Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Stefan Lofven, premier ministre de la Suède
Stefan Lofven, premier ministre de la Suède

Pandémie: l'échec de la Suède en cache un autre, celui du Québec

Normand Mousseau
Normand Mousseau
Professeur de physique à l’Université de Montréal
Article réservé aux abonnés
POINT DE VUE / La gestion de la pandémie en Suède, a-t-on appris ces derniers jours, est un échec. C’est son roi qui l’a dit, bouleversé par le nombre de cas et les morts qui se multiplient.

Sans surprise, pour plusieurs observateurs qui digéraient mal que ce petit pays adopte une approche beaucoup moins brutale envers sa population pour sa gestion de crise, c’est la confirmation attendue et espérée depuis des mois.

S’il ne fait aucun doute que la pandémie frappe fort en Suède, une comparaison avec de nombreux pays, par exemple, soulève plus de questions quant à la gestion optimale que la pandémie qu’elle n’y en répond. Comparons, par exemple, avec le Québec : entre le début de la deuxième vague (que je fixe au 1er août 2020) et le 18 décembre, la Suède compte deux fois plus de cas par habitant que le Québec. Toutefois, et c’est ce qui importe : le nombre de décès par 100 000 habitants n’y est pas plus élevé, à 21,9 contre 22,2 pour le Québec. Pire, le nombre de décès par cas est plus de deux fois plus élevé au Québec et celui de décès par entrée aux soins intensifs, 15 % inférieurs en Suède, malgré une proportion similaire de personnes âgées dans les deux États. L’échec est-il vraiment seulement en Suède?

Personne ne peut nier que la deuxième vague frappe durement ce pays nordique. Au regard de ces chiffres, néanmoins, avant de jeter le blâme à ce pays, on devrait dénoncer l’échec en plus patent de la gestion de la pandémie au Québec. Des questions se doivent d’être posées quant à l’efficacité de celle-ci et à la pertinence et à l’efficacité des mesures coercitives imposées à sa population depuis de longs mois.

En effet, si la Suède a décidé d’adopter une approche relativement douce pour contrôler la pandémie, une approche qui a relativement bien réussi durant les 6 premiers mois de la pandémie, le Québec a choisi la méthode forte depuis le début. Après un certain relâchement durant l’été, les contraintes se sont multipliées, avec la fermeture de secteurs entiers de son économie et l’interdiction, pour la majorité de la population québécoise depuis le 1er octobre, de toute rencontre en amis et familles. Malgré ces mesures d’une dureté jamais vue, le Québec n’est pas, pour autant, parvenu à contrôler la deuxième vague. Or, contrairement à la Suède, il n’est pas question pour le gouvernement du Québec de remettre en cause cette gestion catastrophique. Au contraire, le premier ministre Legault se donne une note parfaite à cet égard.

Pourtant, le fait que la deuxième vague ait frappé de manière aussi forte des pays ayant des approches si différentes pour leur gestion de la pandémie suggère que, plutôt que de se féliciter pour la situation lamentable actuelle, le premier ministre devrait évaluer sérieusement l’efficacité des mesures imposées. Alors que la population n’en peut plus de son confinement forcé depuis presque trois mois, le gouvernement ne trouve, comme mesure ultime de contrôle, que de suggérer la délation à grande échelle et l’envoi de policiers pour éviter les rassemblements dans les cours arrières durant le temps des Fêtes.

Plusieurs exemples à l’étranger, dont la Finlande, pays limitrophe de la Suède, suggèrent toutefois que l’efficacité de l’appareil d’État est essentielle pour assurer un bon contrôle de la pandémie. Les mesures proposées par l’OMS dès le début de la crise, soit le dépistage, le traçage et l’isolation préventive, permettent de limiter grandement la propagation de la maladie lorsqu’elles sont déployées avec sérieux, tout en réduisant les mesures coercitives envers les citoyens. L’adaptation rapide et flexible du système de santé à la pandémie permet aussi de mieux protéger le personnel et le reste des activités médicales. Malheureusement, le gouvernement du Québec a largement ignoré ces stratégies proactives pour ne garder que le bâton, avec le résultat qu’on connaît.

Entre l’échec de la Suède et celui du Québec, je choisis le premier pour deux raisons. D’abord, parce qu’il a l’avantage d’avoir beaucoup protégé les droits et la qualité de vie d’une fraction beaucoup plus importante de la société. Ensuite, parce que cet échec est compris comme tel par un pays qui n’hésite pas à se remettre en question, ce qui l’amènera incontestablement à faire mieux.

Au contraire, l’échec du Québec, présenté sans complexe comme un succès, ne nous promet qu’une chose : un enlisement toujours plus profond. Est-ce vraiment ce que l’on souhaite comme société?

Normand Mousseau est aussi l’auteur du livre Pandémie, quand la raison tombe malade publié cet automne aux Éditions du Boréal.