Les Inuits du Nunavik sont demeurés relativement silencieux pendant que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs répondait aux attaques dans le dossier des modifications réglementaires obligeant les pêcheurs de saumons à retenir les services d’un pourvoyeur dans le Nord-du-Québec.

Pêche au saumon: le droit des Inuits doit prévaloir

L’annonce de modifications réglementaires obligeant les pêcheurs de saumons à retenir les services d’un pourvoyeur dans le Nord-du-Québec aura généré une foule de critiques à l’égard de Luc Blanchette, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, au cours de la dernière semaine.

Les Inuits du Nunavik sont demeurés relativement silencieux pendant que le ministre et son équipe s’attardaient à répondre aux nombreuses attaques provenant de membres de l’opposition, de groupes d’intérêts spéciaux, des médias et du public en général.

En tant que vice-président de la Société Makivik, élu par les Inuits du Nunavik pour défendre leurs droits et intérêts, il est totalement déconcertant de constater à quel point ces échanges font fi de nos droits et de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), dans laquelle ces droits sont établis et protégés. Je sens l’obligation de rectifier le tir.

Le Nunavik est une région distincte du Québec, c’est un territoire inuit défini et gouverné selon la CBJNQ. Lorsque la Convention a été signée en 1975, nous avons beaucoup sacrifié afin d’assurer la certitude de ces droits. Il faut donc s’assurer de savoir et de comprendre que les «droits de récolte» des «Québécois» sont secondaires par rapport aux droits des Inuits du Nunavik et assujettis aux dispositions de la CBJNQ. L’accès à notre territoire et à notre saumon par les pêcheurs sportifs du «Sud» est un privilège, pas un droit.

La responsabilité première du gouvernement du Québec sur le territoire de la CBJNQ est envers les Inuits, Cris et Naskapis et envers l’application de la Convention. En ce qui concerne la consultation, le Comité conjoint de chasse, de pêche et de piégeage (le CCCPP) est l’organisme consultatif privilégié en matière du régime de chasse, de pêche et de piégeage dans le Nord-du-Québec. Certains membres de la Table nationale de la faune demandent pourquoi cet organisme n’a pas été consulté. Nous nous demandons plutôt pourquoi le ministre a consulté des groupes autres que le CCCPP (qui a été consulté en 2015, et a voté pour la présente mesure).

L’accès au territoire par les chasseurs et pêcheurs non autochtones était un enjeu majeur lors de la négociation de la CBJNQ, dans les années 70. Les négociateurs se sont éventuellement entendus que l’obligation d’avoir recours à des pourvoiries serait le principal moyen de contrôler la chasse et la pêche sportive au nord du 50e parallèle. Depuis ce temps, les gouvernements se sont succédé mais aucun n’a su appliquer ces dispositions à leur plein potentiel. Malgré ce fait, les Inuits ont insisté pour une action gouvernementale puisque l’utilisation d’aéronefs personnels pour accéder au territoire ne cesse de croître. De plus, cette pratique est quasi-impossible à traquer et les agents de protection de la faune peuvent difficilement s’assurer que les activités de chasse et de pêche qui en résultent sont conforme à la réglementation. La Société Makivik est heureuse de constater que ce dossier est finalement pris au sérieux. Nous encourageons le Ministre à appliquer de telles mesures pour d’autres espèces afin de protéger les droits et intérêts des Inuits du Nunavik et afin de respecter ses obligations en vertu de la CBJNQ.

En fin de compte, la plus grande leçon que nous avons tous à tirer de ce débat est la suivante : plus de 40 ans après la signature de la CBJNQ, les principes de celle-ci ainsi que les droits des Inuits du Nunavik sont complètement ignorés par la majorité des Québécois. Les échanges de la dernière semaine ont exposé l’omniprésence d’une attitude colonialiste à tous les échelons de notre société. Cette attitude, nous la connaissons trop bien et la ressentons trop souvent. Après 40 ans d’ignorance, de négligence et d’obscurantisme, un changement de fond s’impose.

Adamie Delisle-Alaku, Vice-président de la Société Makivik