La haute vitesse, mais à petits pas

ÉDITORIAL / L'accès à Internet sera désormais reconnu comme un service essentiel (de base) par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Pour nous qui vivons dans une zone urbaine, un foyer sans accès Internet, c'est un peu comme une maison sans électricité. Mais c'est loin d'être la réalité pour les citoyens qui vivent dans des régions rurales, et pas toujours éloignées.
Le caractère essentiel d'Internet sera reconnu dans la réglementation du CRTC, qui a fait cette annonce - jugée historique par certains - cette semaine. 
C'est une bonne nouvelle, tout d'abord parce qu'elle vient avec une enveloppe initiale de 100 millions $ (750 millions $ sur cinq ans) pour appuyer des projets d'infrastructures visant à offrir un accès à large bande dans des régions qui ne l'ont pas. 
Le CRTC a aussi redéfini les critères de vitesse minimum des services à large bande, qui devront être offerts à tous les Canadiens : 50 Mbps en téléchargement et 10 Mbps en téléversement, des normes adéquates à ce stade-ci. À peu près 80 % des Canadiens auraient déjà accès à cette vitesse quoique, en réalité, seulement 30 % bénéficient d'une vitesse supérieure à 15 Mbps.
Le Conseil s'est penché sur bien d'autres aspects, notamment le prix et aussi l'accessibilité pour les personnes handicapées, mais cette reconnaissance d'un statut de service de base est fondamentale. Elle aurait toutefois plus d'impact si elle était assortie d'obligations, d'échéances un peu plus serrées et surtout si elle accordait aux communautés plus de poids et de leviers pour se faire entendre et exiger qu'on leur aménage le service auquel elles ont désormais droit. Sans cette pression, la haute vitesse ne se réalisera qu'à petits pas dans plusieurs régions.
Internet à large bande, c'est avoir accès à plusieurs services du gouvernement; à des services bancaires ou à des soins de santé; à des marchés et à des clients potentiels; à des employeurs aussi. C'est aussi un outil qui permet de créer des emplois, ou d'en décrocher sans avoir à quitter sa région. C'est devenu aussi essentiel qu'une infrastructure de transport dans notre société qui se numérise chaque jour un peu plus.
Jusqu'ici, le CRTC accordait la priorité aux services de communications vocales. «La connectivité de la large bande est venue tout bousculer», constate le Conseil. La communication vocale n'est maintenant qu'une application parmi d'autres du Net.
L'enveloppe de 100 millions $ annoncée cette semaine n'est que la conversion d'un fonds existant, jusqu'ici consacré à la téléphonie. Elle s'ajoute à d'autres initiatives, comme le programme fédéral Brancher pour innover annoncé voilà quelques jours, qui consacrera 500 millions $ pour offrir l'accès Internet haute vitesse dans 300 communautés rurales et éloignées d'ici 2021. 
Et Québec vient tout juste de lancer l'appel d'offres pour son propre programme, Québec Branché, une enveloppe de 100 millions $ pour des projets d'infrastructures visant à desservir des territoires ruraux de 30 000 habitants et moins.
Les habitants des régions peu ou pas desservies ont donc des raisons de se réjouir, mais avec modération. Il reste à voir quel sera l'appétit des fournisseurs de service pour desservir les régions rurales ou les territoires éloignés. Car pendant les audiences du Conseil, la plupart d'entre eux s'étaient opposés à ce que le CRTC exige une contribution de leur part pour financer le fonds de développement. 
Le caractère essentiel d'Internet sera enfin reconnu dans la réglementation du CRTC