Point de vue

Des mesures concrètes pour la qualité de vie des aînés

En réaction au Point de vue «Le gouvernement Couillard a appauvri les retraités», de M. René Paquette, paru le 13 août.

Tout au long de son mandat, notre gouvernement, tous ministères confondus, n’a cessé de porter une attention particulière à nos aînés en proposant des mesures concrètes dans le but d’améliorer leur qualité de vie. Nos aînés ont travaillé fort afin de bâtir le Québec d’aujourd’hui et de léguer un riche héritage à leurs enfants et leurs petits-enfants. Notre gouvernement est amplement conscient de la dette qui leur est due et a toujours reconnu la richesse et l’apport des aînés à la société québécoise.

Rappelons qu’en 1992, le gouvernement de Robert Bourassa a mis les bases afin de porter un regard juste et équitable envers les personnes aînées en créant le Conseil des aînés. 26 ans plus tard, nous avons présenté le plan d’action le plus ambitieux et le plus complet pour favoriser la participation et l’inclusion sociale des aînés ainsi que leur accès aux environnements sécuritaires et aux soins de qualité. En effet, le plan d’action Un Québec pour tous les âges regroupe 85 mesures totalisant 12,3 milliards $ d’investissements sur les cinq prochaines années.

Il s’agit d’un plan d’action ambitieux qui mise sur la richesse de la contribution de ses aînés. Il fait appel au pouvoir d’agir des communautés et à la mobilisation d’acteurs de la société civile, afin que nous puissions bâtir ensemble une société qui soutient la création de passerelles entre les générations, où l’âge n’est pas un frein et où les personnes aînées peuvent se sentir respectées, engagées et reconnues. Avec ce nouveau plan d’action, notre gouvernement réaffirme son leadership en matière de vieillissement actif, sa détermination à poursuivre le travail entrepris et sa volonté d’agir sur plusieurs fronts, à l’image des composantes multiples du parcours de vie des aînés.

Ainsi, nous continuons de porter une attention particulière à nos aînés en proposant des mesures concrètes visant à améliorer leur qualité de vie.

Notre gouvernement a également mis en place des actions visant à prolonger l’autonomie des aînés, réduire la solitude et accompagner les proches aidants. Nous avons toujours reconnu l’importance de la contribution des proches aidants. Lors du dernier budget, notre gouvernement a bonifié le crédit d’impôt pour aidants naturels ainsi que celui de la relève bénévole.

Nous avons aussi rendu plus accessible l’achat de biens afin d’assurer la sécurité et la mobilité des aînés, tels les systèmes d’avertissement pour malentendant et les prothèses auditives.

Depuis le mois de mars 2018, les grands-parents qui choisissent d’héberger leurs petits-enfants majeurs pendant leurs études pourront bénéficier du crédit d’impôt pour personne vivant seule.

Notre gouvernement a également facilité la vie des personnes qui souhaitent continuer à travailler après 61 ans. Grâce à la bonification et à l’élargissement du crédit d’impôt pour travailleurs d’expérience, un aîné sur le marché du travail peut maintenant avoir jusqu’à 1650 $ de plus par année.

Finalement, nous nous devons de souligner l’apport du projet de loi 149 au bien-être des aînés. Ce projet de loi a fait l’objet de vastes consultations et vise directement à aider les futures générations de personnes retraitées à améliorer leur niveau de vie à la retraite en bonifiant le Régime des rentes du Québec (RRQ). Grâce à cette mesure, un futur retraité pourra avoir jusqu’à 7000 $ de plus par an lorsqu’il décidera de demander sa pension.

Notre gouvernement a toujours agi au bénéfice de tous les Québécois, et notamment des aînés. Nous allons continuer à œuvrer à améliorer la qualité de vie de l’ensemble des familles du Québec, tout en portant une attention particulière à ceux qui ont jeté les bases de la société québécoise actuelle.

Carlos J. Leitão, Ministre des Finances

Francine Charbonneau, Ministre responsable des Aînés et de la Lutte contre l’intimidation

Point de vue

Apuiat: un projet inutile qui coûte deux fois trop cher

En acceptant le poste de président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel aurait promis, selon Le Devoir, des gains de productivité dans les opérations de la société d’État. Il avait probablement cet engagement en tête lorsqu’il a signé une lettre adressée à plusieurs chefs innus le 6 août 2018 pour remettre en question l’opportunité de construire le parc éolien Apuiat.

On peut fort bien questionner, comme l’a fait M. Martel, la pertinence du projet Apuiat tout en acceptant que les communautés autochtones touchent leur juste part des bénéfices des ressources naturelles ou de l’énergie puisées sur leurs territoires historiques traditionnels. Est-il nécessaire de rappeler que cette reconnaissance date de la signature de la convention de la Baie James le 11 novembre 1975? 

Les Cris et les Inuits du nord du Québec ont obtenu une large autonomie politique et administrative, des droits exclusifs de chasse, de pêche et de piégeage sur d’importants territoires ainsi que des compensations financières. En contrepartie, le gouvernement du Québec a obtenu le droit de développer les ressources hydrauliques, minérales et forestières du Nord. Les deux parties à l’entente en ont retiré de grands avantages. 

Examinons maintenant le projet Apuiat sous le même angle. Contrairement à la situation au milieu des années 70, Hydro-Québec est aux prises avec d’importants surplus d’électricité. Même en tenant compte des exportations, environ 15 % de l’électricité produite ne trouve pas preneur, ce qui force la société d’État à évacuer l’eau de ses réservoirs en pure perte. 

De plus, le parc éolien Apuiat vient avec une facture salée puisqu’il nécessite un investissement de 600 millions $ pour produire 200 MW. C’est deux fois plus cher que la centrale éolienne de Whitla Wind en Alberta de la société Capital Power qui générera 201,6 MW en contrepartie d’une facture de 320 millions $. Ce projet inutile se traduira par une hausse de la facture d’électricité de l’ensemble des consommateurs d’électricité de l’ordre de 1,5 à 2 milliards $ au cours des 25 prochaines années.

En retour de cette facture pharaonique pour tous les Québécois, Apuiat créerait une quinzaine d’emplois permanents sur le territoire innu, tout en assurant à cette nation une indemnité annuelle de 500 000 $ pendant 25 ans. Bien sûr, l’érection des éoliennes va créer 400 emplois temporaires qui seront vraisemblablement offerts en priorité aux membres de cette communauté. Il faut vraiment manquer d’imagination toutefois pour obtenir aussi peu de retombées économiques d’un investissement de 600 millions $. 

À l’exception du risque de construction dont sont responsables les partenaires privés des Innus, Hydro-Québec assume tous les autres risques du projet. La communauté autochtone n’assume aucun risque dans cette aventure. 

Le Québec aurait intérêt à s’inspirer de l’Alberta lorsqu’il s’agit de construire des infrastructures en territoire autochtone. Capital Power a dévoilé le 30 juillet 2018 une entente de partenariat avec la nation Siksika pour construire des centrales d’énergie renouvelable sur son territoire. Une fois que les deux partenaires se seront entendus sur un projet donné, celui-ci pourra être soumis à un éventuel appel de propositions compétitives de l’Alberta Utilities Commission. La construction de la centrale ne débutera pas tant et aussi longtemps que le projet n’aura pas été accepté par le régulateur albertain. Une fois construits, les deux partenaires se partageront les bénéfices ou les pertes d’exploitation de la centrale. 

Voilà une structure de gouvernance susceptible de produire des projets à l’avantage de toutes les parties : producteurs, propriétaires du territoire et consommateurs. 

Claude Garcia, Chercheur associé à l’Institut économique de Montréal

Point de vue

La forêt québécoise n’a jamais été aussi verte

Il y a maintenant un an que j’ai choisi d’être au sein d’une équipe qui fait la promotion des intérêts des milliers de familles qui vivent des fruits de la forêt québécoise.

Étant originaire de l’une des régions les plus forestières du Canada, en plus d’avoir été élu et ministre pendant une quinzaine d’années, je savais que l’industrie forestière avait un rôle fondamental dans la solidité du tissu socio-économique de centaines de municipalités québécoises.

Toutefois, ma première année à titre de président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec m’a permis de comprendre encore davantage les atouts que représente notre forêt québécoise pour l’ensemble de la société. Je souhaite donc utiliser cette étape importante pour informer davantage les citoyens.

J’en suis bien conscient, la perception à l’égard de l’industrie forestière pourrait être meilleure. Certains s’imaginent toujours que l’industrie forestière a des pratiques irrespectueuses de notre environnement. Et pourtant, c’est tout le contraire! Cette perception peut être parfois en raison d’actions du passé qui n’avaient pas leur place. Je l’accepte sans réserve. Souvent par contre, ça m’apparaît être en raison d’un malheureux mélange de désinformation et de démagogie qui occupent l’espace public avec des attaques envers nos industriels.

Mais également, je crois que nous avons la responsabilité de communiquer davantage aux Québécois, pour qu’ils soient mieux informés des faits. Or, après une année à parcourir le Québec forestier et à rencontrer nos partenaires, j’en viens à une conclusion que je peux résumer très simplement : là où certains ne voient que des arbres, je vois plutôt une forêt de possibilités.

Saviez-vous que 50 % du territoire québécois est recouvert de forêt? Que 80 % de notre forêt récoltée se régénère naturellement afin de respecter et maintenir la biodiversité du territoire? Que nous aidons la nature pour les 20 % restant en plantant des arbres indigènes pour respecter les écosystèmes? Ou encore, que moins de 1 % du territoire forestier québécois est récolté chaque année?

Saviez-vous que nos pratiques forestières sont parmi les meilleures au monde avec un nombre impressionnant de points de contrôle et de certifications, qui incluent des groupes environnementaux et des discussions avec les communautés autochtones?

Notre planification forestière ne laisse rien au hasard. Notre forêt est récoltée de façon responsable, en respectant les piliers du développement durable. Nos pratiques forestières font aussi de nous des participants actifs dans la lutte aux changements climatiques. Notre aménagement permet d’abord de séquestrer plus de carbone et ensuite, de fabriquer des produits au bénéfice de tous.

Une fois l’arbre récolté, nous nous assurons qu’il soit utilisé à 100 % en cherchant constamment des façons d’innover. Nous protégeons la biodiversité et nous assurons de laisser de la place aux nouvelles générations d’arbres. Bref, la vérité c’est que la forêt québécoise n’a jamais été aussi verte qu’aujourd’hui! En plus, nous embauchons 60 000 personnes, faisant de notre industrie l’employeur le plus important du secteur manufacturier québécois, en termes d’emplois directs.

Néanmoins, plusieurs défis continuent à se dresser devant nous. En effet, les relations commerciales avec les États-Unis amènent de l’instabilité et confirment l’importance de continuer nos efforts pour ouvrir de nouveaux marchés. La désinformation toujours aussi déplorable de certains groupes d’intérêts, comme dans le dossier du caribou forestier, continue d’être un obstacle pour nos créateurs d’emplois. Comme dans d’autres secteurs, le nôtre fait également face à d’importants enjeux de main-d’œuvre. Bref, nous avons encore beaucoup de pain sur la planche.

Mais en conclusion, après une année au cœur du monde forestier, je constate l’importance de continuer à mieux faire connaître nos bons coups pour que nous soyons tous fiers de nos travailleuses et travailleurs forestiers. Et puisque comme ailleurs, il est vrai que tout n’est pas parfait dans notre cour non plus, nous allons continuer à chercher constamment des moyens de faire encore mieux.

Ce sera bon pour les familles qui vivent de la forêt, bon pour notre environnement, bon pour notre économie et bon pour le Québec.

Denis Lebel, pdg du Conseil de l’industrie forestière du Québec

Point de vue

Séminaire des Pères Maristes: la punition ne suffit pas

La bombe qui a éclaté aux Pères Maristes en avril m’a amené à vous livrer la réflexion qui suit. D’abord, je ne juge personne, je ne connais pas tous les détails. Je ne suis pas dans la peau des parents, des jeunes ou de ceux qui ont géré la crise depuis le 18 avril. Par contre, j’ai baigné 34 années de ma vie dans une école spécialisée en adaptation scolaire où mes collègues et moi en avons vu de toutes les couleurs concernant l’intimidation et la violence de toutes sortes.

Notre manière de travailler a beaucoup évolué durant ces 34 ans. Nous avons constaté que punir les coupables ne suffisait pas si l’éducation ne faisait pas partie de nos interventions. Les jeunes garçons aux Pères Maristes ont commis un geste grave, mais pas irréparable justement quand on a 12 ou 13 ans. À cet âge, on explore, on teste, on est insouciants, inconséquents de la portée de nos gestes et ça prend parfois une bombe pour que tout à coup, on réalise la gravité de nos actes.

Les jeunes passent une grande partie de leur temps à l’école, ce qui en fait un milieu d’éducation par excellence. Je ne connais pas toutes les interventions qui ont été faites à part les conséquences infligées aux garçons. Mais je sais qu’une rencontre entre les victimes, les agresseurs, les parents, une rencontre bien dirigée par un professionnel, aurait pu entraîner un tout autre dénouement à cette histoire. Le pardon, ça existe. Personne n’avait d’intention criminelle, ils ont juste besoin d’être éduqués. Que vont-ils retenir de tout ça au bout de la ligne? Que peu importe, la multiplication des punitions, les chances de rédemption sont nulles? Dans leurs têtes, ils seront toujours coupables... Dommage de rater une si belle occasion d’éduquer!

Marlène Gagnon, Québec

Point de vue

Élise Paré-Tousignant: une ravissante musicienne

Oui, elle était un roc! C’est avec stupeur que j’apprends qu’Élise Paré-Tousignant a quitté ce monde, rapidement, j’allais écrire «efficacement», comme elle a toujours su faire.

Nous avons cheminé en parallèle. Nous sommes nées la même année, nous avons enseigné à l’École de musique avec le même bonheur, traversé les nécessaires évolutions de la Faculté, affronté les crises avec la même philosophie : un problème? trois solutions. «Trouves-tu qu’on devrait faire…?» me disait-elle. Ce n’était pas moi qui trouvais. Sa solution était rapide et efficace. Elle entrevoyait les développements de nouveaux programmes, en jazz, en éducation musicale, avec un réalisme prophétique. Elle a fait aimer le solfège rebaptisé «formation auditive» à des générations d’étudiants en musique !

Toujours disponible pour ses fonctions, discrète sur sa vie personnelle et familiale, c’est à peine si nous nous apercevions qu’elle avait mis au monde un nouvel enfant. En équilibre serein entre mission professionnelle et famille. 

Que la musique soit un puissant facteur de santé dans les relations humaines, elle y croyait à tel point qu’un jour, alors vice-rectrice aux ressources humaines à l’Université, elle m’a demandé si j’accepterais de faire une chorale avec les membres de son personnel, gangrené par de vives tensions. Une heure de chant choral par semaine, obligatoire pour tous, sur les heures de travail. Ils ont chanté ensemble, et redemandé à chanter ensemble pour elle lors de son départ.

J’étais chef du Chœur du Domaine Forget depuis neuf ans quand elle a pris en mains la direction artistique du Domaine. Jusqu’à son départ en 2001, elle m’a fait entièrement confiance. Sans que je m’en rende compte, elle aplanissait tous les inévitables pépins. La seule fois où nous n’avons pas été d’accord sur la programmation, ce fut lorsqu’elle m’a proposé de monter des extraits du Chant des forêts de Chostakovitch. En russe, c’est ravissant! Mais le texte à la gloire du communisme soviétique me semblait indéfendable. Elle a vite compris.

Organisatrice, visionnaire, en bonne mère de famille, Élise était une fine musicienne. Faire de la musique avec elle était un charme sans histoire. Elle a chanté dans l’ensemble vocal que je dirigeais à l’époque, modeste voix d’alto, impeccablement à sa place, efficace et stimulante pour les autres membres de son pupitre. De temps à autre, je l’ai entendue jouer du piano. La délicatesse de sa musicalité me touchait.

Elle avait fait le choix que je n’aurais jamais été capable de faire : administrer, pour que la musique soit… et la musique fut et continuera de ravir!

Chantal Masson-Bourque, professeure émérite, Faculté de musique de l’Université Laval

Point de vue

Un plan insuffisant contre la violence conjugale

Vendredi, le gouvernement du Québec dévoilait son quatrième plan d’action 2018-2023 pour contrer la violence conjugale. Il mise sur la sensibilisation et l’information du public sur les ressources existantes, la consolidation des services de maisons de deuxième étape pour les femmes déjà hébergées et une amélioration du traitement judiciaire par l’embauche de 20 procureur.e.s. Pour le reste, les actions et les moyens annoncés s’avèrent insuffisants.

Le gouvernement mise à juste titre sur la diminution de la tolérance sociale et sur l’affirmation de modèles de relations égalitaires entre hommes et femmes pour endiguer la violence conjugale. Mais en attendant une régression du problème, des femmes comme Kim et Daphné subiront cette violence. Peut-être connaîtront-elles mieux les ressources qui peuvent les aider, peut-être le milieu de travail se mobilisera-t-il pour les aider à se protéger, mais les ressources et institutions sensées les appuyer dans cette quête de sécurité répondront-elles à l’appel?

En santé et services sociaux, on prévoit mieux former et outiller les intervenant.e.s du réseau. Toutefois, on mise surtout sur l’adaptation des services des maisons d’aide et d’hébergement aux besoins des femmes qui vivent des réalités particulières : femmes immigrantes, jeunes, aînées, de la diversité sexuelle, vivant en région éloignée. De même, pour les groupes qui interviennent auprès des conjoints violents. Un ajout de 10 millions $ récurrents par année est prévu pour ces adaptations et pour le financement des maisons de deuxième étape, mais il n’y a rien pour l’accessibilité générale aux services. 

Or, selon l’évaluation faite par le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, il faudrait ajouter au moins 30 millions $ par an à l’enveloppe de 77 millions $ des maisons pour offrir tous les services nécessaires (consultations externes, accompagnement, etc.). Et c’est sans compter l’insuffisance de places d’hébergement d’urgence dans plusieurs régions.

Maisons de deuxième étape

Bien sûr, les femmes nécessitant un soutien plus important à l’issue de leur hébergement pourront enfin compter sur les services des maisons de deuxième étape. C’était une action attendue depuis longtemps, mais encore faut-il qu’elles aient d’abord accès aux refuges d’urgence. Bien sûr, les intervenantes y sont dévouées et alertes par rapport aux risques d’agression et d’homicides, mais elles ne peuvent à elles seules assurer la sécurité des femmes et des enfants. Or, le plan ne permettra pas à toutes les femmes d’obtenir protection et orientation vers les ressources spécialisées. Ainsi, seulement deux mesures visent l’amélioration de la pratique policière. Comment s’assurera-t-on que les victimes qui feront appel aux services de police, souvent les premiers répondants, ne se buteront pas à une mauvaise évaluation de la situation, comme ce fut le cas pour Daphné Huard-Boudreault? 

En matière d’évaluation des risques, le plan demeure timide.

On accueille bien sûr avec satisfaction le mandat donné aux agents et agentes de probation de quatre régions du Québec d’évaluer les risques posés par les conjoints violents en attente de procès, mais encore faut-il que des accusations aient été portées. Par contre, alors que dans quelques régions du Québec on s’est doté de mécanismes de concertation pour prévenir les homicides et qu’on planifie le faire dans d’autres, le plan ne prévoit aucune mesure de soutien à ces actions. Il se borne à en proposer la recension. Rien de structurant non plus pour assurer l’évaluation des risques à la sécurité de l’ex-conjointe ou des enfants par le Tribunal de la famille au moment de déterminer les droits de garde et d’accès. Le problème devait faire l’objet de mesure dans les plans d’action de 2004 et de 2012, il risque de demeurer entier.

Pas question d’attendre jusqu’en 2023 pour des mesures plus structurantes. 

Certes, les travaux du Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale permettront, au fil des ans, d’identifier les pratiques à améliorer. D’ici là, le nouveau Forum des partenaires nous permettra de suivre la mise en œuvre des actions dans le respect des orientations gouvernementales réaffirmées par la ministre David et de rappeler les problèmes persistants. Mais, malgré l’espoir que donne ce mécanisme, il faut aller plus loin. Pendant la campagne électorale, nous rappellerons à tous les partis que la violence coûte cher économiquement (estimation de 7,4 milliards $ au Canada en 2009), mais surtout en vies humaines. Et c’est pourquoi ils doivent s’engager à agir fermement pour la contrer.

Chantal Arseneault, présidente Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Point de vue

Frais de garde: les familles d’accueil désavantagées

Lettre au ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão

À titre de présidente de la FFARIQ, je rencontre chaque semaine des familles qui accueillent chez elles des enfants à la recherche d’un milieu de vie stable pour s’épanouir. Au Québec, ce sont des milliers de familles qui ouvrent les portes de leur foyer mais aussi de leur cœur à autant d’enfants.

Quotidiennement, ces personnes offrent aux enfants des conditions de vie se rapprochant le plus possible de celles d’un milieu familial naturel. Elles considèrent et traitent les enfants qui leur sont confiés avec équité et amour dans le but de favoriser leur développement physique, mental et affectif et les accompagnent dans leur cheminement social.

Comme bon nombre de familles au Québec, les familles d’accueil ont également recours aux services de garde. Contrairement à une famille dite «standard», les familles d’accueil ne sont pas considérées comme un particulier admissible aux yeux de la Loi sur les impôts et n’ont pas ainsi droit au crédit d’impôt pour le soutien aux enfants. Il faut savoir que c’est le revenu total de la famille d’accueil qui est pris en compte pour déterminer la hauteur de la contribution pour défrayer les frais de garderie.

Il m’est impossible de fermer les yeux sur cette iniquité, qui a été portée à notre attention par nos membres, puisqu’elle a des impacts financiers importants sur de nombreuses familles d’accueil. Ces dernières ayant comme rôle de ressembler le plus possible à une «vraie» famille afin d’offrir un milieu stable et épanouissant pour l’enfant, il est étonnant de constater que, fiscalement, elles sont traitées différemment.

Ce double standard a des impacts importants sur la santé financière de nombreuses familles d’accueil. De plus, il rend plus difficile le recrutement de familles d’accueil qui sont, à mon avis, un service essentiel au bon développement de milliers d’enfants à travers le Québec.

Depuis 41 ans, la FFARIQ défend les droits des familles d’accueil et des ressources intermédiaires au Québec et les supportent, notamment, dans leur engagement auprès des enfants. À titre de présidente de la FFARIQ, vous comprendrez aisément qu’il m’est impossible de fermer les yeux sur cette iniquité. Je suis à la recherche d’une solution équitable à l’égard de nos 2500 membres.

Geneviève Rioux, présidente Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ)

Point de vue

Lettre à mes amis boomers

Ces temps-ci, j’ai beaucoup de discussions avec des Jacques, des Yolande, des Henri, qui me disent «Catherine… je suis déçu. J’aurais pas pensé que tu irais avec Québec solidaire». Et puis on se met à parler d’indépendance, de l’histoire du Québec et des grands mouvements sociaux qui l’ont façonnée. Ils me racontent ce que c’était de vivre durant les années 70 et 80.

«Les gens étaient dans la rue. Les gens luttaient. Ils avaient soif d’un Québec plus libre et plus juste.» Cet esprit de lutte là, c’est précisément ce que nous voulons faire revivre aujourd’hui, ma gang et moi.

Je pense à mes amis boomers, Jacques, Yolande, Henri et les autres. Et j’aimerais leur adresser ces quelques mots, en espérant qu’ils se rendent jusqu’à eux d’une façon ou d’une autre, peut-être à travers vous.

J’aimerais vous dire aujourd’hui que je vous espère. J’aimerais vous dire que notre projet existe déjà en partie grâce à vous. Je veux vous dire que je me surprends souvent à rêver que vous vous engagiez à nouveau dans un vrai et large projet d’émancipation de notre peuple. Je sais que vous vous êtes déjà engagés autrefois, que vous avez vécu des émotions extraordinaires. Et je sais aussi que vous avez eu mal en 1980, mal en 1995, mal maintenant, devant ce que la classe financière et les politiciens carriéristes ont fait à tout ce que vous aviez créé avec amour.

J’aimerais vous donner le goût de lutter encore. Vous avez lutté pour vous débarrasser de l’emprise du clergé sur vos esprits. Regardez-nous : on lutte pour se débarrasser de l’emprise, sur nos esprits, de la religion de l’argent et de la croissance à tout prix.

Vous avez lutté pour enlever à l’élite économique anglophone sa mainmise sur l’économie québécoise. Regardez-nous : on lutte pour reprendre notre économie à cette aristocratie mondiale qui nous l’arrache des mains pour son profit.

Vous avez lutté pour l’indépendance du Québec. Regardez-nous : malgré des décennies de gros titres qui tapent sur le clou en répétant que personne n’en veut, ici on est restés indépendants, on a gardé notre tête de cochon, on la veut encore et on est prêts à se battre pour. Ici, dans Taschereau, c’est 60 % des électeurs qui ont voté pour l’indépendance du Québec en 1995. Ça, on ne l’a pas oublié.

La foi qu’on porte en nous, c’est vous qui l’avez mise là en nous racontant votre histoire. Je ne sais pas si c’est mort en vous maintenant, mais sachez que la détermination et l’espoir qui vibrent en nous en ce moment, c’est votre œuvre à vous. Si on rêve encore, c’est de votre faute. C’est l’héritage que vous nous avez planté dedans.

C’est ça que je voudrais dire à mes amis boomers. Et à tous les autres qui cherchent le filon par lequel rattraper notre histoire en marche. Ce filon-là, c’est la foi en nous. Et je ne parle pas d’une foi déconnectée dans un dogme imposé par des élites, autrefois cléricales, aujourd’hui financières. Non, une vraie foi, capable de déplacer des montagnes. Une foi comme celle qui a enflammé le Québec pendant la Révolution tranquille, une foi dans notre avenir.

Et ça, c’est notre force à Québec solidaire. On n’est pas là pour gérer le désordre existant. On n’est pas là pour taper sur des minorités dans le but de se faire élire. On n’est pas là pour faire de la petite politique, on est là pour faire l’Histoire, comme vous y étiez avant nous.

Catherine Dorion, Candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Taschereau

Point de vue

Forages dans les lacs et les rivières: c’en est trop!

Deux des premiers gestes du gouvernement Couillard, en 2014, ont été de lancer son Plan d’action sur les hydrocarbures et d’affecter 1,25 milliard $ à l’exploitation de ressources non renouvelables, dont le pétrole et le gaz.

À moins de revirement, l’un des derniers qu’il posera avant de dissoudre l’Assemblée nationale d’ici à la fin août sera l’adoption des règlements sur les hydrocarbures. Ce faisant, il donnerait le coup d’envoi à l’entrée en vigueur de la Loi sur les hydrocarbures et, ainsi, aux projets pétroliers et gaziers en gestation sur le territoire.

Du début à la fin de son mandat, ce gouvernement aura mis tout son poids derrière la filière des énergies fossiles, au mépris de la science, de ses engagements climatiques, de la paix sociale et du simple bon sens économique, tout en cherchant à donner un vernis de rigueur démocratique, scientifique et réglementaire à une démarche factice dont la finalité était connue d’avance : enlever tous les obstacles possibles à l’établissement de cette industrie délétère pour nos milieux de vie, pour les écosystèmes et pour le climat. À maintes reprises, il aura utilisé des artifices comme les omissions, les sophismes et les contradictions pour tenter de permettre les forages et la fracturation au Québec.

Triste bilan

Vraisemblablement, nous nous retrouverons donc sous peu avec un cadre réglementaire qui consacrera la suprématie des intérêts pétroliers et gaziers privés sur d’immenses pans du territoire québécois — héritage des gouvernements successifs qui ont cédé à des initiés, derrière des portes closes et pour 10 ¢ l’hectare par an, des droits réels immobiliers sur les terres privées et publiques du Québec. Ces «claims» couvrent aujourd’hui presque entièrement la partie densément peuplée de la vallée du Saint-Laurent, entre l’extrême ouest de la Montérégie et Québec, ainsi que la quasi-totalité du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

Certes, la deuxième mouture des projets de règlements publiée en juin interdit la fracturation du schiste, mais elle définit le schiste de manière très pointue sans qu’il soit possible de savoir quelles portions du territoire ou couches de roche des basses-terres du Saint-Laurent correspondent à la définition proposée. Les autres formations rocheuses qui sont susceptibles de renfermer des hydrocarbures — les grès, calcaires, dolomies — ne sont pas protégées par cette interdiction. Ces formations sont présentes dans les basses-terres du Saint-Laurent, en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent. Ni la stimulation à l’acide ni l’acidification de la matrice ni aucun autre procédé ne sont interdits. L’acceptabilité sociale, sans laquelle le premier ministre jure qu’aucun projet n’aura lieu, n’est nulle part mentionnée dans la Loi sur les hydrocarbures ou ses règlements.

Forages permis

Dernier épisode et apogée de quatre années de désinformation, le 3 août en après-midi, au moment où prenaient fin les 45 jours de consultation sur ces projets de règlements, Le Devoir révélait que le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles n’avait pas dit la vérité, jusque-là, quant aux forages dans les lacs et les rivières : loin d’être interdits, ils seraient permis dans presque tous les cours d’eau du Québec.

C’en est trop! La coupe de la méfiance déborde, malgré le recul (beaucoup trop tardif) du ministre, qui se dit maintenant disposé à «corriger» les projets de règlements.

Livrer le sous-sol du Québec à des intérêts privés qui pilleraient notre territoire et nos plans d’eau, en ne nous laissant que des miettes pour réparer leurs dégâts, serait une erreur historique. Une erreur d’autant plus coûteuse qu’il s’agit en grande majorité de compagnies étrangères, principalement albertaines, qui nous revendraient notre propre gaz et pétrole au profit de leurs actionnaires, avant de plier bagage en nous léguant leurs puits abandonnés.

Il est minuit moins une, monsieur Couillard. Il est temps de tourner le dos à l’exploitation des énergies fossiles en jetant aux oubliettes la Loi sur les hydrocarbures et ses projets de règlements d’un autre siècle. La vraie transition énergétique sera le grand chantier du XXIe siècle.

Gabriel Cliche, Fondation Rivières 

Carole Dupuis, Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ)

Martine Chatelain, Coalition Eau Secours

Et 52 autres organisations. La liste complète est publiée au www.rvhq.ca.

Point de vue

Le gouvernement Couillard a appauvri les retraités

Tout au long de son mandat, le gouvernement Couillard n’a cessé de s’attaquer aux retraités.

Dans son budget 2014-2015, le gouvernement a modifié l’application du mécanisme de fractionnement des revenus de retraite entre conjoints pour prévoir qu’à partir de 2014, le fractionnement ne s’appliquera plus aux retraités de moins de 65 ans. Cette mesure rapporte plus de 50 millions $ par année au gouvernement. Il s’agit pour les retraités touchés d’une charge fiscale aditionnelle pouvant atteindre plusieurs centaines ou même pour certains plusieurs milliers de dollars.

Dans son budget 2015-2016, le gouvernement Couillard tente d’en rajouter sur le dos des retraités. Il annonce que l’âge d’admissibilité au crédit d’impôt en raison de l’âge sera graduellement porté de 65 ans à 70 ans d’ici 2020. Les économies dégagées par cette mesure devaient servir à financer la bonification de l’incitation au travail à l’égard des travailleurs. Selon le gouvernement, il revenait aux retraités de payer la facture de cette mesure. Heureusement que la pression populaire a fait reculer le gouvernement.

Par la loi 126 adoptée en mai 2017, le gouvernement continue de s’en prendre aux retraités en visant cette fois les retraités cadres de la fonction publique du Québec. Cette loi gèle les prestations de rente pour les six prochaines années (2018 à 2023) et met en place des mécanismes d’indexation moins avantageux par la suite. Ces modifications au régime de retraite ont été faites en silence sans véritables discussions avec les cadres retraités.

Notons que les rentes versées aux retraités cadres sont déjà très loin d’être pleinement indexées à l’inflation. De plus, ceux-ci avaient au cours des années négocié de minces augmentations de salaires en échange d’une retraite plus avantageuse. Par la loi 126, ces retraités connaîtront au cours des prochaines années un appauvrissement et une perte significative de leur pouvoir d’achat. En adoptant cette loi, le gouvernement a renié sa signature et trahi les retraités cadres de la fonction publique.

Le gouvernement Couillard dans sa course au retour à l’équilibre budgétaire a appauvri un grand nombre de retraités, contribuables moins bien organisés et moins nantis. Pendant ce temps, celui-ci n’a pas hésité à bonifier la rémunération des médecins de plusieurs centaines de millions de dollars financés à même les impôts des contribuables, dont les retraités.

Cette façon d’agir du gouvernement Couillard constitue une menace sérieuse pour l’avenir des travailleurs et retraités du Québec. Les organisations syndicales devraient s’inquiéter du précédent créé par la loi 126 et les retraités faire état de leur mécontentement au gouvernement en votant lors du scrutin d’octobre prochain.

René Paquette, cadre retraité du gouvernement du Québec, Québec