Même si Geert Wilders et sa formation politique n'ont pas remporté l'élection aux Pays-Bas, mercredi, ses idées gagnent du terrain dans une Europe où la montée de la droite se poursuit.

Une bataille, mais pas la guerre

ÉDITORIAL / Plusieurs en Europe, et de notre côté de l'Atlantique aussi, ont poussé un soupir de soulagement, en apprenant les résultats de l'élection aux Pays-Bas. Entre le référendum sur le Brexit, l'élection américaine et les élections qui s'en viennent en France et en Allemagne, l'idée de voir un parti raciste d'extrême droite se hisser au premier rang avait de quoi donner des sueurs froides.
Le chef du Parti pour la liberté (PVV), Geert Wilders, a peut-être mordu la poussière, mais ses idées gagnent du terrain. Pour arracher la victoire, son principal adversaire, le Parti populaire libéral et démocrate, a dû durcir son message à l'endroit des immigrants. 
Mais rien dans la défaite de ce parti isolationniste, qui veut que le pays quitte l'Union européenne, n'annonce une pause dans la montée de la droite en Europe. Les élections qui s'en viennent en France et en Allemagne seront les véritables tests. 
Aux Pays-Bas, la fragmentation de l'espace politique entre un grand nombre de partis peut théoriquement permettre à l'un d'eux de se déclarer «vainqueur», même s'il n'a pas avoir de réelles chances de former le gouvernement. C'était le cas du Parti pour la liberté car, eut-il obtenu la majorité des voix, auquel aucun autre parti n'aurait voulu lui toucher, de près ou de loin.
C'est ce que semble aujourd'hui craindre le premier ministre Justin Trudeau, à l'idée d'un système proportionnel qui permettrait à des mouvements marginaux de parvenir à se créer une légitimité. Sa crainte n'est pas totalement injustifiée.
Il ne faut pas oublier que, jusqu'aux derniers jours de campagne, les sondages favorisaient le PVV. L'affrontement, totalement imprévisible, entre la Turquie et les Pays-Bas au cours de la dernière semaine n'est probablement pas étranger à la contre-performance du parti, lors du vote.  Les Néerlandais n'ont pas aimé se voir associés aux nazis par le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Un sursaut d'orgueil national est venu, d'une certaine façon, brouiller les cartes. Il masque un glissement qui s'opère tranquillement des deux côtés de l'Atlantique. Les électeurs délaissent les partis traditionnels et cherchent refuge dans un nationalisme qui donne parfois l'impression de renaître des cendres de la Seconde Guerre mondiale, sous une nouvelle forme.
L'électorat se polarise en s'éloignant du centre de l'échiquier, constate le magazine Foreign Policy. Le Parti travailliste néerlandais, qui faisait partie de la coalition gouvernementale, a été presque rasé, perdant 29 de ses 38 sièges. 
C'est surtout cette tendance qui devrait inquiéter l'establishment politique européen. Et le nôtre aussi, jusqu'à un certain point. Les partis qui se sont traditionnellement passé le pouvoir risquent désormais de s'en voir écartés, sans qu'une autre option bien structurée soit prête à prendre la relève. 
Cela mène dans un champ de mines politique, comme le vivent les États-Unis depuis bientôt trois mois, où des leaders guidés par leurs préjugés plutôt que par leurs connaissances ou leur compétence héritent du pouvoir. 
Le Front national n'a probablement pas le soutien nécessaire pour triompher au second tour en France, mais le simple fait, pour Marine Le Pen, d'accéder à la ronde finale constituera en soi une victoire, même si ce n'est pas celle qu'elle espère. Cette guerre est loin d'être terminée.