Planter des arbres pour soulager sa conscience

POINT DE VUE / On nous en a promis deux milliards en campagne électorale, pensant ainsi se dédouaner de notre laxisme environnemental. On voit les arbres comme des boucliers qui vont nous permettre de justifier le fait de produire et brûler du pétrole dans le cadre de nos activités humaines.

Les arbres sont intrinsèquement carboneutres. À moins qu’on entrepose leur bois pour l’éternité au moment de leur abattage en s’assurant que jamais il ne retourne à l’environnement, tout le carbone qu’ils auront séquestré au cours de leur vie sera remis en circulation dans l’atmosphère un jour ou l’autre et on ne fait que gagner du temps. À moins aussi que par quelque mal de ventre de notre planète, des mouvements catastrophiques de sa croûte ne viennent en avaler des forêts entières pour les ensevelir sous des kilomètres de roche pour des millions d’années et en faire du nouveau pétrole, charbon ou gaz. Ce qui n’est pas à notre connaissance dans les plans de la planète Terre pour le prochain millénaire à tout le moins, enfin nous l’espérons.

Au Canada, environ 7% de la superficie de notre pays est constitué de terres agricoles et 35% de forêts. Le reste est soit urbanisé, soit nordique. J’espère qu’on ne pense pas réduire notre superficie agricole pour planter des arbres ni se mettre à croire qu’on peut le faire dans les régions nordiques. Il resterait les villes et les zones déjà couvertes de forêts. En planter dans les villes serait une bonne chose, mais le faire dans des zones forestières ne serait en fait que donner un petit coup de pouce à la nature pour en accélérer la régénérescence naturelle ou pour remettre les choses en ordre à la suite de nos activités de prélèvement par des coupes forestières. En passant, n’est-ce pas ce que nous faisons déjà ou que nous devrions faire en foresterie?

Alors quand on me dit qu’on va planter des arbres pour compenser ses déplacements, moi j’y vois simplement mettre son nom sur un arbre qu’on aura planté de toute manière et qui va probablement prendre la place avec un peu d’avance sur celui qui aura poussé naturellement. Tout ceci ne suffit pas à mon avis pour éliminer les effets environnementaux du fait de sortir du carbone de terre pour le mettre en circulation dans l’atmosphère. Non seulement ça ne contribue que marginalement à gagner du temps, mais pire encore, ça rendra les choses encore plus catastrophiques dans quelques décennies lorsque tous ces arbres nouvellement plantés remettront leur gaz carbonique en circulation.

Moi quand je consomme de l’essence, je n’essaie pas de me donner bonne conscience. J’essaie seulement de réduire et de faire en sorte que mes gouvernements nous aident à sortir petit à petit du cercle vicieux des énergies fossiles et, en ce sens, pour moi, planter des arbres en crédits carbone, ce sont des coups d’épée dans l’eau. Je m’attends à plus et mieux de leur part.