Opinions

Visage à nu et sérénité neuronale

CARREFOUR DES LECTEURS / En 2008, le rapport Bouchard­-Taylor a cerné la notion d’accommodement raisonnable en matière de signes religieux. Le gouvernement péquiste de Pauline Marois a tenté de légiférer sur la laïcité durant leur court mandat. Ce n’est qu’en octobre dernier que le gouvernement Couillard adopta une loi sur la neutralité religieuse. Dans cette loi, le visage couvert est interpellé.

La loi 62, récemment adoptée, donne lieu à de la controverse. Son interprétation varie chez la ministre Vallée d’une semaine à l’autre, et varie entre les ministres libéraux en poste. Peut-on avoir le visage couvert dans les transports publics ? Dans les hôpitaux ? Pas clair ! Les femmes musulmanes au visage voilé sont subtilement ciblées par la loi 62. Des associations contestent cette loi en leur nom devant la justice.

Le visage humain compte un grand nombre de muscles qui s’activent quand on parle, et même quand on reste silencieux. Ces muscles en action expriment notre langage non verbal, une partie importante qui complète le message auditif de notre voix et même nos silences. Ils transmettent notre empathie. Le jeune bébé utilise les neurones miroirs de son cerveau pour imiter le mouvement des lèvres de sa mère, pour sourire, et finalement balbutier, puis parler. Ces expériences de lecture faciale restent inscrites dans nos neurones pour la vie.

Conséquences :

• Le visage voilé de notre interlocuteur bloque une partie de la communication interpersonnelle.

• Stressé par cet échange diminué, notre cerveau utilise les circuits neuronaux des réflexes rapides­ de la peur.

• Le circuit thalamus-cortex cérébral étant plus lent, il est moins utilisé.

• L’émotion domine donc la réflexion­ approfondie.

• Le « vivre ensemble » et l’intégration est plus difficile. Il peut même déraper et faire monter le racisme.

Sur la base de la nature neuronale du cerveau humain établie depuis des millions d’années, je conclus ici que se voiler le visage ne peut être sujet à accommodement religieux. D’ailleurs, la religion repose sur des croyances morales profondes, et non sur un seul voile couvrant le visage en public. 

Ceci ne veut pas dire qu’il faille régir le port du voile par des lois et règlements et ainsi faire croître l’anxiété chez les femmes à visage voilé. Il serait plus sage d’éduquer le public et les nouvelles ar­rivantes, sur le rôle empathique que joue le visage à nu dans la communication. Des technologies modernes, des robots et téléphones intelligents sont développés pour reconnaître les visages à nu et exprimer des émotions sur un visage virtuel.

Ne peut-on pas, nous, comme société, s’ajuster à notre nature neuronale profondément humaine et universelle à tous les citoyens ? Une plus grande sérénité en résulterait­ dans notre « vivre ensemble ».


Luce S. Bérard

Granby

Point de vue

Journée mondiale de la philosophie et 50 ans des cégeps: feux d’artifice ou chant du cygne?

50 ans de cégep, 50 ans de philosophie pour toutes les cégépiennes et tous les cégépiens: que célèbre-t-on exactement en cette Journée mondiale UNESCO de la philosophie?

Nous fêtons, au Québec, une certaine libération de la pensée: jusqu’à la Révolution tranquille, la philosophie est enseignée partout dans les collèges classiques, où elle est, dans son principe, soumise à la Foi et à ses gestionnaires. Les velléités de pensée critique sont étouffées dès le milieu du XIXe siècle, en même temps que les membres de l’Institut canadien de Montréal sont excommuniés (1858); l’Église règne en maître sur les institutions d’éducation dès 1875, alors qu’un conseil de l’Instruction publique contrôlé par l’Église remplace le ministère de l’Instruction publique créé en 1867. Ce que nous célébrons, c’est 50 ans d’une pensée qui se déclare libre, et le principe de cette liberté, nonobstant des contraintes inhérentes à son exercice, est alors inscrit au sein des institutions éducatives elles-mêmes.

La philosophie a toujours oscillé entre critique et service des pouvoirs, quels qu’ils soient, tant est grande la tentation d’imposer les vérités que d’aucuns pensent avoir découvertes et de jouer à l’ingénierie sociale et éducative. En effet, la liberté de la pensée, sous quelque régime que ce soit, n’est jamais acquise une fois pour toutes. Elle est non seulement toujours à transmettre à une nouvelle génération, mais elle consiste peut-être essentiellement dans le combat même pour maintenir son indépendance face aux pouvoirs, qu’ils soient académiques, économiques ou politiques. Karl Jaspers, le fondateur humaniste de l’existentialisme, notait que l’Eglise comme la pensée politique totalitaire ont estimé la philosophie «dangereuse: elle sape l’ordre, elle stimule l’esprit d’indépendance, et par là d’indignation et de révolte». Or, aujourd’hui, ce qui menace, c’est la toute-puissance autoritaire d’une économie qui investit tous les secteurs de la société et qui impose partout ses critères déshumanisants, y compris à l’école, juteux marché de 1’000 milliards $ annuellement.

La grande force de la philosophie consiste, dès son origine, à poser la question: «qu’est-ce qui est?» c’est-à-dire à remettre en question le réel tel qu’il se manifeste à nous. Or, ce réel ne se dévoile jamais tel quel à nos yeux, il passe par des gens et des discours qui l’affirment, qui affirment que «ceci» est la réalité dans laquelle nous vivons: hier, le discours des évêques et de l’Église, aujourd’hui celui du marché, via ses relais politiques, académiques et médiatiques. Le regretté Thierry Hentsch le relevait parfaitement, «personne ne sait ce qu’il en est de cette «réalité» que chacun invoque à tort et à travers à l’appui de ses intérêts».

Ce discours économique sur le réel impose même les objectifs de l’école: former pour le marché, en vue de la performance économique, objectifs dont on veut accélérer encore et toujours la réalisation, fût-ce au prix de toute visée humaine à l’éducation. Il faut, parce que le marché est de plus en plus imprédictible et volatil, parce que les nations et les régions (et les cégeps eux-mêmes du reste) sont désormais en concurrence immédiate les unes avec les autres, adapter l’école encore plus à ce marché – comme si elle ne l’était pas déjà assez! Certains voudraient alors - par exemple dans le rapport Demers sur la formation collégiale de 2014 - adapter aussi la philosophie à ces «nouvelles réalités» et la soumettre aux exigences de programmes déterminés par les diktats de l’économie, la rendre utile, l’embrigader pour résoudre des problèmes soi-disant concrets, ce qui lui éviterait d’en causer, des problèmes, la privant du même coup de sa force critique. Ce que nous célébrons, c’est 50 ans de philosophie libre de tout soumettre à l’examen de la raison, libre de critiquer les discours émanant des pouvoirs qui prétendent déterminer unilatéralement le réel. Ce 50e anniversaire, il faut espérer qu’il ne s’agisse pas d’un chant du cygne.

Sébastien Mussi, professeur de philosophie, directeur du collectif La liquidation programmée de la culture. Quel cégep pour nos enfants? (2016), cofondateur de la Nouvelle alliance pour la philosophie au collège (Napac).

Autres signataires:

Normand Baillargeon, philosophe, écrivain, auteur de La table des philosophes (2017), Enseigner au Québec (2016), La Dure école (2016)

Hugues Bonenfant, professeur de philosophie, cofondateur de la Napac

Dominique Bulliard, professeure de philosophie

Madelaine Ferland, professeure de philosophie, responsable du comité Éducation du CCMM-CSN et membre du comité école et société de la FNEEQ-CSN

Micheline Lanctôt, comédienne, réalisatrice (L’Autre, 2016), professeure en direction d’acteurs (Université Concordia)

Éric Martin, professeur de philosophie, coauteur de Université Inc. (2011)  et auteur de Un pays en commun (2017)

Yvon Rivard, ancien professeur de littérature (université McGill), essayiste, romancier, auteur de Aimer, enseigner (2012)

Point de vue

Madame Stéphanie Vallée, merci de tout cœur

Merci Madame Stéphanie Vallée d’avoir choisi de dire non et de protéger ainsi les populations vulnérables par votre refus d’aller en Cour Suprême du Canada, dans le but de clarifier le terme dangereux de «mort raisonnablement prévisible», ce qui aurait eu pour effet d’élargir comme le souhaite le ministre de la Santé Gaétan Barrette, soit l’euthanasie des personnes considérées comme inaptes et de mettre en danger de mort un grand nombre de citoyens et de citoyennes vulnérables.

Plusieurs ont mis en garde le gouvernement dès le début contre de tels dérapages vers les plus vulnérables, ce qui s’apparenterait à un nettoyage et à un profilage médical et aurait des conséquences catastrophiques que nous ne pourrions plus arrêter. Nous serions sur une pente descendante. 

Déjà sur le terrain, il s’est installé une discrimination dans les soins de santé à prodiguer envers les plus vulnérables. Certains médecins exercent un abus de pouvoir en refusant de soigner des gens plus vulnérables ou en raison de leur âge. La vie est pourtant belle et de valeur égale à tout âge. 

Je vous remercie Madame Vallée en leur nom et au nom de ma très chère fille handicapée et au nom des personnes atteintes de maladies mentales qui réclament des soins plus récurrents et plus coûteux, mais qui sont pourtant des citoyens et des citoyennes à part entière de la société. Le bien commun, c’est pour donner des services sans discrimination à tout le monde et tous et toutes sont égaux et ont la même valeur. 

Monsieur Barrette tente d’instrumentaliser la Cour Suprême pour parvenir à ses fins d’économiser de l’argent du budget du réseau de santé sur le dos des plus vulnérables de notre société québécoise. Il y a Rodrigo Duterte et il y a Gaétan Barrette. Simplement les personnes visées ne sont pas les mêmes.

Jocelyne Dumont, Saint-Jean-Port-Joli

Point de vue

Le Lab-École et le dernier enseignant

Mon intention ici n’est pas de faire la énième critique du Lab-École mais plutôt de regarder ce projet, lancé par le ministre de l’Éducation, comme le symptôme très révélateur d’un mal qui est en train de contaminer notre système d’éducation, et qui consiste à s’intéresser avant tout au contenant plutôt qu’au contenu, au paraître plutôt qu’à l’être, à la matière plutôt qu’à l’esprit et au comment plutôt qu’au quoi enseigner.

Ce que vise avant tout le Lab-École, c’est à penser l’école de demain, un lieu futuriste qu’on s’amusera à imaginer entre amis formé à l’idéologie de la pédagogie nouvelle et fort probablement de la technopédagogie. Mais certains pourraient me rétorquer que les penseurs à la tête du Lab-École ont reçu le mandat de réfléchir exclusivement sur les aspects physiques de ces lieux d’enseignement et absolument pas sur les contenus et les méthodes pédagogiques.

Si les choses étaient si simples… Il suffisait d’écouter l’architecte Pierre Thibault, lors de son passage à Tout le monde en parle, pour comprendre qu’il est habité par une certaine conception de l’éducation qui est tout à fait au diapason avec celle qui se retrouve au cœur du Renouveau pédagogique : «Ce qu’on veut aujourd’hui, c’est des gens imaginatifs, des gens qui vont être des travailleurs autonomes», nous disait-il candidement. Et plus loin d’ajouter : «Une classe, pour que ce soit plus intéressant maintenant, c’est une pédagogie qui permet aux enfants de faire différentes choses en même temps. Donc, tu ne peux pas avoir une classe avec des petits bureaux. Il faut avoir un endroit pour faire du travail collaboratif…»; et le reste! Difficile d’être un meilleur ambassadeur de la pédagogie de projet axée sur le développement de ces nébuleuses compétences si chères aux pédagogues.

Et dans cette école du futur, quelle sera la place et surtout le rôle qui sera accordé à l’enseignant? Pourra-t-il poursuivre sa mission fondamentale qui consiste à transmettre des connaissances ou devra-t-il accepter de devenir un guide qui aura comme fonction de permettre à l’«apprenant» de construire son savoir ou, pour reprendre la formule de Clermont Gauthier, de «découvrir ce qu’il doit apprendre» ?

Comme le dit Olivier Dyens dans une conférence tout à fait surréaliste prononcée à l’Université McGill et qui a pour titre «Des nains sur les épaules des géants», disponible sur le web, «il faut accepter que les technologies seront de meilleurs professeurs que nous», que celles-ci deviendront, dans un avenir rapproché, les nouveaux géants sur lesquels les enseignants devront s’appuyer pour jouer le rôle, non plus de transmetteurs de connaissances — ce travail sera réservé aux avatars — mais plutôt de coachs de vie qui auront pour mission de se concentrer sur ce qui est «fondamentalement humain», soit la compassion, la créativité et la sagesse; en somme, sur les compétences de demain.

Comment suis-je tombé sur cette conférence? En faisant la lecture de Osons l’école de Ugo Cavenaghi et Isabelle Senécal du Collège Sainte-Anne, une institution privée dans la région de Montréal qui a décidé, comme bien d’autres institutions de ce type, de sauter tête première dans les nouvelles technologies et de tout sacrifier sur l’autel de l’innovation pédagogique en exigeant des enseignants qu’ils remettent en question leur façon de faire, de penser et d’être.

Ainsi, dans un contexte où «l’élève n’est plus “récepteur” du savoir mais “auteur”, “co-constructeur”» de celui-ci, qu’il «devient un apprenant engagé dans la construction de ses connaissances et de ses compétences», l’enseignante ne doit plus être vue comme un simple transmetteur de connaissances, mais plutôt comme «un guide disciplinaire, une entraîneuse qui motive ses élèves», nous disent les auteurs.

Dans une vidéo affichée sur le site web du même collège , on peut entendre Ugo Cavenaghi, le directeur de cette institution, affirmer que, puisque toute la connaissance est maintenant dans la poche des jeunes, faisant allusion à leur téléphone intelligent, il ne vaut plus la peine de leur faire apprendre des notions par cœur. Mieux vaut alors se concentrer sur le développement des compétences essentielles, comme la créativité ou la collaboration, ce qui représente, selon lui, le meilleur moyen pour «préparer les jeunes à un monde qu’on ne connaît pas» !

Ce mépris à l’endroit du savoir — où on confond informations disparates et véritables connaissances — et de ceux qui ont été formés pour le transmettre, soit les enseignants, est omniprésent dans les institutions d’enseignement de ce type qui, n’hésitant pas à se donner des airs de grands visionnaires, ne font pourtant que répondre à l’air du temps à coup de formules éculées et surtout sans fondement.

Ainsi, sous prétexte qu’il faut réinventer l’école, ce qu’on exige de plus en plus des enseignants, c’est qu’ils s’adaptent à la réalité, aux forces et aux attentes du marché, qu’ils se concentrent non pas sur le quoi mais sur le comment enseigner, sur la forme et les compétences au détriment du contenu, afin de faire de leurs «apprenants» de futurs employés flexibles qui sauront, en bons travailleurs autonomes, s’ajuster docilement aux moindres caprices de leurs employeurs du jour.

Réjean Bergeron, Montréal

Point de vue

Nouvelle planète demandée

Plus de 15 000 scientifiques sonnent l’alarme et préviennent que la crise climatique menace gravement la vie sur Terre.

Au même moment, comme pour rassurer le brave peuple, d’autres scientifiques annoncent opportunément la découverte d’une énième exoplanète susceptible d’héberger des signes de vie. Message subliminal: «Ne vous en faites pas. Lorsque cela sera devenu invivable ici, nous irons coloniser une autre planète». Car des milliards de planètes comparables à la Terre seraient potentiellement habitables. Encore faut-il pouvoir s’y rendre, la plus proche se trouvant à douze années-lumière, soit… 113 532 milliards de km. À combien le litre d’essence, déjà?

Souvenons-nous que Stephen Hawking a lancé en 2015 un programme visant à observer les confins de l’espace à la recherche d’une vie intelligente. L’astrophysicien britannique a si peu confiance dans la capacité de l’homme d’empêcher la sixième grande extinction de masse de l’histoire de notre planète. Des E.T. bien intentionnés arriveront peut-être à décrypter un appel au secours pour venir nous prêter main-forte. Peu importe leur apparence, pourvu qu’ils soient verts. S’ils nous demandent de nous débarrasser de politiciens climatonégationnistes comme Donald Trump, peut-être leur donnerons-nous satisfaction.

Les gouvernements donnent dans le court terme au chapitre environnemental pour deux raisons: ils veulent se faire réélire et ils sont à la botte des multinationales. Voilà pourquoi certains écologistes ont tristement conclu que nos démocraties occidentales devraient se métamorphoser en dictatures. Qu’elles seules seraient à même d’imposer les durs choix nécessaires à la population pour sauver la planète. Une fois le boulot accompli, le retour à la démocratie serait, je suppose, envisageable. Les dictatures, ce n’est pourtant pas ce qui manque dans le monde.

Il faut espérer que les pays de cette fragile planète auront le courage un jour de déléguer plus de pouvoir en matière environnementale à l’Organisation des Nations unies. Car si on lui en donnait les moyens, avec une vision d’ensemble, elle serait bien placée pour nous montrer la voie à suivre. Les intérêts égoïstes de chacun des pays seraient exposés et combattus. Mais ce n’est pas demain la veille que des pays comme les États-Unis accepteront, pour le bien de l’humanité tout entière, de se plier aux exigences et aux décisions de l’ONU. Quand bien même la Terre serait au bord du gouffre, l’American Way of Life reste sacré. 

Le grand Jean Monnet a écrit: «Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise». Le hic avec l’environnement, c’est que lorsque la grande crise provoquée par les changements climatiques surviendra, il sera probablement trop tard.

Sylvio Le Blanc, Montréal

Point de vue

Solidarité sociale: un dangereux réalignement

Le comité d’experts chargé d’étudier la faisabilité d’un revenu minimum garanti (RMG) au Québec a déposé lundi un volumineux rapport qui recommande de renoncer à l’idée d’un RMG.

En 23 recommandations, le comité propose plutôt d’améliorer le système de soutien du revenu déjà existant. Dans cet esprit, le comité d’experts identifie des «principes à respecter», soit l’équité, l’incitation au travail et l’efficience». Exit donc la lutte contre la pauvreté, la solidarité sociale et les droits humains, ces vieux principes éculés qui déplaisent tant au gouvernement.

Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Après avoir redéfini les principes de la solidarité sociale, le comité recommande d’admettre une fois pour toutes qu’il est acceptable, au Québec, de laisser des personnes couvrir à peine un peu plus que la moitié des besoins de base reconnus. Pour nous faire avaler cette couleuvre, le comité d’experts détourne le sens de la Mesure du panier de consommation (MPC) en stipulant que celle-ci représente un seuil de pauvreté. Partant de là, le comité propose d’établir un nouveau «seuil de référence» en deçà duquel le soutien du revenu ne devrait pas descendre. Ce seuil correspondrait à 55 % de la MPC, donc de ce qu’il faut pour couvrir les besoins de base reconnus.

N’en déplaise aux experts, les indicateurs sont porteurs de sens et de définitions. La MPC n’est pas, comme ils le prétendent, un seuil de pauvreté. La MPC est, depuis 2009, LE point de repère au Québec pour déterminer le revenu nécessaire à la couverture des besoins de base reconnus (se loger, se nourrir, se vêtir et se déplacer). Ne pas couvrir ces besoins de base, ça signifie être en état de survie. Ça veut dire sacrifier santé, dignité et espérance de vie. Et le comité d’experts recommande ni plus ni moins que de laisser dans cet état les personnes assistées sociales dites aptes au travail, prétextant ne pas vouloir miner l’incitation au travail.

Justement, depuis plus de deux ans, le ministre François Blais fait de l’incitation au travail un principe-phare avec le programme Objectif emploi. Ce programme d’employabilité sera bientôt obligatoire pour toute personne faisant une première demande d’aide sociale. Si une personne refuse de suivre le programme, le Ministère est prêt à couper jusqu’à 224 $ sur sa prestation. Ce qui voudrait dire qu’une personne pourrait se retrouver avec 37 % de la couverture des besoins de base reconnus! Malheureusement, le programme Objectif emploi, dont le règlement a été publié deux jours après le dépôt du rapport d’experts sur le RMG, n’était peut-être que la pointe de l’iceberg! Le rapport du trio d’experts semble être une invitation au gouvernement à poursuivre son dangereux réalignement des politiques de solidarité sociale.

Virginie Larivière, porte-parole, Collectif pour un Québec sans pauvreté

Point de vue

Copropriété au Québec: une réforme sans tarder

La copropriété est un choix d’habitation de plus en plus en vogue.

Elle favorise l’accès à la propriété et s’inscrit dans un développement résidentiel en accord avec les orientations gouvernementales en urbanisme, en aménagement et en transport. Elle n’est pas qu’une simple tendance qui ne touche que les grands centres urbains et qu’une partie de la population. Au contraire, la demande pour ce type d’habitation s’accentue et s’accentuera dans les années à venir.

Malheureusement, nous assistons depuis plusieurs années à une détérioration considérable d’un grand nombre d’immeubles en copropriété, causée principalement par un manque d’entretien et de planification. Ces facteurs ont contribué à de nombreuses problématiques qui occasionnent des dépenses supplémentaires et de sérieux inconvénients aux copropriétaires concernés.

En 2015, les résultats d’un sondage réalisé auprès d’administrateurs et gestionnaires de copropriété sont révélateurs:

— Un peu plus des trois quarts des syndicats de copropriétaires au Québec sont administrés en mode autogestion.

— Pour sept syndicats de copropriété sur dix, dans les immeubles âgés de plus de 15 ans, les sommes accumulées dans des fonds de prévoyance étaient insuffisantes.

— Plus de quatre syndicats sur dix ont déjà constaté un manque de fonds au moment de réaliser des travaux majeurs.

— Le recours à des cotisations spéciales est une approche fortement utilisée pour pallier l’insuffisance du fonds de prévoyance et effectuer un rattrapage à court terme.

— La moitié des syndicats de copropriété n’ont pas d’outils de gestion pour assurer la planification et le financement des travaux d’entretien et de réparation de leurs immeubles.

À la lumière de ces résultats, il serait important d’agir pour mieux protéger les consommateurs, aider les syndicats de copropriété à faire une meilleure gestion et préserver la valeur du parc d’immeubles de copropriété. Ainsi, une coalition d’associations du secteur de l’habitation du Québec a été formée. En février dernier, nous avons remis notre rapport comprenant nos recommandations au gouvernement. Ce rapport a été depuis rendu public. Essentiellement, nos recommandations sont constituées de quatre axes d’intervention, soit:

— améliorer la connaissance des citoyens concernant les responsabilités liées à la copropriété divise résidentielle.

— favoriser une meilleure transparence des syndicats de copropriétaires.

— intégrer des balises minimales pour améliorer la gestion des parties communes.

— appliquer la réforme de manière progressive pour assurer une équité entre les copropriétaires et le maintien de l’abordabilité.

Nous avons également rencontré les caucus parlementaires à l’Assemblée nationale du Québec au début de novembre afin de leur demander leur appui sur la nécessité d’entreprendre sans plus tarder une réforme en profondeur de la copropriété.

La situation actuelle de la copropriété au Québec ne peut plus durer. Une réforme est nécessaire afin de mieux encadrer les fonds de prévoyance et ainsi protéger plus adéquatement le public. Les bonnes règles doivent être mises en place pour assurer la santé de ce marché d’avenir au Québec. Puisque l’achat d’une propriété est souvent l’investissement le plus important dans la vie de nombreux ménages, il importe de préserver la valeur du parc d’immeubles en copropriété et de maintenir la confiance des consommateurs envers cette formule d’habitation.

Luc Bélanger, Président-directeur général, Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ)

Johanne Lamanque, Vice-présidente, Québec, Bureau d’assurance du Canada (BAC)

Benoit Ste-Marie, Directeur général, Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ)

Pénéla Guy, Chef de la direction, Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ)

Nadine Lindsay, Présidente et chef de la direction, Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ)

Me Yves Joli-Cœur, Avocat émérite, Secrétaire général, Regroupement des gestionnaires et copropriétaires du Québec (RGCQ)

Point de vue

Chantiers Davie: il est minuit moins une M. Trudeau !

Une menace imminente de chômage pèse sur plus de 800 travailleuses et travailleurs de la région.

En effet, faute d’annonce du gouvernement canadien, la direction de la Davie devra procéder à des mises à pied dès la livraison de l’Astérix prévue aux alentours du 24 novembre. Le Sénat, le Comité de défense du parlement et la Marine royale canadienne s’accordent sur l’importance de faire construire un second navire de soutien militaire de la classe Resolve. Une résolution unanime, tous partis confondus, fut votée par l’Assemblée nationale en appui au chantier naval à Lévis, mais les décisions d’Ottawa se font toujours attendre. Le risque est grand de voir se disperser l’expertise acquise par le chantier naval qui a construit le premier de ces navires.

Les retombées économiques engendrées par le Chantier de la Davie sont évaluées à 2,7 milliards $ avec plus de 3000 emplois qui y sont liés directement ou indirectement. C’est non seulement important pour les travailleuses et les travailleurs de la Davie, mais aussi pour l’économie de toute la région.

Rappelons que le gouvernement fédéral, sous les conservateurs, a privilégié pendant 9 ans les deux chantiers maritimes du Canada anglais avec des contrats de plus de 33 milliards$, et ce, au détriment du chantier de la Davie, à Lévis. Les contrats sont tellement nombreux chez les concurrents de la Davie qu’ils causent même des conflits de planification et de nombreux retards de livraison. Par exemple, le brise-glace Diefenbaker, commandé à Seaspan, sera livré avec au minimum cinq ans de retard au double du prix. De plus, en 2015, certains contrats de construction de navires ont même été cédés en sous-traitance à des chantiers turcs et roumains par Seaspan situé à Vancouver et Irving situé à Halifax. C’est une honte alors que notre monde ici, des contribuables, des citoyennes et citoyens, peine à travailler. 

Avec la livraison de l’Astérix, les gens qui travaillent à la Davie ont prouvé, une fois de plus, qu’ils étaient capables de livrer un produit de haute qualité dans les délais et sans dépassements de coûts. Pourtant, l’avenir des emplois de la Davie demeure incertain. C’est révoltant !

Injustice historique

Monsieur le premier ministre, après le Cecon Pride, après l’Astérix, après avoir remporté le titre du meilleur chantier naval en Amérique du Nord, pendant encore combien de temps le chantier Davie devra-t-il faire ses preuves ? Il n’y a aucune raison que le Québec ne reçoive pas sa juste part des contrats fédéraux. Vous devez corriger cette injustice historique envers ce chantier québécois.

Le temps presse, il est minuit moins une pour la Davie, Monsieur Trudeau. Ne laissez pas ces gens sans emploi, sans espoir et ne laissez pas l’expertise acquise s’envoler. Tout comme les salarié-es des chantiers navals de Vancouver et d’Halifax, les travailleuses et les travailleurs de la Davie ont, eux aussi, le droit de travailler en toute fierté et dignité !

Ann Gingras, Présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches (CSN)

Point de vue

Célébrons la générosité!

D’un bout à l’autre du pays, la philanthropie résonnera en cette Journée nationale de la philanthropie. Les causes sont multiples, les besoins le sont tout autant, mais grâce à l’appui de généreux donateurs, les problèmes de société peuvent se régler un par un.

Le mot philanthropie fait possiblement résonner en vous ces nombreux envois postaux, ces appels et même ces sollicitations à votre station de métro à l’heure de pointe. Ce n’est pas faux, mais cela représente une infime partie des efforts déployés pour soutenir les causes qui méritent toute votre attention.

Chaque jour, partout dans le monde, nous sommes plusieurs à faciliter le lien entre les besoins non comblés, notamment par l’État, et les gens qui considèrent que la vie les a choyés et qu’ils peuvent ainsi contribuer davantage aux situations d’inégalités. Notre travail ne consiste plus à être des «quêteux professionnels», mais plutôt à être à l’avant-plan de ces gens qui n’ont pas de voix et qui souhaitent simplement avoir un destin plus prometteur.

Lorsque vous serez sollicités, vous pouvez considérer une foule de facteurs, comme l’impact que votre don aura, le nombre de personnes touchées, la visibilité que ce don aura en retour (c’est correct, vous n’avez pas à vous sentir mal de considérer cet élément), mais surtout, vous devez prendre un instant pour vous demander quelles causes vous touchent droit au cœur. C’est souvent là que se prennent les meilleures décisions… philanthropiques.

Nous avons tous notre rôle à jouer, à la hauteur de nos capacités, organismes, philanthropes, bénéficiaires et milieu des affaires pour contribuer à une société plus égalitaire, bienveillante et plus soucieuse du sort des personnes vulnérables.

D’ailleurs, dans son récent «Sondage sur l’apport des PME en philanthropie au Québec en 2017», commandé par la firme Épisode auprès de Léger, on y rapporte que «Les trois quarts des dirigeants interrogés considèrent qu’ils ont une responsabilité et désirent occuper un rôle actif dans les causes caritatives au Québec». Voilà une donnée qui nous permet de croire que tout un chacun prend à cœur l’avenir de notre société.

Daniel H. Lanteigne, Directeur général de la Fondation RÉA

Point de vue

Lab-École: un peu de cohérence svp

La récente émission de Tout le monde en parle a ramené à l’avant-scène le dynamique trio de la révolution en éducation au Québec, MM Thibault, Lavoie et Larrivée.

Ce choix du ministre de l’Éducation de confier à ces trois vedettes la possibilité d’imaginer, à nos frais, l’école du futur a suscité bien des débats. Un aspect de ce choix qui a été peu abordé cependant est qu’il montre à quel point M. Proulx manque de cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait.

Un premier élément à l’appui de cette affirmation est qu’on ne retrouve aucun enseignant dans cette équipe de choc. Pour un ministre qui affirme vouloir revaloriser cette profession auprès de la population, le message est contradictoire. En affirmant vouloir «penser en dehors de la boîte», M. Proulx ne désavoue pas seulement tous les employés de son ministère, mais aussi tous ceux qui œuvrent sur le terrain et ont une connaissance fine des difficultés qu’on y rencontre. 

Oui, mais le trio formé d’un architecte, d’un athlète et d’un chef cuisinier a proposé ses services bénévolement, affirme-t-on. Combien d’enseignants, d’éducateurs et de professionnels de l’éducation font de même chaque année, croyez-vous? Pourquoi les offres de ceux-ci n’ont-elles pas été retenues? Sont-elles moins valables aux yeux du Ministre que celles de ces trois vedettes?

Un deuxième élément qui montre bien une forme d’incohérence dans le discours du ministre de l’Éducation est ce parti-pris qu’il semble manifester à l’effet que la réussite de l’école québécoise passe par une meilleure alimentation, de beaux espaces et plus d’activité physique. Or, c’est le même ministre qui souhaite la création d’un Institut national d’excellence en éducation afin de déterminer les pratiques gagnantes en matière de réussite scolaire. Pourquoi créer un tel institut s’il croit déjà avoir toutes les réponses? 

Qui dit que cette réussite ne pourrait pas plutôt passer par les arts, comme le démontrent de nombreuses études? Dans les faits, comment peut-on justifier d’investir dans une telle école du futur alors que les recherches actuelles démontrent que certaines actions existantes et documentées ont, à coût égal, un impact beaucoup plus important sur la réussite, notamment celles reliées à une meilleure maîtrise de la lecture chez les jeunes issus de milieux défavorisés? Qu’attend le ministre, nommé à ce poste depuis presque deux ans maintenant, pour investir massivement dans ce domaine? Est-on dans une fuite vers l’avant?

Pour ma part, MM. Thibault, Lavoie et Larrivée devraient réaliser que leurs actions, aussi vertueuses soient-elles, ne constituent qu’un autre chapitre dans cette grande mascarade qu’est la réussite scolaire au Québec. Peut-être trouvent-ils eux aussi - qui sait? - leur compte dans cette pédagogie de la distraction? Pourtant, s’ils veulent la réussite d’un plus grand nombre d’élèves, la solution est ailleurs que dans ce qu’ils préconisent, soit dans l’adoption de moyens pédagogiques efficaces. Mais au royaume de la pédagogie spectacle, l’éclat des fausses évidences fait de meilleurs reportages et a l’avantage de distraire les citoyens des véritables problèmes.

Luc Papineau, L’Assomption