Trois services de renseignement, la CIA, le FBI et la NSA, ont déjà conclu que la Russie était intervenue pour favoriser l'élection de Donald Trump.

Le début de la fin du président Trump

ÉDITORIAL / La présidence de Donald Trump ne tient qu'à un fil. Sa chute n'est peut-être même qu'une question de temps.
Cela semble impossible, au moment où Washington s'apprête à célébrer, dans une semaine, sa nomination comme président des États-Unis. Qui oserait prédire aujourd'hui que le magnat de l'immobilier court en fait à sa perte?
Il faut se souvenir du 13 mai 2013. Ce jour-là, le site Internet Gawker annonçait l'existence d'une vidéo montrant le maire de Toronto, Rob Ford, fumant du crack en compagnie de trafiquants. Nous savons tous comment cette histoire s'est terminée.
Cette fois-ci, c'est par le site Buzzfeed que le scandale arrive. Mardi soir, Buzzfeed a rendu public un document de 35 pages, qui circule depuis des mois aux États-Unis, rédigé par un ex-agent des renseignements britanniques, qui travaille aujourd'hui comme consultant privé. Les allégations contenues dans ce document, si elles sont avérées, entraîneront la chute de Donald Trump.
On évoque l'existence de vidéos où des prostituées se livrent, en sa présence, à des scènes d'ondinisme (érotisation de l'acte d'uriner). La descente aux enfers de la politique américaine ne connaît apparemment pas de fond.
Une telle humiliation suffirait à discréditer celui qui aspire à diriger le pays, mais ces vidéos ne sont au mieux qu'une distraction. Le dossier raconte en détail les tractations, pour ne pas dire la conspiration, entre l'équipe Trump et les dirigeants russes, pour favoriser son élection. Si c'est le cas, on ne parle plus d'humiliation mais de trahison. 
On n'a fourni aucune preuve encore de la réalité de ces allégations. Était-il justifié, dans ces conditions, de rendre ce document public? La réponse est oui, sans hésitation. 
Parce que trois services de renseignement, la CIA, le FBI et la NSA, ont déjà conclu que la Russie était intervenue pour favoriser l'élection de Donald Trump et que ce document était l'une de leurs sources d'information. C'est le rôle des médias de diffuser le maximum d'informations à la population et l'exemple de Toronto, comme celui-ci, montre ce que les nouveaux médias peuvent apporter au journalisme. Les citoyens des États-Unis, et pas seulement eux, ont tout intérêt à connaître la vérité. 
Maintenant, comment croire que des allégations non prouvées puissent sonner le glas de Donald Trump?
Parce que trop d'indices pointent dans la même direction. À commencer par le narcissisme maladif d'un homme qui ne fait aucune distinction entre ses intérêts personnels et la présidence du pays, à l'instar de Vladimir Poutine. Et l'admiration que professe Trump envers le leader russe défie l'entendement. Elle ne fait de sens qu'en fonction de leurs intérêts personnels.
Le président désigné manifeste la même propension au népotisme, nommant son gendre à un poste de conseiller. Mercredi encore, il se vantait en conférence de presse d'être au-dessus des lois sur les conflits d'intérêts.
Depuis des années, il entretient des rapports étroits avec des oligarques russes, dont certains sont des proches de Poutine. Et des membres de son équipe, Carter Page et Paul Manafort pour ne nommer que les plus connus, tissent ces liens dans ce pays depuis trop longtemps. 
Avec la publication du document, la chasse est bel et bien lancée désormais, et comme ce fut le cas pour Rob Ford, on finira inévitablement par trouver le feu qui se cache derrière cette fumée.