Pénurie de main d'oeuvre et immigrants

POINT DE VUE / En réaction à l’article «Recrutement et intégration de travailleurs immigrants : Québec octroie 55 millions $» de la journaliste Lia Lévesque paru le 27 août

Fidèle à sa parole, c’est tout sourire, et à juste titre, que le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, M. Jean Boulet, a annoncé aux intervenants régionaux la mise en œuvre de son offensive visant à résoudre les difficultés de recrutement de 40% des entreprises régionales du Québec qui ont du mal à pourvoir leurs postes. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg puisqu’il est estimé que d’ici 2022, plus d’un million de postes seront disponibles, notamment en raison de la croissance économique. Et pour ce faire, le ministre compte, entre autres, sur plus de 400 conseillers et techniciens de son ministère qui s’attaqueront aux problèmes de rareté de la main-d’oeuvre par la voie d’une intervention personnalisée auprès des employeurs. Espérons que ces fonctionnaires disposent d’une marge de manœuvre leur permettant de réagir promptement aux besoins qu’ils identifieront, conformément à l’objectif visé par l’opération de la Grande corvée. Du coup, ces derniers doivent entreprendre un virage à 180 degrés pour contribuer à la gestion des budgets consacrés à différentes initiatives visant à contrer la pénurie de travailleurs, dont entre autres investissements, les 5,4 milliards de transfert du fédéral réservés expressément à la formation de la main-d’oeuvre. 

Force est de constater qu’un plan d’intervention concerté permettrait sans doute à tous ces conseillers dans les petites et moyennes entreprises (PME) de chacune des 17 régions du Québec, et compte tenu des disponibilités budgétaires relativement limitées, d’accorder la primauté aux besoins actuellement jugés prioritaires dans l’ensemble du marché du travail (préposés aux bénéficiaires, camionneurs, personnel de restauration, de vente, agriculture, etc.), dans le respect de l’équité régionale. Et ce, dans un contexte de changement de mentalité et de pratique ministérielle tel qu’attendu par leur ministre. Par exemple, ces conseillers pourraient devoir travailler à changer le regard de la société sur les 250 000 personnes en situation de handicap au Québec et insister sur leur capacité de participation active et leur implication, aussi modeste soit-elle, dans une logique de prise en charge à celle de prise en compte; ou convaincre un employeur et son personnel que l’automatisation n’est pas forcément liée à des pertes d’emplois; ou expliquer aux entreprises que l’augmentation des quotas d’immigration n’est pas l’ultime solution à la pénurie de main-d’oeuvre considérant d’autres options possibles; ou contribuer à attirer en régions, de façon bien ciblée, des immigrants en recherche d’emplois, etc. Tout cela et rien de moins, dans le respect des délais impartis et la simplification de la bureaucratie. La rareté de main-d’oeuvre, tout un défi de société en effet! Mais aussi tout un défi de gestion des ressources humaines pour les employeurs, et les intervenants en ressources humaines, s’il en est: établissement de diagnostics organisationnels, mise en place de stratégies d’attraction, de mobilisation, et de fidélisation, élaboration de profils de compétences, montage de plan de relève et de formation, développement des talents, gestion de la diversité culturelle et de l’adaptation aux chocs des valeurs intergénérationnelles, etc.

Tel que le mentionnait M. Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec: «On a beau avoir un coffre à outils, avec des programmes, mais si on ne réussit pas à accompagner les employeurs dans leurs besoins, on va rester sous l’angle des papiers et pas de l’action».