La violence au Venezuela n'a rien de comparable encore avec la Syrie ou le Rwanda, mais les conditions qui règnent actuellement font de ce pays un véritable baril de poudre.

Venezuela: sur un sentier de guerre

ÉDITORIAL / Si le conflit syrien nous a appris quelque chose, c'est qu'il ne faut pas laisser un conflit dégénérer en guerre civile avant d'intervenir. Et le Venezuela s'est rapproché encore un peu plus de ce point de bascule avec ce référendum sur l'assemblée constituante sur laquelle le président Nicolas Maduro entend s'appuyer pour s'octroyer des pouvoirs dictatoriaux.
Intervenir ne veut pas nécessairement dire avoir recours à la force. C'est tout à fait le contraire dans ce cas-ci. La communauté internationale doit agir justement pour freiner l'escalade de la violence et de l'anarchie à laquelle on assiste en accentuant la pression sur Maduro et ceux qui le supportent. 
Malheureusement, l'autre chose que nous enseigne le désastre syrien, ou celui du Rwanda, c'est que c'est beaucoup demander. L'ONU est un géant qui attend qu'il soit trop tard avant de parler d'une seule voix. 
Les États-Unis ont annoncé hier des sanctions spécifiques à l'endroit de Maduro lui-même. Seulement trois autres chefs d'État ont eu droit à ce traitement : Assad, Mugabe et Kim Jong-Un, avec les résultats qu'on sait. C'est néanmoins la seule façon de s'attaquer au problème, soit isoler le président sans pénaliser la population. 
Toute sanction des États-Unis a beaucoup de poids, mais une telle intervention ne manquera pas non plus d'alimenter la propagande de Maduro, qui cherche à attribuer les problèmes de son pays à des acteurs externes. 
La violence, dans ce pays d'Amérique latine, n'a rien de comparable encore avec la Syrie ou le Rwanda, mais les conditions qui règnent actuellement font de ce pays un véritable baril de poudre.
L'économie s'effondre sans qu'on puisse encore entrevoir de fin à cette spirale d'inflation et de décroissance. Les indicateurs économiques sont effarants : une inflation qui atteindrait 1500 %, et qui n'a pas fini de croître, selon le FMI; un déficit budgétaire plus grand que les revenus de l'État; le taux préférentiel le plus élevé de tous les pays au monde. Sur le marché noir, la devise nationale, le bolivar, a perdu plus de 80 % de sa valeur en dollars américains, depuis un an. 
Le taux de mortalité infantile a gonflé de 45 % depuis 2013, et le taux de mortalité maternelle était 80 % plus haut en 2016 qu'il l'était en 2009.
Maduro se sent menacé. Son départ pourrait désamorcer la crise, mais il a montré depuis longtemps que le bien-être de ses concitoyens lui importait peu, en comparaison de son intérêt personnel. Il ne quittera pas le pouvoir sans y être contraint, et cette détermination risque de déboucher sur un scénario de guerre civile. 
Jusqu'ici il a refusé toutes les offres de médiation, de négociation, et maintenant qu'il est parvenu à tenir son référendum sur cette assemblée qui sera à sa solde, il ne peut que durcir ses positions. 
Le grand danger avec ce cocktail explosif, c'est que l'opposition manque de cohésion, que les lignes de fracture suivent les démarcations entre les différentes classes sociales, dont les intérêts sont divergents et qui ne s'entendent pas sur les conditions qui permettraient de sortir de la crise. 
Dans de telles conditions, le pays risque de commencer à se désintégrer, et cela incitera des groupes de l'extérieur à profiter de la situation pour déstabiliser cette région en appuyant l'une ou l'autre faction.
Intervenir ne veut pas nécessairement dire avoir recours à la force.