Le message de ces manifestants est on ne peut plus clair.

La France résiste, malgré tout

ÉDITORIAL / Même si elle est arrivée deuxième, un peu trop près derrière Emmanuel Macron, la candidate et depuis hier ex-chef du Front National, Marine Le Pen, peut parler de victoire, car ce résultat lui permet de se qualifier, pour la première fois, au tour décisif de l'élection présidentielle française. Mais ce n'est pas la victoire dont elle rêvait.
Heureusement.
Le parti fondé par son père continue de faire des gains à chaque échéance électorale, mais jusqu'ici ces avancées sont relatives. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait récolté 17 % des voix. Aujourd'hui, après la victoire du Brexit, après celle de Trump, qui lui a offert un appui évident depuis son élection, et malgré l'effondrement total du parti Socialiste, Marine Le Pen n'a pu qu'ajouter 4 % au résultat obtenu par son père 15 ans plus tôt. 
Autant la lente croissance du parti d'extrême droite est troublante et semble inéluctable, autant la résistance à l'idéologie véhiculée par le clan Le Pen semble tout aussi solidement enracinée. 
Mais il faut plus que de la résistance pour offrir un choix réel et redonner confiance à l'électorat français, car les problèmes que posent un chômage élevé, l'immigration, une remise en question de l'appartenance à l'Union européenne, ces problèmes qui ont plombé la présidence de François Hollande continueront d'alimenter l'insatisfaction. 
Emmanuel Macron a de fortes chances de remporter la victoire au second tour - ça n'en fait pas une certitude pour autant - mais l'opposition au Front National devrait être assez forte pour qu'une partie suffisante des électeurs des autres partis se rangent derrière lui. 
La situation risque cependant d'évoluer pendant les deux prochaines semaines. Marine Le Pen a suivi, selon toute vraisemblance, une stratégie soigneusement élaborée en annonçant hier qu'elle se mettait «en congé» de la présidence du Front national pour se placer «au-dessus des considérations partisanes». Après avoir tenté d'atténuer les aspects les plus corrosifs du message véhiculé par le FN, voilà qu'elle veut donner l'impression de s'en détacher complètement. 
La plupart des électeurs ne seront pas dupes, bien sûr, les racines de ce parti sont beaucoup trop profondes au sein de cette famille. Ça n'a pas plus de crédibilité que les mesures mises en place par Donald Trump pour assurer son indépendance face à l'entreprise qui porte son nom. Mais peut-être que ce sera suffisant pour grignoter quelques appuis supplémentaires.
Il faut aussi s'attendre à ce que la machine, appuyée par les autorités russes, qui a influencé l'élection aux États-Unis par le piratage des données et la désinformation soit aussi active au cours des prochaines semaines. Le quartier général de l'Association pour le renouvellement de la vie politique (En Marche!), le parti lancé par Macron, a déjà été victime de plusieurs attaques par les mêmes organisations clandestines. Le triangle Poutine-Trump-Le Pen n'est pas une fiction. 
Le véritable test risque d'être l'appartenance de la France à l'Union européenne. Les sondages indiquent qu'une majorité de Français restent plutôt favorables, mais la conviction est moins forte qu'elle l'a déjà été. Les positions des deux candidats sont aux antipodes dans ce dossier, cela permettra peut-être à Le Pen de marquer des points avec son projet de remplacement de l'Union européenne par une «Europe des nations», mais probablement pas assez pour remporter la victoire. Pas cette fois, en tout cas.