Le maire de Montréal, Denis Coderre, répond aux questions des journalistes.

Quand la presse dérange la police

ÉDITORIAL / Le maire de Montréal aurait «pété une coche» quand, pour la troisième fois en six mois, des informations confidentielles, datant de quelques années, ont été coulées pour porter atteinte à sa réputation. Ça n'est pas improbable, c'est même tout à fait plausible.
C'est l'explication qu'il a donnée, hier à la commission Chamberland, pour l'appel téléphonique logé au directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, en décembre 2014.  
Il sera intéressant de voir comment les commissaires vont démêler l'écheveau complexe des relations entre les pouvoirs politique et policier. On avait déjà appris la semaine dernière que de tels contacts entre un maire et le directeur du service de police étaient extrêmement rares et exceptionnels. 
Mais le témoignage du maire de Montréal soulève quand même une question importante, qui va au-delà de la surveillance des journalistes. C'est celle du pouvoir des corps policiers lorsque leurs propres intérêts sont en jeu. 
M. Coderre a soutenu hier que le président de la Fraternité des policiers et des policières de Montréal, Yves Francoeur, aurait brandi devant lui une des contraventions ayant fait l'objet de fuite, lors d'une rencontre de négociation. «Il m'a dit que les gens se promenaient avec ça...»
Les politiciens ne sont pas les seuls à manipuler, quand l'occasion se présente, l'information. Les policiers ont accès à des outils puissants et dangereux et il faut s'assurer que les mécanismes mis en place pour prévenir les abus soient efficaces. 
Parce que ces informations confidentielles et parfois compromettantes ne doivent pas être utilisées afin de défendre leurs propres intérêts. Et tout indique que c'est exactement ce qui s'est produit avec ces contraventions. 
Le témoignage, la semaine dernière, du sergent Hugues Goupil, de la police de Laval, soulève les mêmes questions. Lorsqu'il a voulu obtenir un mandat pour avoir accès aux registres téléphoniques de journalistes, le policier a cité comme motif, à plus d'une reprise, les propos orduriers tenus par un collègue qui soupçonnait une relation de nature sexuelle entre un policier de Laval et une journaliste. 
M. Goupil avait pourtant en mains des informations qui démontraient que ces allégations étaient sans fondement mais il n'en a jamais fait état au juge à qui la demande d'ordonnance était présentée. 
Pourquoi?
Les explications fournies par l'enquêteur sont nébuleuses, au mieux. Un de ses collègues, le policier Dominico Digenova, avait coulé de l'information à la journaliste en question. Il est lui-même passé aux aveux quant à ses motivations, et un examen des textes échangés avec la journaliste confirmait sa version. Il n'y était nullement question de rapports intimes, mais cela ne satisfaisait pas M. Goupil. 
Ce dernier connaissait Digenova depuis 20 ans, il le décrit comme «affecté, ébranlé» par les proportions que prenait cette histoire, qui risquait de briser sa carrière. 
A-t-il éprouvé de la sympathie devant le sort de son collègue? Croyait-il que le policier de carrière avait été manipulé par une journaliste? Est-ce pour cette raison qu'il a caché au juge, dans sa requête, les faits qui montraient que Digenova était seul responsable de ses actes?
Ce n'est peut-être pas la bonne explication, il est impossible d'en avoir le coeur net, mais elle est plus logique, en tout cas, que celle offerte par l'enquêteur.