La vice-présidente du comité exécutif, Julie Lemieux, confirme qu'«un marché, dont la forme et le concept restent à définir, sera maintenu dans le Vieux-Port, peut-être même à l'endroit actuel [photo]», en ajoutant toutefois que l'édifice «est vétuste». 

Grand Marché: jouer à quitte ou double

ÉDITORIAL / La Ville de Québec parie gros avec son projet de déménagement du Marché du Vieux-Port vers ExpoCité. Elle investit beaucoup d'argent, près de 25 millions $, et sa crédibilité, croyant pouvoir donner vie à un lieu qui, dans son état actuel, est plus mort que vivant.
La renaissance du marché ne se fera pas dans l'harmonie, toutefois, même si elle est soutenue et approuvée par plusieurs marchands et par la Coopérative des horticulteurs de Québec, qui sera gestionnaire du futur Grand Marché. La Coalition pour le Marché du Vieux-Port est revenue à la charge cette semaine en dévoilant les résultats d'une étude de marché réalisée en 2015 pour le compte de la Coopérative par Desjardins Marketing Stratégique. 
L'étude conclut que le réaménagement devrait «être bénéfique en termes de fréquentation», mais elle constate aussi que présentement, une majorité de citoyens (60 %) sont peu ou pas du tout favorables au déménagement.
La Coalition a raison de voir un problème devant un aussi faible taux d'approbation. Cela n'annonce pas pour autant un échec pour le déménagement. Peut-être l'opinion changera-t-elle lorsque le projet prendra forme. C'est le pari du maire Régis Labeaume.
Mais si le projet avait été mieux géré, on n'en serait peut-être pas là. La modernisation et la relance du marché auraient dû susciter une adhésion beaucoup plus forte. Pourquoi n'est-ce pas le cas?
Une des raisons, c'est qu'on a inversé le problème. Il aurait peut-être fallu commencer par se demander quelle était la meilleure option pour revitaliser le marché. Mais la revitalisation du marché n'était pas la priorité. La véritable priorité, c'était la revitalisation d'ExpoCité, et le déménagement du marché, malheureusement, n'est qu'un moyen pour arriver à cette fin, même s'il faut reconnaître que Québec ne lésine pas pour y parvenir.
Ce renversement des priorités se manifeste aussi par l'improvisation de la Ville et du maire pour décider ce qu'il restera du Marché au Vieux-Port, après 2018. Ils n'en ont clairement aucune idée et les réponses à cette question changent au fil du temps. 
La grande inconnue à ce stade, c'est la fréquentation que pourra générer le marché, aussi beau soit-il, dans un environnement qui ressemble à un no man's land en dehors des quelques grands événements qui s'y tiennent. Il ne sera pas facile de l'intégrer au tissu urbain. ExpoCité, rappelons-le, est quand même situé à plus d'un kilomètre de la 3e Avenue, le coeur de Limoilou.
Oui, le marché peut amener du monde à ExpoCité, mais la question est surtout de savoir si ExpoCité aura le pouvoir d'attraction nécessaire pour amener du monde au marché. Le Vieux-Québec et le Vieux-Port, grâce aux festivals, au Carnaval et aux Croisières, constituent un puissant moteur à ce niveau, qui n'a pas son égal ailleurs en ville. 
La Ville est prête à gager 25 millions $ que le marché pourra non seulement se passer de cette clientèle, mais en plus qu'il y gagnera au change. C'est un gros pari pour la Ville, mais surtout pour tous ceux et celles qui y gagnent leur vie ou qui investiront pour y tenter leur chance.
Des commerçants d'autres quartiers de Québec s'inquiètent aussi de la concurrence que représentera le futur Grand Marché. La même question se poserait si on avait rénové le Marché du Vieux-Port. Il faut en effet protéger les acquis et ne pas causer de préjudice aux commerces existants, mais il faut aussi continuer à avancer.