Selon eux, ce mode d’attribution des contrats mettrait en péril la pérennité des ouvrages construits. Pour convaincre la population et les décideurs à adhérer à leurs propositions, il donne en exemple le pont Champlain.

Plus bas soumissionnaire ou lobbyisme?

POINT DE VUE / La commission Charbonneau a touché profondément le monde du génie. Plusieurs ingénieurs ont été stupéfaits en apprenant que leurs patrons jouaient de l’enveloppe brune derrière des portes closes. D’une part, pour leur assurer du travail avec les contrats ainsi obtenus. D’autre part, pour faire fonctionner le système politique, un sujet sur lequel, malheureusement, nous ne connaîtrons probablement jamais ni les stratèges ni les bénéficiaires.

La Commission Charbonneau aurait dû être un coup de semonce pour les ingénieurs. Elle aurait dû être un appel pour tous les membres à lire et relire leur Code des professions. Certains n’auraient-ils pas compris la leçon?

Cette semaine, il y a un groupe, composé d’ingénieurs et d’architectes, qui a relancé le débat sur les appels d’offres au plus bas soumissionnaire pour les services professionnels. Selon eux, ce mode d’attribution des contrats mettrait en péril la pérennité des ouvrages construits. Pour convaincre la population et les décideurs à adhérer à leurs propositions, il donne en exemple le pont Champlain.

Clarifions les faits. Dans un premier temps, au-delà de la conception «économique» du défunt pont Champlain, il faut savoir que la première cause de sa dégradation est le calcium utilisé pour déglacer nos routes. Lors de la conception du pont Champlain, le sel de déglaçage était peu utilisé au Québec. Ce point technique peut d’ailleurs être confirmé par les experts de la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain.

Soyons honnêtes et professionnels, même avec quatre milliards de dollars, le coût du pont Samuel-de Champlain, il y a peu de chance que les ingénieurs qui ont conçu Champlain en 1962 aient pu anticiper une utilisation massive de déglaçant 20 ans plus tard puisque ça ne faisait pas partie des mœurs de l’époque. Les revendications des professionnels du génie et de l’architecture allèguent que les appels d’offres selon la règle du plus bas soumissionnaire compromettent la qualité des ouvrages. Pourtant, le Code de déontologie des ingénieurs est très clair à ce niveau. Section III, 3.01.03. L’ingénieur doit s’abstenir d’exercer dans des conditions ou des états susceptibles de compromettre la qualité de ses services.

Autrement dit, un professionnel qui participe à un appel d’offres devrait normalement soumettre un prix juste, en fonction du niveau de ses connaissances. Certes, on pourrait répondre que justement, celui qui n’a pas les compétences suffisantes pourrait soumettre un prix plus bas que la juste valeur. Cela nous amène à la Section II du Code de déontologie de l’ingénieur, 2.01. Dans tous les aspects de son travail, l’ingénieur doit respecter ses obligations envers l’homme et tenir compte des conséquences de l’exécution de ses travaux sur l’environnement et sur la vie, la santé et la propriété de toute personne.

Ces deux articles du Code de déontologie des ingénieurs nous font comprendre que le problème des appels d’offres n’est pas la sélection au plus bas soumissionnaire. Celui qui répond à un appel d’offres doit s’assurer d’avoir les compétences pour le faire, et ce, au juste prix pour une qualité donnée.

Après Plouffe et Charbonneau, sommes-nous en train de paver le chemin de la prochaine commission d’enquête?