L'échange entre Justin Trudeau et Donald Trump a semblé cordial, sans plus.

Pas de nouvelles, bonne nouvelles

ÉDITORIAL / La visite du premier ministre canadien Justin Trudeau à Washington n'a rien produit de concret. En d'autres mots, elle s'est déroulée aussi bien qu'il était possible de l'espérer, dans les circonstances.
Le président des États-Unis, Donald Trump, a d'autres chats à fouetter ces jours-ci, et il n'avait pas intérêt à faire du Canada un bouc émissaire de toute façon. Ce n'est pas un empêchement dans son cas, mais au moins le travail de préparation effectué les semaines précédentes par les diplomates canadiens, par les ministres et même par l'ex-premier ministre conservateur Brian Mulroney, semble avoir porté fruit. 
Le but était tout d'abord de ne pas apparaître comme une cible sur l'écran radar, ou le fil Twitter, d'un chef d'État caractériel. Cela ne garantit rien pour la suite des choses, mais le plus important à ce stade était de jeter des fondations sur lesquelles Washington et Ottawa pourront développer un nouveau rapport, dans cette ère post-Obama. 
L'échange a semblé cordial, sans plus. Il était irréaliste d'en attendre davantage, étant donné les liens étroits qu'entretenait M. Trudeau avec Barack Obama. M. Trump n'est pas du genre à passer facilement par-dessus ce genre de détail. Il possède, entre autres défauts, celui d'être rancunier. 
Néanmoins, tout indique que ni le Canada ni les États-Unis ne sont sur le sentier d'une guerre économique. C'est déjà ça. Reste à voir comment les deux pays procéderont, maintenant, pour redéfinir les termes de l'accord de libre-échange. Le gouvernement du Québec fait bien de s'y préparer dès maintenant en confiant à l'ex-ministre des Finances, Raymond Bachand, un mandat pour agir comme conseiller spécial dans ce dossier. 
La déclaration commune émise au terme de la rencontre, tout comme la conférence de presse conjointe de M. Trump et de M. Trudeau, ne contenait pas de grandes surprises. Cela aurait pu être l'occasion pour le premier ministre canadien de critiquer les positions de M. Trump sur l'accueil des réfugiés et des citoyens venant de pays en guerre, mais il a évité de tomber dans ce piège. 
On aimerait le voir prendre des positions plus fermes dans ce domaine, mais il n'est malheureusement pas en position de faire la leçon au président des États-Unis, chez lui. Pas maintenant, à tout le moins. La résistance aux mesures discriminatoires mises en place par Washington doit se dérouler là-bas, et elle est bien en marche. 
Cela dit, le Canada ne pourra pas éternellement rester en retrait de ce débat, de crainte de déplaire à son puissant voisin. Ces mesures ont déjà des impacts sur des citoyens canadiens. Des vies seront brisées dans plusieurs pays, sans aucune raison valable. 
Il faut s'attendre à des reculs importants en matière de lutte au réchauffement climatique; à un réalignement des États-Unis avec la Russie qui risque d'avoir de graves conséquences pour nos partenaires de l'OTAN; à des politiques qui risquent d'alimenter le racisme et la xénophobie à travers le monde. 
L'administration d'extrême droite qui s'installe à Washington se nourrit d'une idéologie qui contient les germes de conflits armés aux conséquences tragiques. Et surtout, elle fait preuve jusqu'ici d'une maladresse qui frise le ridicule et qui fait craindre le pire. On ne pourra pas toujours se contenter d'éviter le pire. On risque, tôt ou tard, de devoir y faire face.