Marche contre le tracé du tramway près du boulevard Pie-XII, le 28 avril dernier.

Pie-XII: l’expropriation n’est pas requise

POINT DE VUE / Soixante-quinze. C’est le nombre de propriétés résidentielles situées sur le côté ouest du boulevard Pie-XII entre Quatre-Bourgeois et Versant-Nord, décompte fait sur Google Maps.

En admettant une valeur moyenne de 500 000 $ pour chacune, leur expropriation pure et simple représenterait un coût approximatif, frais légaux et de démolition inclus, de l’ordre de 50 millions $. 

D’après la Ville, le détour éventuel du tramway pour éviter à ces résidents le désagrément ou la perte de valeur présumée de leurs propriétés représenterait un coût additionnel supérieur à 100 millions $.

Le concept de l’expropriation est fait pour ça : forcer légalement des propriétaires à céder le passage à un projet nécessaire à la communauté. Or, ce n’est même pas le cas présentement. Leur présence n’empêche pas le passage du tramway, qui empruntera le corridor d’Hydro-Québec à l’arrière des résidences. Même financièrement justifiable, l’expropriation n’est pas requise.

On en revient donc au concept de justice et équité de l’État envers les citoyens. Ces gens pourraient avoir droit à une certaine forme de dédommagement. Paradoxalement par contre, les propriétés en cause vont profiter de la proximité du service offert par le tramway en termes de valeur marchande de leur quartier. Le point «proximité des services de transport en commun» dans la description des propriétés à vendre n’y figure pas pour rien. Le problème est que si la Ville accepte de les dédommager, bon nombre de résidents et propriétaires situés le long du tracé du tramway partout à Québec vont, sur la base du même argumentaire, demander un traitement similaire. Ce qui sera bon pour pitou sera aussi bon pour minou et on n’en sortira jamais.

Il n’y a pas de solution facile, sinon faire comprendre au citoyen que vivre en ville, c’est apprécier les avantages de proximité des services que cela apporte, mais aussi accepter d’en subir les inconvénients. Lorsque la Ville et l’urbanité nous rejoint et nuit à notre quiétude banlieusarde, il nous reste l’option de vendre notre propriété devenue trop urbaine à notre goût et encaisser la plus-value associée à cette proximité et cette densification accrue. La mise en service d’un tramway n’est en fin de compte que l’un des nombreux composants de cette proximité.