Le député conservateur Gerry Ritz a affublé la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, du titre de «Barbie du climat».

Le péché originel de Mme McKenna

ÉDITORIAL / Quand une femme, qui occupe une charge publique, se retrouve responsable d'un dossier controversé, ou empoisonné; quand elle dérange, ou si elle se montre dure ou agressive, ou pas assez, si elle manifeste de l'émotion, ou hausse le ton, tôt ou tard quelqu'un finira par faire de son sexe une pièce à conviction, un facteur aggravant, ou le brandira comme s'il s'agissait d'une insulte.
Mercredi, un ex-ministre conservateur de l'Agriculture, Gerry Ritz, a affublé la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, du mot-clic «Climate Barbie». Il s'est excusé, mais à peine, pour sauver la face plus qu'autre chose. 
Gerry Ritz était loin d'être le premier à tenter d'humilier la ministre en lui reprochant son péché originel : être une femme. 
Voilà plus un an, la ministre McKenna confiait à Capital News Online, une publication des étudiants en journalisme de l'université Carleton, qu'on lui lançait déjà au visage, quotidiennement sur les réseaux sociaux, l'insulte qu'a reprise Gerry Ritz. 
«Ces gens parlent de votre sexe, critiquent votre apparence, vos compétences et vous ridiculisent.» Mais le problème plus grave encore, disait-elle dans cette entrevue, c'est que cela risque de faire douter d'autres femmes qui hésitent à faire le saut en politique. Et c'est nous tous qui y perdons quand elles finissent par dire non. 
Le chef conservateur aurait dû dénoncer les propos de Gerry Ritz sans hésiter. Andrew Scheer a raté une occasion d'envoyer un message clair aux femmes, à savoir que son parti ne tolèrera pas qu'on utilise le sexisme pour dénigrer des députées.
Certains ont critiqué Justin Trudeau quand il a expulsé, en 2015, deux députés pour des allégations d'inconduite sexuelle, après une enquête interne. Mais le chef du Parti libéral avait à ce moment envoyé le signal clair qu'exigeait la situation. Ce sont des gestes comme ceux-là qui peuvent changer les choses, les perceptions et les comportements. 
La faute de Gerry Ritz n'était pas du même ordre, évidemment, mais le langage méritait d'être fermement dénoncé parce qu'il s'inscrivait dans une campagne de harcèlement sexiste qui dure depuis plus d'un an maintenant, et dont M. Scheer ne pouvait ignorer la teneur. Une réaction du chef des conservateurs ne profiterait pas qu'à la ministre de l'Environnement. Les femmes de son propre parti ont aussi à subir le même genre d'attaques. La députée Michelle Rempel a trop souvent eu droit au même traitement.
Nous avons besoin de plus femmes en politique. Peut-on le dire plus clairement? 
La meilleure façon d'y parvenir c'est de ne pas tolérer ce genre d'attaques, de les dénoncer, et de montrer aux éventuelles candidates qu'elles ne seront pas laissées à elles-mêmes si on tente de les intimider ainsi. 
Car ne pas réagir, c'est aussi normaliser. Ce qui ne provoque pas de réaction, par définition, est donc dans la mesure du tolérable, de l'acceptable. 
Et justement, l'écart de langage de Gerry Ritz démontre que les abus, le harcèlement qui empoisonne les réseaux sociaux n'y reste pas confiné, qu'il n'existe pas vraiment de barrière entre le monde physique, réel, et l'espace numérique. 
En 2014, en Grande-Bretagne, un homme a été condamné à 18 mois de prison pour avoir harcelé pendant un an, et menacé de viol, une députée britannique. Ce qu'il lui reprochait? De faire campagne pour que le visage d'une femme, l'auteure Jane Austen, orne le billet de 10 livres...