LANEQ est en grève générale illimitée depuis le 24 octobre. 

La grève où tout le monde perd

ÉDITORIAL / La grève des avocats et des notaires devrait être terminée depuis longtemps. Un conflit qui atteint maintenant 17 semaines ne peut être qualifié que d'échec. Devant ce constat, l'excuse de ne pas vouloir négocier sur la place publique ne tient plus.
Les conséquences du pourrissement de la situation ne sont que trop publiques maintenant, et il est temps de rendre des comptes à la population. Cette grève a des impacts sur plusieurs plans, sur des gens dont les causes auront été inutilement retardées, sur l'appareil législatif qui fonctionne au ralenti quand il n'est pas paralysé, et sur ceux et celles qui doivent combler, à bout de bras, le vide créé par un arrêt de travail qui s'éternise. 
M. Moreau a accepté de rendre publique la dernière offre patronale, comme le lui ont demandé hier les représentants syndicaux et la porte-parole de l'opposition, Nicole Léger. En effet, cela permettra peut-être de savoir qui, du syndicat ou des négociateurs gouvernementaux, persiste à jeter du sable dans l'engrenage. 
Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, doit aujourd'hui se mordre la langue, après avoir reproché à l'exécutif de LANEQ «d'aller en grève générale illimitée avec un fonds de grève limité». Il n'y avait aucune raison de jeter de l'huile sur le feu, au moment où les juristes se réunissaient pour se prononcer sur les offres et sur l'arrêt de travail. 
Ce fut une grave erreur, d'une part parce qu'il a alimenté la grogne de ces employés de l'État, mais aussi parce que sa déclaration trahissait un certain mépris, teinté de paternalisme, à l'endroit des juristes et de leurs représentants. 
Grâce à lui, les membres de LANEQ ont maintenant toutes les raisons de croire que Québec a laissé pourrir les choses en attendant que leur fonds de grève s'épuise. Ce n'est peut-être pas le cas, mais ses propos ne peuvent que donner cette impression. 
Il n'y aura pas de victoire pour le gouvernement, même si les juristes devaient se résigner à un retour au travail en raison de l'épuisement de leurs ressources. Les relations de travail seront tendues, il sera difficile de demander l'effort supplémentaire qui est souvent requis dans ce travail. 
La question du régime de négociation et de détermination du salaire ne date pas d'hier, elle fait l'objet de discussions depuis 2012 au moins. Le gouvernement - libéral - aurait dû trouver un terrain d'entente en dehors du cadre de négociations, et il a eu tout le temps voulu pour y parvenir. On ne peut invoquer, comme le fait aujourd'hui le président du Conseil du trésor, le respect du cadre financier sans se rappeler que Québec laisse le dossier traîner depuis des années. Il est temps d'y mettre un terme. 
LANEQ devra aussi faire des concessions sur le niveau et la vitesse du rattrapage salarial avec les procureurs si elle entend mettre fin au conflit. Plus la grève piétine, moins il y a de chances que l'entente suffise à panser les plaies.
On verra avec le dévoilement des offres patronales si M. Moreau a, comme il le prétend, mis de l'eau dans son vin. Mais ses propos comme ceux du premier ministre Philippe Couillard d'ailleurs, montrent que le gouvernement cherche plus à diviser les troupes qu'à trouver un terrain d'entente. On voit maintenant le résultat de cette stratégie. Le gouvernement doit faire plus que d'affirmer qu'il apprécie le rôle important des juristes de l'État. Il doit le démontrer dans ses actions.