Les messages sur Twitter du président Donald Trump sont une fenêtre ouverte sur un esprit névrosé.

Donald le destructeur

ÉDITORIAL / La Maison-Blanche est dans un état de crise permanente auto-infligé, souvent de façon délibérée. Les gaffes se succèdent presque quotidiennement pendant que la cour du monarque fait semblant de ne pas voir ce qu'elle voit, prête à tout, littéralement, pour sauver sa peau, politiquement parlant.
Et pour sauver la sienne, le président Trump a besoin de victimes à sacrifier. Ce ne sont pas nécessairement ceux qu'il voit comme ses ennemis, comme le chef du FBI. Il s'en prend depuis une semaine à son propre procureur général dans un effort aucunement voilé de nommer un pantin capable de contrecarrer l'enquête sur l'ingérence russe et la possible collusion de sa propre équipe. 
Les tweets du président sont une fenêtre grande ouverte sur un esprit névrosé, mesquin, un homme aussi maladroit qu'allergique à la vérité. 
Il en a fait une autre démonstration en annonçant, sur Twitter toujours, qu'il interdirait aux personnes trans de servir dans l'armée. Il mentait dès la première phrase en prétendant avoir consulté la hiérarchie et les experts militaires, ce qui est faux. Le Pentagone était aussi abasourdi que le reste de la population par cette annonce imprévue, signe que la décision a été prise pour d'autres raisons que militaires.
Les motifs n'ont rien à voir avec les coûts ou l'efficacité de l'armée. La première, et la plus puissante, motivation est sa détermination à anéantir l'héritage de son prédécesseur, Barack Obama. 
Mais du point de vue stratégique, l'annonce sert avant tout de diversion pour détourner l'attention des enquêtes et des révélations sur ses liens avec la Russie. C'est la méthode qu'il a utilisée ad nauseam depuis son entrée dans la course électorale : créer diversion sur diversion en ciblant un enjeu qui polarise l'opinion; et ensuite provoquer en adoptant une position extrémiste. Une fuite par en avant sans queue ni tête. 
Cela se reflète dans le leadership chaotique qu'il exerce sur l'appareil d'État américain. Il contredit et court-circuite les responsables de dossiers stratégiques, surtout en matière de politique étrangère. James Mattis (Défense), Rex Tillerson (secrétariat d'État) et H.R. McMaster (sécurité nationale) doivent tous encaisser un tweet ou une déclaration de leur président qui risque de démolir le travail qu'ils tentent de faire dans leurs dossiers respectifs. 
Le problème se pose moins pour les Rick Perry (Énergie), Scott Pruitt (Agence de protection de l'environnement) ou Betsy Devos (Éducation), aussi incompétents dans leur champ de responsabilité que M. Trump l'est au sommet, et parfaitement capables de saccager leur propre organisation sans son aide. 
Le Parti républicain a vendu son âme au Donald en échange du pouvoir. Mais ce pouvoir est vide de sens, d'idées et de valeurs. Il fait de chaque dossier un moulin à vent que les Don Quichotte du Congrès, plus caricaturaux encore que l'original, pourront faire semblant de terrasser. Mais ils n'offrent aucune solution valide de rechange. 
C'est ce qui explique la défaite cuisante encaissée au Sénat jeudi soir, quand leur tentative de faire abroger Obamacare a avorté. 
On peut se réjouir de cet échec, des conflits internes qui minent cette équipe, et rire des gaffes catastrophiques du nouveau directeur des communications, Anthony Scaramucci. Mais le jour où surviendra une véritable crise, un désastre naturel ou un acte terroriste, cette cacophonie politique risque d'avoir des conséquences tragiques.