Charlottesville a été le théâtre samedi de violents affrontements entre des suprémacistes blancs et des contremanifestants.

Jouer avec le feu de l'extrémisme

ÉDITORIAL / Les violences et la mort d'une femme, en fin de semaine à Charlottesville, sont le résultat direct du discours et des encouragements offerts par le président des États-Unis à une frange raciste, extrémiste et d'allégeance nazie. Donald Trump jouait avec le feu et ce sont les citoyens de Charlottesville qui ont été brûlés.
Jamais les groupes néo-nazis n'auraient eu l'audace de parader, torches à la main - une évocation des lynchages du Ku Klux Klan - s'ils n'avaient pas été encouragés, depuis plus d'un an, par le discours d'un président. Le silence de celui-ci dans les jours qui ont suivi en dit beaucoup plus long que la condamnation qu'on a fini par lui arracher hier. Les groupes d'extrême droite ne sont d'ailleurs pas dupes.
C'est une démonstration inquiétante des dérapages qui risquent de survenir quand des politiciens offrent à des groupes ou des idéologies extrémistes une approbation tacite, quand elle n'est pas explicite. 
Ces organisations veulent deux choses : l'attention d'abord, et ensuite une forme de reconnaissance de leur statut. Et cela arrive lorsque des partis politiques leur ouvrent leurs portes.
Les liens entre le directeur de campagne d'Andrew Scheer et le réseau The Rebel, dont il est l'un des fondateurs, soulèvent de sérieuses questions à cet égard, des questions auxquelles le chef conservateur n'a jamais répondu. 
Au Québec, les groupes d'extrême droite s'efforcent de tisser un réseau, une toile au centre de laquelle se positionne le parti Citoyens au Pouvoir (CAP) du leader syndical Bernard Gauthier. Un reportage du média en ligne Ricochet a soulevé les nombreux liens entre les officiels du CAP et de La Meute. Le chef du parti lui-même reconnait être abonné à la page Facebook du groupe et affirmait au Soleil que «leur pensée me rejoint».
«Ça ne parle pas de violence», selon lui. Mais l'imagerie du groupe, que ce soit une meute de loups ou les chevaliers templiers qu'affectionnent certains de leurs membres, nous dit autre chose. 
Le Québec ne partage pas le passé de racisme et d'esclavage qui hante encore les États-Unis, mais d'autres leviers actionnent la violence, comme l'a démontré la tuerie de la Grande Mosquée de Québec. 
Derrière la façade en apparence civile de La Meute se cache un discours qui attise la peur et la haine. L'intégration des immigrants mène à la «destruction de la société d'accueil», écrit un de ses dirigeants. «Celui qui réussira à unifier cette meute sous un même drapeau, au sein d'une même nation, détiendra le pouvoir absolu. [La meute] n'abandonnera jamais, car c'est une question de survie pour son espèce. [...] Une question de survie pour notre nation telle que nous la connaissons.»
Selon le sociologue Gérard Bouchard, le populisme exploite sans scrupule «les mécontentements et les peurs existant dans une population afin de l'amener à partager de fausses représentations de la réalité et à appuyer des politiques ou initiatives extrémistes».
C'est un discours alarmiste, extrémiste, qui a mené aux débordements de Charlottesville, ou qui a alimenté la folie d'Alexandre Bissonnette. Un tel discours, qui identifie les immigrants comme une menace à la survie de la nation, est violent par son essence même. 
Ce discours-là n'a pas sa place dans notre vie politique. Il ne correspond pas aux valeurs, aux institutions que les Québécois se sont données.
Il est marginal mais, surtout, il doit le rester.