Des milliers d'emplois sont menacés par l'imposition par les États-Unis d'un droit compensateur de 20 % sur les exportations canadiennes de bois d'oeuvre.

Il n'y a pas de conflit du bois

ÉDITORIAL / L'imposition par les États-Unis d'un droit compensateur de 20 % sur les exportations canadiennes de bois d'oeuvre aura des conséquences bien réelles dans des centaines de communautés au Québec, en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick, entre autres. Des milliers d'emplois sont menacés, et c'est malheureux, parce que cette bataille n'a pas de raison d'être.
Les arguments invoqués par le président Trump ne tiennent pas la route. Le problème n'est ni notre modèle de gestion des forêts, ni notre système de gestion de l'offre des produits laitiers, qu'il tente de relier au dossier du bois, et encore moins le présumé surplus commercial dont jouirait le Canada. 
Le surplus net est de 11 milliards $, oui, mais il provient entièrement de nos exportations de pétrole, qui génèrent à elles seules 40 milliards $ de surplus. Pour tous les autres produits donc, c'est le Canada qui serait en déficit de presque 30 milliards $. Nos exportations de bois d'oeuvre ne représentent que 5 milliards $, une goutte dans l'océan des échanges Canada-USA, qui se mesurent en centaines de milliards de dollars. 
Le bois d'oeuvre offre surtout une plateforme politique pour l'administration Trump. Le dossier lui permet d'abord de poser en défenseur de l'emploi, quel que soit le mérite des doléances de l'industrie, qui n'est jamais parvenu, depuis 1982, à plaider ses causes avec succès. C'est long 35 ans, et rien n'indique que le vent soit sur le point de tourner. 
Il s'écoulera deux ans avant que la question soit de nouveau tranchée en arbitrage, et ces deux années constituent à elles seules un gain pour l'industrie américaine, qui veut limiter les exportations canadiennes à n'importe quel prix. L'issue du litige devient alors secondaire. Et si l'industrie forestière applaudit l'imposition des droits, la National Association of Home Builders, elle, s'y oppose. Le prix du bois de charpente aurait déjà augmenté de 22 % en anticipation cette mesure.
Mais le dossier du bois d'oeuvre n'empêche certainement pas le président des États-Unis de dormir. S'il bouscule le Canada, c'est pour envoyer un signal au Mexique, où des élections auront lieu en 2018. Ça peut paraître loin, mais si les États-Unis entendent renégocier l'ALENA, ils doivent bouger rapidement. 
En laissant savoir, mercredi, que le président s'apprêtait à approuver un décret pour retirer son pays, purement et simplement, de l'accord, la Maison-Blanche montre quelles sont ses réelles visées. 
Le décret n'engagerait pas un processus irréversible, puisque l'accord prévoit seulement qu'un des pays signataires peut se retirer, après un préavis d'au moins six mois. Rien n'oblige donc les États-Unis à mettre leur menace à exécution. 
Il s'agit simplement, là encore, de théâtre pour faire monter les enchères, de la part d'un entrepreneur qui aime bien se faire passer pour un «négociateur». Reste à voir l'efficacité du procédé, parce qu'un retrait pur et simple de l'ALENA sème autant d'inquiétude chez lui que de l'autre côté de ses frontières. 
Trump n'est pas le redoutable négociateur qu'il prétend être. Il ne maîtrise pas ses dossiers, qu'il ne se donne même pas la peine d'étudier, il se contredit, il contredit ses adjoints, il ment, il improvise et, plus souvent qu'autrement, il se met les pieds dans les plats. Sa force, c'est d'abord d'être aux commandes de la plus grande économie au monde. Ça lui procure une marge d'erreur énorme, mais pas illimitée.