Pierre Karl Péladeau

Le maître des basses oeuvres

ÉDITORIAL / Sur Twitter, la semaine dernière, la députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais, qualifiait Jean-Marc Fournier, le leader parlementaire libéral, de «maître des basses oeuvres de Philippe Couillard». Elle n'avait pas tout à fait tort.
Mais dans son propre parti, Pierre Karl Péladeau semble avoir décidé que, dans ce domaine, on n'est jamais si bien servi que par soi-même. Le chef d'un parti a certainement le droit, sinon le devoir, de défendre sa réputation, mais la hargne avec laquelle il s'en prend à tous ceux qui le critiquent donne une dimension sinistre à l'exercice, et elle ne fait qu'empirer les choses.
On a rarement vu un chef de parti avoir recours de manière aussi mesquine aux attaques personnelles et aux insultes. Au commentaire de Mme Maltais, il a cru bon d'ajouter que M. Fournier est le «laquais et le paltoquet» de Philippe Couillard. Les journalistes de La Presse, quant à eux, ne sont que des «petits soldats de Power Corporation du Canada». Cette réaction est d'autant plus pernicieuse qu'elle nous invite presque à faire le même raisonnement pour ceux de Québecor, qui ne le méritent pas. 
La journaliste Madeleine Roy de Radio-Canada a eu droit, elle aussi, aux menaces de poursuite, avant même que son reportage soit diffusé à l'émission Enquête. C'est la directrice de cabinet adjointe de M. Péladeau qui s'en est chargée, en citant à l'appui un blâme du Conseil de presse à l'endroit d'Enquête pour un autre reportage, sur Pauline Marois. 
Ça ne manque pas d'ironie quand on sait que Québecor boude le Conseil depuis des lunes. Et bouder le Conseil de presse ne suffisait pas, à l'époque où M. Péladeau dirigeait son conglomérat, car Québecor voulait aussi le faire taire. En 2010, tant l'Agence QMI que le Journal de Montréal menaçaient, ô surprise, de poursuivre le Conseil de presse s'il s'avisait d'étudier une plainte portée à leur endroit par un journaliste de Rue Frontenac, pendant le lock-out du Journal de Montréal
Les montées de lait et les menaces de poursuite semblent être la règle plutôt que l'exception dans le modus operandi de celui qui est aujourd'hui chef de l'opposition. Mais les questions que soulèvent tant La Presse que Radio-Canada sont les mêmes qui avaient été soulevées dans une lettre ouverte en mars 2015 par Alain Deneault, chercheur au Réseau pour la justice fiscale. On ne peut certainement pas accuser M. Deneault d'être le petit soldat de qui que ce soit, ce qui doit être plutôt embêtant pour le clan péquiste. 
Chaque fois que Pierre Karl Péladeau passe à l'attaque au lieu de répondre aux questions qui lui sont adressées, il jette de l'huile sur un feu qu'il tente d'éteindre. Est-ce si difficile à comprendre, surtout quand on est le chef de l'opposition?
C'est son propre parti, rappelons-le, qui a demandé que la Commission des finances publiques parlementaire se penche sur cette problématique pour «examiner les stratégies et les mécanismes employés à des fins d'évasion et d'évitement fiscaux par les différents acteurs de notre société». 
Au lieu de se livrer à un combat de coqs, M. Péladeau pourrait utiliser la tribune qui s'offre à lui afin d'aller au fond des choses. C'est une occasion de partager avec les Québécois son expérience à la tête d'une des plus importantes entreprises du secteur des médias. Le chef d'un parti doit élever le débat. S'il s'entête à faire le contraire, il risque d'entraîner son parti avec lui.