Les obsèques qui se sont tenues à Montréal et à Québec ouvrent un nouveau chapitre dans notre histoire.

La première communion

ÉDITORIAL / Les obsèques qui se sont tenues à Montréal et à Québec, pour les victimes de la tuerie à la grande mosquée, constituent un tournant. Ces cérémonies ouvrent un nouveau chapitre dans notre histoire. C'est la première fois que la société québécoise dans son ensemble communie, à une aussi grande échelle, avec ses membres de confession musulmane.
La première fois que nous nous sommes tous recueillis, du plus humble citoyen au premier ministre, en écoutant le takbir prononcé trois fois par un imam : Allahu akbar! Inimaginable avant ce fatidique dimanche.
Cela permettra, sans doute, à plusieurs de réaliser que cette expression n'a jamais été exclusive au terrorisme islamiste. Elle fait partie de la vie de tous les jours du monde musulman. Devrions-nous être surpris, nous qui utilisons quotidiennement tant de termes religieux pour exprimer soit notre colère soit notre admiration? Christ, tabernacle, ciboire, cibole, hostie... 
Au-delà de la douleur de ces familles traumatisées et d'une communauté bouleversée, on se demande pourquoi il a fallu un tel drame pour que nous nous décidions enfin à ouvrir nos yeux et notre coeur à une communauté qui, au-delà des traditions et de la religion, procède de la même humanité. Qui veut voir grandir ses enfants en sécurité et prendre soin de ses parents. Qui est venue ici à la recherche du bonheur. Et de la paix.
Plusieurs parmi nous, individuellement, ont pu nouer des liens avec des concitoyens musulmans, avec leurs institutions. Mais cette ouverture ne s'était pas encore manifestée à une plus grande échelle. Dès que leur foi religieuse devient visible,  ces personnes deviennent invisibles. Comme si tout se résumait à une seule étiquette. Cela doit changer. 
Ce ne sera pas simple, car des tueurs continueront d'invoquer, pour justifier la haine, le même livre qui inspire l'amour à tant d'autres. Mais si un imam a pu, hier, appeler à la compassion envers Alexandre Bissonnette, cela nous montre que tout est possible.
Il faut saluer la lucidité de nos chefs politiques, qui se disent prêts au nécessaire changement de ton. Comme le disait hier le premier ministre Couillard, il faut maintenant «aller au-delà des discours. Le défi sera de dire la même chose dans un mois, et dans cinq ans. On a beau dire que le Québec est inclusif, il faut le démontrer par nos actions.»