Dans son discours prononcé cette semaine, John Kerry voulait surtout attirer l'attention vers le durcissement, la radicalisation du gouvernement Nétanyahou

Palestine: le piège des colonies

ÉDITORIAL / Le discours prononcé cette semaine par le secrétaire d'État John Kerry a remis le conflit israélo-palestinien à l'ordre du jour. C'était probablement là son premier objectif, en prévision du Sommet qui doit se tenir à la mi-janvier à Paris.
Avec toute l'attention portée aux guerres sanglantes qui déchirent le Moyen-Orient, la situation en Palestine risque d'être négligée. Mais tant que cette bombe à retardement n'aura pas été désamorcée, elle finira tôt ou tard par exploser à nouveau. 
Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, entend d'ailleurs jouer cette carte pour minimiser la gravité de la situation. Au lendemain du discours de M. Kerry, il déclarait que «à côté de la destruction d'États et de villes, du massacre d'innocents et du flot incessant de réfugiés... le conflit avec les Palestiniens n'est qu'un problème marginal».
Mais M. Kerry voulait surtout attirer l'attention vers le durcissement, la radicalisation du gouvernement Nétanyahou. Rarement, sinon jamais, a-t-on entendu un secrétaire d'État adresser des critiques aussi dures envers l'allié israélien. 
«La coalition au pouvoir est la plus à droite de l'histoire, et son agenda est dicté par ses éléments les plus extrêmes», a-t-il dénoncé. 
Sa sortie n'aura que peu ou pas d'effets sur Nétanyahou, mais au moment où M. Kerry s'apprête à passer le bâton à une nouvelle administration, il s'est assuré de nommer les choses par leur nom. L'expansion des colonies juives, en plus d'être illégale, revient à nier le droit des Palestiniens à se doter d'un État en accaparant leur territoire.
En poursuivant cette politique, l'État israélien se prive donc lui-même de toute porte de sortie, ne laissant que la solution d'un État unique pour tout le territoire, et rend toute future négociation illusoire. L'entêtement des groupes palestiniens, qui continuent de nier le droit à l'existence d'Israël, est en grande partie responsable de cette détérioration. Cette position ne fait que donner du carburant à la droite religieuse. 
À moins d'un miracle, qui se sont faits plutôt rares en 2016, la conférence de Paris - en l'absence d'Israël et des Palestiniens - ne permettra certainement pas de débloquer l'impasse actuelle, mais les quelque 70 pays qui ont annoncé leur volonté d'y participer doivent néanmoins continuer à chercher une solution. 
Avec la passation de pouvoirs qui s'annonce à Washington, Benyamin Nétanyahou a tout le loisir d'ignorer les derniers soubresauts de l'administration Obama. Le président désigné Donald Trump a déjà envoyé un signal à la droite israélienne avec le choix du prochain ambassadeur américain, David Friedman, lui-même reconnu pour ses positions extrémistes. 
Le premier ministre Nétanyahou a certainement ses raisons de se réjouir, mais elles risquent fort d'être éphémères. Le président des États-Unis s'est montré jusqu'ici plus habile à semer la pagaille qu'à résoudre les conflits et il n'a aucune vision de ce qui permettrait de rapprocher les parties. Cela ne changera pas, bien au contraire. Les déclarations irréfléchies et incendiaires du nouvel ambassadeur font craindre le pire.
Quant à M. Nétanyahou, lui-même fait l'objet d'une enquête criminelle pour des allégations de corruption et de fraude. Si celles-ci sont avérées, il va peut-être se surprendre à envier la retraite de John Kerry.