Lundi, le ministre des Affaires étrangères nord-coréen, Ri Yong-ho, a accusé Donald Trump d'avoir «déclaré la guerre», en faisant notamment voler ses bombardiers stratégiques près des côtes de la Corée du Nord.

Le déséquilibre de la terreur

ÉDITORIAL / Plus d'une fois, la guerre froide entre les États-Unis et l'Union soviétique est venue à un cheveu de se transformer en guerre ouverte entre les deux plus puissants blocs de la planète. Peut-être en sera-t-il encore ainsi avec la Corée du Nord, mais il est irresponsable de la part des États-Unis d'attiser le feu comme le fait le président Trump, en fournissant à la Corée de nouveaux prétextes pour poursuivre l'escalade.
Jusqu'ici, Donald Trump a démontré que la seule stratégie dont il est capable se limite à l'improvisation, quand ce n'est pas l'incohérence; et que cette approche ne produit à peu près jamais les résultats qu'il espérait.
Dans un dossier qui présente une telle menace à la paix mondiale, notre salut dépend pourtant des esprits les plus clairs et les plus rationnels. Depuis longtemps, la Corée du Nord essaie d'être imprévisible, sinon irrationnelle, dans ses actions. Si les États-Unis jouent le même jeu, cela ne fera que rendre la situation plus explosive, volatile. 
Le président des États-Unis a menacé, sur la tribune même des Nations unies, de «détruire totalement» la Corée du Nord. Il en a rajouté samedi en affirmant que si le ministre des Affaires étrangères nord-coréen continuait de se faire le porte-parole de Kim Jong-un, qu'il affuble du sobriquet de «Rocket-Man», «ils ne seront plus là pour très longtemps».
Faire des menaces gratuites alors que la vie de milliers d'innocents est en jeu, échanger des insultes personnelles, ce n'est pas faire preuve d'habileté en diplomatie. C'est un aveu d'impuissance, d'incompréhension, c'est démontrer une absence totale de vision. 
Hier, le ministre des Affaires étrangères nord-coréen, Ri Yong-ho, a pris la balle au bond en déclarant que son pays interprétait les propos du président comme une déclaration de guerre à son endroit, et qu'il se réservait le droit de prendre des contre-mesures, quitte à abattre des avions américains même s'ils sont en dehors de son espace aérien. 
La paix mondiale est maintenant aux mains de deux dirigeants, on pourrait presque dire deux dictateurs, qui n'hésiteraient pas à déclencher un conflit s'ils pensent qu'une telle crise leur permettra d'assurer leur emprise sur le pouvoir. 
Les purges, les exécutions ordonnées par Kim Jong-un ne sont pas la marque d'un leader confiant de son autorité. Devant lui, Donald Trump donne de plus en plus l'impression d'un chef assiégé qui tente d'allumer des feux pour masquer la fumée qui émane de sa propre maison. Cet homme n'aura aucun scrupule à initier ou provoquer un affrontement pour détourner l'attention ou faire dérailler les enquêtes sur son administration. 
Peut-être se croira-t-il capable de limiter les dégâts, de contenir l'incendie, mais le monde ne peut vraiment pas se permettre une telle partie de poker avec un joueur aussi maladroit et incompétent. 
La Russie et la Chine ont accepté de durcir le ton, et les sanctions, contre le régime nord-coréen, non pas en raison des menaces proférées par le président des États-Unis, mais parce que le pays de Kim Jong-un démontre qu'il réalise des progrès concrets vers la maîtrise d'un arsenal nucléaire. 
La Chine manifeste de plus en plus ouvertement son impatience devant l'entêtement de son voisin et allié. Ce n'est pas le moment pour les États-Unis de se montrer aussi incohérents et irrationels que Pyongyang, alors que l'appui de Pékin lui sera plus important que jamais.