Le maire de Montréal, Denis Coderre, a reconnu avoir accepté un chèque de 25 000 $ de l'homme d'affaires Jean Rizzuto en 2012 pour l'aider à défrayer ses honoraires juridiques.

Le choix de Denis

ÉDITORIAL / Qui ne voudrait pas vivre dans le merveilleux monde du maire Denis Coderre? Dans cet improbable univers, un ami vous signe un chèque de 25 000 $, que vous déposez dans votre compte, pour en oublier l'existence quelques années plus tard, quand la prostate vous fait souffrir... Et vous croyez que cet argent a servi pour une bataille qui avait eu lieu bien des années auparavant.
Ou, si vous préférez, le maire de Montréal nous prend vraiment pour des imbéciles.
Il savait, lorsque Jean Rizzuto lui a signé le fameux chèque en mars 2012, que tout don de 500 $ ou plus devait être déclaré au Commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique. Un ex-ministre n'ignore pas ce genre de choses. 
Pour nous faire avaler cette couleuvre, messieurs Coderre et Rizzuto ont inventé une fable. Celle-ci veut que Jean Rizzuto ait généreusement déboursé 25 000 $ - en 2012 rappelons-le - pour «défendre le français». 
Il s'agissait alors de rembourser les avocats de M. Coderre, qui l'ont défendu dans la poursuite intentée par le joueur de hockey Shane Doan, six ans plus tôt, en janvier 2006. Il en a fallu du temps à M. Rizzuto pour se porter à la défense de notre langue. 
«Moi, je crois à cette cause-là. Je suis pour la langue française au Québec, et je vais contribuer à ce dossier-là», a déclaré ce militant libéral de longue date, au Journal de Montréal, qui a ébruité l'histoire. 
Mais remettons les pendules à l'heure. 
Ce n'est pas la langue française qui était attaquée. C'était Denis Coderre, accusé de diffamation par le joueur de la LNH. La cause a été réglée à l'amiable en août 2010.
En 2012, il n'y avait qu'une seule bataille qui intéressait le député de Bourassa et ses amis, et elle n'avait rien à voir avec la langue. C'était celle pour la mairie de Montréal. On le pressentait depuis 2011 et il a confirmé sa candidature en octobre 2012. Le chèque de son ami Rizzuto lui aurait donc permis d'effacer l'ardoise avant de faire le grand saut dans l'arène municipale. 
On n'oublie pas des cadeaux comme ceux-là. 
M. Coderre avait le choix. S'il déclarait ce «don» de 25 000 $ pour effacer une dette, cela risquait de le faire mal paraître pendant la campagne. S'il enterrait l'affaire, elle devenait une bombe à retardement, une mine sur laquelle quelqu'un risquait de marcher un jour...
Deux ex-employés de Jean Rizzuto font maintenant partie de l'administration Coderre. Un est son directeur de cabinet et l'autre travaille pour son parti. Y a-t-il eu trafic d'influence pour autant? Probablement pas. Denis Dolbec, son chef de cabinet, a une feuille de route respectable.
Ce n'est pas tant le chèque de Jean Rizzuto qui pose problème, que les explications boiteuses, alambiquées et invraisemblables derrière lesquelles les deux hommes essaient de cacher la vérité. 
C'est justement pour éviter ce genre de dérapage que des règles d'éthique ont été adoptées, et des institutions mises sur pied pour les mettre en application. En voulant s'y soustraire comme il l'a fait, le maire sème le doute sur sa propre administration et sur des collaborateurs qui ne méritent peut-être pas ce traitement. Il n'a que lui-même à blâmer. 
S'il veut vraiment éviter que la population tire des conclusions hâtives, qu'il agisse maintenant avec la transparence dont il aurait dû faire preuve en 2012, et rende publique toute l'information réclamée sur cette transaction.