Le décret signé par Trump, qui interdit notamment l'arrivée de ressortissants de sept pays à majorité musulmane, est entré en vigueur vendredi et depuis, les États-Unis sont au centre d'un chaos d'envergure mondiale.

C'est l'intolérance qui nous tue

ÉDITORIAL / Si on veut comprendre l'enchaînement qui a mené Alexandre Bissonnette à se livrer à un carnage insensé dans un lieu de prière, il faudra peut-être commencer à la toute fin de cette triste histoire. Pourquoi a-t-il choisi cette fin de semaine en particulier? Qu'est-ce qui l'a poussé à passer aux actes à ce moment précis?
Lundi, cette tragédie a servi de prétexte à Sean Spicer, porte-parole du président des États-Unis, pour justifier le décret qui interdit l'arrivée de ressortissants de sept pays à majorité musulmane et qui interrompt le programme d'admission des réfugiés de pays en guerre. 
Le décret signé par Trump est entré en vigueur vendredi et depuis, les États-Unis sont au centre d'un chaos d'envergure mondiale. N'est-il pas plus logique de penser que le désordre provoqué par cette décision n'a fait qu'encourager Alexandre Bissonnette à passer aux actes? 
Le président des États-Unis doit assumer une part de responsabilité dans la montée du climat de haine et de peur qui alimente la frange d'extrême droite. Et ses décisions ont pu avoir une influence sur le crime violent qui a bouleversé notre communauté.
Mais cela dit, le Québec ne peut pas pour autant renier Alexandre Bissonnette. Et nous devons commencer par reconnaître que les idées qui ont pu le faire basculer dans la violence circulent à travers notre société, dans notre propre monde. 
Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence a indiqué hier que 20% des appels reçus visent la grande région de Québec, ce qui a incité l'organisme à créer une équipe à Québec au cours des derniers mois. 
Si la mort de nos concitoyens doit nous apprendre quelque chose, c'est que le fanatisme n'est pas le propre d'une religion. Le geste d'un Québécois de 27 ans n'a pas fait de nous tous des meurtriers en puissance. Il faudra s'en souvenir lorsque nous serons tentés d'en montrer d'autres du doigt.
Le maire de Québec, Régis Labeaume, affichait son incompréhension lundi. «Comment se fait-il que ça arrive à Québec? Quand on connaît qui on est, comment on vit, c'est quand même étonnant.»
Peut-être. La population de Québec a d'excellentes raisons de se sentir en sécurité, avec le faible niveau de violence que nous connaissons. Mais les affiches haineuses placardées en 2014, et la tête de porc déposée l'été dernier, pour effrayer les membres de la communauté pendant le ramadan, nous rappellent que des courants haineux circulent ici, sous une surface calme en apparence.
Aujourd'hui, tous les Québécois affirment leur solidarité avec nos concitoyens de religion musulmane. Mais on ne peut se dire solidaires de notre communauté musulmane et ignorer ceux et celles qui sont maintenant traités comme des proscrits par le gouvernement des États-Unis. Les réfugiés et les simples citoyens, qui n'ont commis d'autre crime que de pratiquer leur religion, auront besoin de notre aide.
Le Canada devra avoir le courage de s'opposer à cette politique aveugle et injuste, et prêter assistance à ses victimes. Le maire de Berlin a dénoncé le projet de mur frontalier, la chancelière allemande, Angela Merkel, défend la Convention de Genève. Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, a demandé lundi l'annulation du décret. Nous avons le devoir de défendre ces valeurs à un moment aussi crucial.