Les besoins sur la santé et le bien-être des hommes sont encore aujourd'hui disproportionnés par rapport aux services qui sont offerts.

Il y a du courage derrière ce silence

ÉDITORIAL / Le dossier que notre collègue Normand Provencher publie ces jours-ci sur la santé et le bien-être des hommes nous rappelle que les besoins dans ce domaine sont encore aujourd'hui disproportionnés par rapport aux services qui sont offerts.
Même si le rapport Rondeau, qui remonte à 2004, a amené le gouvernement à poser certains gestes, avec des projets-pilotes notamment, les moyens mis en place par l'État sont toujours largement insuffisants. Et surtout, il y a énormément de travail à faire pour que l'offre de services soit mieux adaptée à cette clientèle dont les caractéristiques restent, étrangement, méconnues. 
Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, doit déposer d'ici l'été un Plan d'action sur la santé et le bien-être des hommes. Mieux vaut tard que jamais. Il faut dire que la pression sur le gouvernement dans ce dossier, qui fait rarement la manchette, n'est jamais très forte, si tant est qu'il y en a. On doit donc plus saluer que critiquer la volonté, aussi tardive soit-elle, du gouvernement actuel de s'y attaquer. Ce n'est pas demain que des milliers d'hommes vont envahir la colline parlementaire pour exiger les services qui leur sont dus. 
Un tel plan d'action existe pour la santé et le bien-être des femmes depuis 2002, et il a fait l'objet de trois révisions jusqu'ici. Il ne faut toutefois pas faire l'erreur de mettre ces deux dossiers en opposition. Il vaut mieux se laisser guider par les nombreux constats qui ont été faits depuis plusieurs années quant aux problématiques que vit la population masculine. 
Dans une série de billets qu'il vient de publier dans La Presse, Camil Bouchard, auteur du rapport Un Québec fou de ses enfants (1991), s'était penché sur le portrait des 0-5 ans publié en novembre dernier par l'Observatoire des tout-petits. Il rappelle que des enquêtes ont souligné un écart significatif entre le taux de vulnérabilité observé pour les garçons (32,6 %) et pour les filles (18,5 %), avant même la scolarisation. 
Il déplore que la politique québécoise de prévention en santé, qui se donne comme objectif de réduire ce taux de vulnérabilité chez les enfants de maternelle, fasse totalement abstraction d'un facteur aussi important que cette différence garçons/filles. 
Espérons que le Plan d'action à venir rende les organismes publics plus sensibles à la question. Il faudrait aussi que cette future stratégie se penche sur un des éléments les plus importants pour le déploiement d'une gamme plus large et mieux adaptée de services : la formation, et le recrutement, des étudiants qui, demain, se trouveront aux premières lignes comme travailleurs sociaux et psychologues. 
Il faudra aussi trouver de nouvelles, et de meilleures, façons de rejoindre une clientèle qui éprouve beaucoup de réticence et d'appréhension à s'ouvrir et à demander de l'aide avant que le problème s'envenime. On ne doit pas uniquement mettre l'accent sur les failles, les faiblesses de l'homme en détresse. 
Les partisans d'une approche «orientée sur les solutions», comme la salutogénèse, espèrent qu'on apprendra aussi à miser sur la force, sur le courage dont il faut pouvoir faire preuve pour accepter de confronter ses démons. Le silence ne cache pas que la colère, la peur ou la violence. Lorsqu'on gratte un peu, on y trouve aussi de la force.