En gros, Pierre Karl Péladeau accuse les journalistes du Soleil de «se faire le messager des politiques et le véhicule médiatique privilégié» du Parti Libéral. Tout ça pour un scoop que son journal n’a pas eu.

Pendant qu’on se chamaille

BILLET / Facebook compte plus d’utilisateurs que l’Islam compte de fidèles. Pensez-y une seconde. Cette comparaison troublante provient d’un récent reportage de la NBC qui décrivait comment l’entreprise a sacrifié l’intérêt de ses millions d’utilisateurs pour alimenter la croissance de son réseau et ses revenus.

Comme l’Islam, Facebook a son prophète. Mark Zuckerberg trône au sommet de cette pyramide et comme Mahomet, il prononce ses hadiths. Il annonçait, voilà une semaine, à ses deux milliards de fidèles que, grâce à des «recherches», il avait percé le secret de leur bien-être et décidé de réduire le flux de contenu public afin de favoriser les «interactions sociales significatives» entre abonnés. 

Tel est le pouvoir de ce médium qu’un seul homme peut décider unilatéralement de la façon dont des centaines de millions d’humains communiquent entre eux et de la façon dont ils s’informent. 

C’est là où se situe le véritable pouvoir à l’ère numérique. Je me répète, mais notre monde se transforme à une vitesse sans précédent et cette métamorphose oblige les médias d’information à s’adapter au moment où leurs revenus sont accaparés par de quasi-monopoles qui n’ont aucun intérêt à produire des contenus. 

C’est vrai pour nous comme pour La Presse, Le Devoir, Radio-Canada, TVA, ou Québecor. Nous sommes tous dans le même bateau, et nous ne survivrons certainement pas en essayant de se couler les uns les autres. 

Le journal et le groupe pour lequel je travaille depuis maintenant 37 ans déploie toute sa créativité et son énergie à construire quelque chose de différent, de neuf afin de perpétuer sa mission d’informer ses lecteurs et ses lectrices. 

Les questions que soulève le prêt de 10 millions $ accordé à Groupe Capitales Médias par Investissements Québec sont légitimes et compréhensibles. Ce qui l’est moins, c’est la façon dont le président du plus important groupe médiatique québécois s’attaque à notre intégrité en raison de ce prêt. 

En gros, Pierre Karl Péladeau accuse les journalistes du Soleil de «se faire le messager des politiques et le véhicule médiatique privilégié» du Parti Libéral. Tout ça pour un scoop que son journal n’a pas eu. 

Lorsqu’il accuse le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse d’être «payé par la famille Desmarais», se rend-il compte que son attaque est aussi mesquine qu’absurde, puisque son raisonnement pourrait être appliqué à ses propres journalistes, qui seraient donc «payés par les Péladeau». Ils et elles ne le méritent pas.

Cette sortie est surtout à déplorer parce que ces propos, venant d’un personnalité aussi importante, ramènent le discours politique au plus bas dénominateur. Des attaques gratuites, sans fondement, des insinuations sans preuve, tout ça pour assouvir une rancoeur. 

Quand Alexandre Cloutier a annoncé son retrait de la vie politique, il a déploré que «la partisanerie banalise nos institutions, elle tue l’esprit d’initiative, divise inutilement et crée des barrières de façade...» Ce genre de sortie en est un triste exemple. 

Nous n’avons rien à gagner à miner réciproquement notre crédibilité respective, à polariser les débats par de tels raccourcis afin de monter les Québécois les uns contre les autres. 

Pendant qu’on se chamaille ainsi entre nous, d’autres tirent le tapis sous nos pieds. Pour employer une image que les Québécois reconnaîtront, ils détournent nos rivières afin de produire leur électricité à nos frais. C’est à ça qu’il faut s’attaquer.