Le tableau Saint-Jérôme entendant les trompettes du jugement dernier, de Jacques-Louis David

Patrimoine religieux: on doit prévenir l’incurie

Tout ce tapage au sujet du tableau de David est extrêmement révélateur. Aux prises avec des difficultés financières dont nous connaissons les raisons, le diocèse de Québec a besoin d’argent.

Or, il se trouve que le Musée de la civilisation conserve en dépôt une œuvre du peintre David donnée au diocèse à la suite de l’incendie de la cathédrale en 1922 et que cette œuvre pourrait rapporter gros. Comme par hasard, le Musée des beaux-arts du Canada manifeste un tel intérêt pour ce tableau qu’il est prêt à vendre à l’enchère un de ses Chagall pour l’acquérir.

Pressées de questions, les autorités de la fabrique de Notre-Dame de Québec invoquent la mission apostolique de la fabrique et du diocèse pour justifier la nécessité de se départir du Saint-Jérôme de David. Aussitôt, la machine se met en branle. Le Musée de la civilisation et le Musée des beaux-arts de Montréal se disent prêts à tenter d’acquérir le tableau en vue de le garder au Québec. Le ministère de la Culture entre à son tour dans la danse et déclare vouloir classer le tableau afin d’empêcher son départ de Québec à Ottawa. Serge Joyal et Phyllis Lambert interviennent dans Le Devoir. De son côté, la ministre fédérale du Patrimoine, l’ineffable Mélanie Joly, refuse de s’en mêler sous prétexte que le Musée des beaux-arts du Canada est libre de ses choix.

On peut se demander quelle sera la prochaine œuvre d’art à être offerte au plus offrant au nom de la mission apostolique. Avant que la situation dégénère, ce qui est prévisible à plus ou moins court terme, une réflexion s’impose de toute urgence, car il s’agit de notre patrimoine et pas le moins important. Je crois qu’il faudra revenir à la réflexion amorcée par Luc Noppen il y a déjà quelques années afin d’assurer la conservation de notre patrimoine religieux et ainsi d’empêcher, comme la chose s’est déjà passée dans d’autres domaines, que notre incurie et notre indifférence en encouragent la dilapidation.

Louis Garon, Québec