Environ 600 sympathisants de La Meute ont défilé pour s'opposer à une immigration qu'ils jugent illégale.

La manipulation ou l'hypocrisie

ÉDITORIAL / Les manifestants de La Meute, réfugiés dans le garage de l'édifice Marie-Guyart dimanche, n'arrivaient pas avec des torches et des armes en scandant des slogans nazis. La violence est venue de l'autre côté et elle a admirablement servi la cause du groupe anti-immigration.
La liberté d'expression est un voile derrière lequel les dirigeants de cette organisation peuvent cacher une doctrine qui est loin d'être aussi innocente qu'ils veulent le faire croire. En s'attaquant à eux comme ils l'ont fait, les soi-disant antifascistes leur ont fourni une occasion en or de poser en victimes, ce qui n'était pas faux. Ils ont aussi permis à La Meute de se faire du capital sur ce thème de la liberté d'expression. 
L'activiste Jaggi Singh hurlait que «tous les membres de La Meute sont des racistes». Ça s'appelle de la manipulation. L'action violente de ses partisans n'a pas que servi les intérêts de La Meute, elle a aussi étouffé le message que voulaient livrer les autres manifestants, qui voulaient contrecarrer pacifiquement celui de La Meute.
Ils ont été réduits au silence, mais il leur revenait de se distancer clairement des actions de ces activistes qui vont à l'encontre de leurs intérêts. À Boston, plusieurs membres de Black Lives Matter sont intervenus pour protéger leurs opposants, menacés. La polarisation et la violence ne mènent que dans un cul-de-sac.
Et si la liberté de presse peut servir de prétexte à La Meute, la lutte contre le racisme peut aussi en être un pour leurs opposants.
Non, tous les membres de La Meute ne sont pas racistes. Ils ont le droit de soulever des questions sur la façon dont le gouvernement gère cette vague d'immigration et d'exprimer leur opposition. La réponse du premier ministre et les messages qu'il a envoyés peuvent être critiqués. 
Mais il faut faire la distinction entre les milliers de membres et les têtes dirigeantes de cette organisation. Ces activistes qui se présentent en défenseurs de la liberté d'expression sont les mêmes qui accusent le premier ministre Trudeau d'être un «traître à la nation» parce qu'il «essaie de nous convaincre que le pays qu'il dirige est aculturel, qu'il n'a pas d'identité propre. Cette trahison de nos 400 ans d'histoire a pour but de faire croire que n'importe quel immigrant peut être ici chez lui avec sa propre culture.»
La Meute joue sur deux plans, en disant respecter l'immigration d'une part, si elle est ordonnée, mais en même temps en véhiculant la vision apocalyptique d'une société menacée d'extinction. Les loups de La Meute seraient des «lanceurs d'alertes» dont le rôle est de «protéger leurs semblables de leurs ennemis et des prédateurs».
Aujourd'hui, le groupe s'efforce de modérer ce discours, mais il s'inspire néanmoins de mouvements fascistes aux États-Unis. L'image d'une meute ne vient pas de nulle part, elle était déjà utilisée par des groupes extrémistes américains, dont l'influence est parfois visible. 
La Meute s'est distancée d'un de ses membres qui a participé aux émeutes de Charlottesville, mais cela n'explique pas comment celui-ci en était venu à jouer un rôle dans le recrutement de l'organisation.
Tous ses membres ne sont pas des extrémistes pour autant. Plusieurs ne font qu'exprimer leur inquiétude par rapport à un dossier qui prend de l'ampleur. La violence ne peut pas être une réponse à leurs questions, mais ils ne doivent pas non plus se faire d'illusions sur ceux qui les dirigent.