Jean-François Lisée fait face à un défi de taille : attirer du sang neuf au sein d'un Parti québécois vieillissant.

Renouveler le PQ, et la politique

ÉDITORIAL / Pour provoquer la remise en question au sein de son parti, le chef du PQ, Jean-François Lisée, a choisi l'électrochoc. Le dévoilement de l'étude réalisée par Paul St-Pierre Plamondon avait un petit côté liséen, un peu machiavélique et très astucieux, pour attirer l'attention.
Le rapport, produit dans le cadre de la consultation «Osez repenser le PQ», jette une lumière crue sur les défis d'un parti vieillissant. 
La formation doit se rajeunir, se renouveler, conclut donc M. St-Pierre Plamondon, à son tour. Ce n'est pas d'hier que le PQ se cherche. À l'époque d'André Boisclair, pour lui redonner sa pertinence, on voulait associer le projet indépendantiste au développement durable. Sous Pauline Marois, on a cherché le salut à travers l'identité et la laïcité. Mais le salut n'est pas venu.
On ne semble pas, cette fois-ci, répéter l'erreur de vouloir s'accrocher à une nouvelle bouée de sauvetage. Le diagnostic, et la longue liste de propositions qui en découle, couvrent un large spectre. Mais cela sera-t-il suffisant pour qu'il ait plus d'impact que les exercices précédents?
Le PQ veut attirer du sang neuf, mais sans pour autant compromettre le projet indépendantiste, que plusieurs jeunes électeurs voient comme celui d'une autre génération. Peu de gens ont réussi, jusqu'ici, cette quadrature du cercle.
Le Parti québécois se compare avantageusement, malgré tout, aux autres partis, tant par le nombre que par la proportion de jeunes parmi ses membres. Le problème est encore plus criant pour les libéraux. Mais même si une proportion de 14 % de membres de 16 à 40 ans, au PQ, est mieux que les 8 % recensés au Parti libéral, c'est insuffisant pour susciter une réinvention qui devient chaque année plus urgente. 
En 30 ans, la pyramide des âges de l'électorat québécois s'est inversée. En 1985, les moins de 45 ans formaient 61 % des électeurs. Ils sont aujourd'hui beaucoup moins nombreux (40 %), et participent moins aux élections que les cohortes précédentes. L'électorat de 45 ans et plus a augmenté dans les mêmes proportions, passant de 39 % à près de 60 %. 
Tous les partis sont confrontés à cette réalité. Le Parti libéral du Canada a pu renaître de ses cendres, mais seulement après avoir frôlé la mort de près. Ce sera plus difficile au PQ, où renouveau doit rimer avec indépendance. 
Le référendum sur le Brexit, en Grande-Bretagne, donne une idée du problème que pose le choc des générations. Les jeunes ont finalement voté en plus grand nombre qu'on l'avait d'abord cru, à 64 % ou plus. Le taux de participation grimpe avec l'âge, à 74 % parmi les 55-64, et à 90 % pour les 65 ans et plus. 
Mais les convictions aussi. On estime que 70 % ou plus des jeunes électeurs voulaient rester au sein de l'Europe. Comment, aujourd'hui, pourrait-on leur reprocher d'éprouver du cynisme envers la politique? 
Le Parti québécois, et la politique québécoise en général, doit trouver le moyen d'inspirer les nouvelles générations. Et il faudra abandonner des dogmes. M. Lisée doit libérer son parti des chaînes d'un hypothétique échéancier référendaire. Mais il faut aussi que tous les partis s'interrogent sur notre système électoral. 
Le recours à une représentation proportionnelle présente des risques, certes, mais il donne aussi plus de poids à chaque vote. Alexandre Taillefer demandait, l'année dernière, si nous avions atteint les limites du parlementarisme majoritaire. Il semble bien que oui.