenté par 21 députés à l’Assemblée nationale. Aux dernières nouvelles, les résultats financiers pour les premiers mois de 2018 sont aussi encourageants que ceux de 2017.

Par contre, les sondages, qui avaient connu une embellie significative au printemps et à l’été 2017 suite à l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois, ont chuté ces derniers mois, à leur niveau antérieur de 9 à 10%. Mais avec tous les efforts qui sont déployés, il devrait y avoir une embellie notable au cours des prochains mois.

Québec solidaire est à la croisée des chemins. Dans son rôle de «parti des urnes et de la rue», où il a été très efficace jusqu’ici, il s’est bien gardé d’imposer son hégémonie sur les mouvements sociaux. Il s’est plutôt fait le porte-voix de ces derniers en transmettant leurs revendications à l’Assemblée nationale. Il a été en quelque sorte la conscience sociale du Parlement.

Le défi auquel le parti fait maintenant face est de franchir un autre stade de son développement en dépassant ce rôle de courroie de transmission pour mettre sur pied ses bases de luttes sociales avec des objectifs qui lui appartiennent en propre. Il lui faut faire la démonstration qu’il est capable, non seulement de relayer les revendications des autres, mais aussi de le faire en son propre nom. Il faut qu’il mobilise une tranche plus large de la population pour créer une masse critique qui permettra au projet de société qu’il propose d’attirer un très grand nombre de personnes, sinon la majorité.

Une stratégie innovatrice: le parti mouvement

Pour atteindre ce but, Québec solidaire s’est donné une nouvelle orientation stratégique en vue des élections d’octobre. Innovatrice, cette dernière s’inspire des campagnes populaires de Bernie Sanders aux États-Unis et de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. On a mis sur la plateforme Internet «Mouvement». C’est une nouvelle façon pour les militants et militantes de s’impliquer concrètement. 

«Mouvement » concrétise la volonté du parti de décentraliser son action politique. Ainsi, les militants et militantes de la base sont maintenant libres d’organiser des actions, de créer des évènements, comme des assemblées de cuisine, des réunions, des manifestations, et de se réseauter directement avec d’autres solidaires sans avoir à passer par l’organisation centrale. QS mise ainsi sur la mobilisation de milliers de personnes partout à travers le Québec. Avec la plateforme «Mouvement», le parti met à la disposition de ses membres un puissant outil d’organisation sans égal en politique québécoise.

Dans sa plateforme électorale, Québec solidaire ira donc à l’essentiel en présentant des propositions politiques claires à la population qui se traduiront par des engagements simples et fermes. Il sera encore plus spécifique que lors des campagnes électorales précédentes en énonçant des mesures précises et en faisant ressortir leurs incidences immédiates sur les gens. On a d’ailleurs constaté ce virage ces dernières semaines. Mais le meilleur est à venir. Mobilisons-nous. Joignons-nous au mouvement qui ne cesse de grandir et couvrira bientôt l’ensemble du Québec.

Paul Cliche, Montréal

Point de vue

Pour un pavillon Jeanne-Lapointe à l’Université Laval

Un groupe de professeurs de l’Université Laval a récemment entrepris une démarche pour que le pavillon des sciences de l’éducation prenne le nom de Jeanne Lapointe (1915-2006), professeure décédée de la Faculté des lettres qui a été l’une des chevilles ouvrières de la Révolution tranquille. J’apporte mon entier soutien à cette judicieuse initiative en tant qu’ex-professeur titulaire et ex-doyen de cette faculté.

J’ai connu Jeanne Lapointe quand elle m’a enseigné la littérature au début des années 1970. Je me souviens d’une femme réservée mais énergique, d’une vaste culture, à l’intelligence vive et au français impeccable. Socialement très avertie, elle quittait parfois la littérature dans ses cours pour nous parler de politique et de sociologie. C’est elle qui m’a fait comprendre la bipartition géolinguistique du Québec. Comme elle l’expliquait avec clairvoyance, le sort du français au Québec se joue principalement à Montréal, car le Québec restera francophone si la grande région montréalaise, qui représente plus de la moitié de la population et qui accueille la très grande majorité des immigrants, ne se bilinguise pas et continue à utiliser majoritairement le français dans tous les domaines.

La toponymie de notre campus reflète encore l’ancien corps professoral, car elle est presque totalement masculine. Seulement deux bâtiments secondaires sont associés à une personnalité féminine: la résidence pour filles Agathe-Lacerte et la maison Marie-Sirois qui abrite une association étudiante. La tour des sciences de l’éducation serait le premier pavillon voué à l’enseignement et à la recherche à porter le nom d’une femme, et de surcroît d’une universitaire d’envergure. Jeanne Lapointe fait en effet figure de pionnière dans le monde universitaire francophone du Québec. Au cours de sa longue carrière de 47 ans, elle a été la première femme professeure titulaire de la Faculté des lettres. Elle a publié de nombreuses analyses littéraires d’inspiration psychanalytique ou féministe. Dès les années 1950, elle a été une critique littéraire réputée à Radio-Canada. Elle a aidé plusieurs écrivaines devenues célèbres dont Anne Hébert et Marie-Claire Blais.