À Phoenix, une semaine après que des centaines de néo-nazis ont paradé à visage découvert à Charlottesville, Donald Trump a concentré ses attaques sur les médias, presque de façon obsessive. Le tiers du discours y est passé.

Le président est-il nu?

ÉDITORIAL / Le président Donald Trump a fourni, mardi, de nouvelles munitions à ceux et celles qui se demandent s'il a non seulement les capacités mais la stabilité mentale requise pour assumer ses fonctions.
Depuis son élection, la question a été soulevée sporadiquement par certains commentateurs, mais elle ne trouvait pas écho à l'intérieur de l'administration ou du Congrès. Charlottesville a changé tout ça. La question est maintenant débattue de plus en plus ouvertement par des élus, des deux côtés de la Chambre. 
Un sénateur républicain, Bob Corker, président de la commission des affaires étrangères, a ainsi déclaré cette semaine que «le président n'a pas encore su démontrer la stabilité, ni certaines des compétences, qui seraient nécessaires à son succès». Il a ajouté que le président démontre aussi qu'il ne comprend pas la nature même du pays, et que cette lacune expose la nation «à un grand péril». 
Ce langage est nouveau et il prépare peut-être le terrain à des manoeuvres futures.
Trois représentants démocrates ont quant à eux présenté une motion de censure, signée par 79 collègues de leur parti, pour non seulement dénoncer sa défense des suprémacistes blancs, mais aussi le fait qu'il se soit entouré de conseillers qui sont connus pour avoir fait la promotion de ces idées par le passé. 
Le quotidien USA Today a lui aussi demandé la même chose dans ses pages éditoriales cette semaine.
L'ex-directeur du renseignement des États-Unis, James Clapper, a lui aussi mis en doute les facultés du président, dans les heures qui ont suivi le discours prononcé mardi soir à Phoenix. «C'était effrrayant et troublant (scary and disturbing), a-t-il dit. Je me questionne quant à sa capacité à occuper ses fonctions et je me demande s'il n'est pas en train de préparer une sortie...»
Une autre démocrate, Jackie Speier, va plus loin et préconise le recours au 25e amendement, qui prévoit le remplacement du président par le vice-président pour cause d'incapacité. «Des membres du congrès, des deux côtés, parlent en privé avec consternation de l'instabilité du président des États-Unis. Il arrive un point où il faut cesser de chuchoter et commencer à parler ouvertement. Si l'empereur ne porte pas de vêtements, ce n'est pas l'enfant qui doit le dire, mais les membres du Congrès», conclut-elle, en faisant référence au conte d'Andersen. 
Le Congrès est loin d'être prêt à mettre cette mécanique en marche, mais la pression augmente, et rien ne peut plus l'empêcher de grandir, parce qu'elle s'alimente d'un comportement de plus en plus erratique d'un homme totalement dépassé par les responsabilités qui reposent sur lui.
À Phoenix, une semaine après que des centaines de néo-nazis ont paradé à visage découvert à Charlottesville, M. Trump a concentré ses attaques sur les médias, presque de façon obsessive. Le tiers du discours y est passé. 
Au moment où les tensions raciales s'accentuent, il a laissé entendre mardi soir qu'il accorderait un pardon présidentiel à un ex-shérif, Joe Arpaio, responsable de profilage racial à l'endroit des immigrants, et qui opérait des installations qu'il a lui-même déjà comparé à des «camps de concentration». 
Le terrain n'est probablement pas prêt pour le tremblement de terre qui s'en vient, mais l'énergie ne fait que s'accumuler. Donald Trump est un condamné en sursis, mais sa chute arrivera probablement trop tard. Le mal est déjà fait.